[ 18/Ord - La faim fait les Forts, le désir fait les Gras...
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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        18/Ord - La faim fait les Forts, le désir fait les Gras...

18/Ord - La faim fait les Forts, le désir fait les Gras...

Homélie du 18e dimanche du Temps Ordinaire (05 août 2012)

• Livre de l’Exode 16,2-4.12-15
« Vous aurez du pain à satiété.
Vous reconnaîtrez alors que moi,
le Seigneur, je suis votre Dieu. »

• Psaume 78(77),3.4ac.23-24.25.52a.54a
« Chacun se nourrit du pain des Forts,
il les pourvoit de vivres à satiété. »

• Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 4,17.20-24
« Vous ne devez plus vous conduire
comme les païens qui se laissent guider
par le néant de leur pensée »

• Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,24-35
« Vous avez mangé du pain et vous avez été rassasiés »

- lire l’intégralité des textes de ce jour




Vous aurez du pain à satiété.
Vous reconnaîtrez alors que moi,
le Seigneur, je suis votre Dieu


Il y a une grande différence entre besoin et désir. Celui qui a faim a besoin de manger, quand celui qui n’a pas faim a le désir de manger. Celui qui a besoin de manger se contente de pain, quand celui qui a le désir de manger hésite entre le saucisson et les escargots, entre un Givry ou un Mercurey. Celui qui a besoin de manger ne laisse rien dans son assiette, quand celui qui a le désir de manger laisse le gras sur le bord. Celui qui a besoin de manger dit “merci”, alors que celui qui a le désir de manger dit : “j’aime pas”.

Quand vous marchez dans le désert, c’est dur. Dur de marcher, bien sûr, mais aussi dur de se nourrir. Alors quand, chaque matin, vous trouvez cette espèce de granule qui vous donne une pâte cotonneuse, mielleuse et fade à la fois, comme vous avez faim, vous êtes heureux d’en manger. Et comme la manne n’est le produit ni de la chasse, ni de la culture ; comme elle est donnée spontanément — il faut a cueillir vite, car la chaleur du soleil la désagrège —, vous sentez alors que cette nourriture vient d’ailleurs. Elle n’est certes pas délicieuse, mais elle rassasie, de sorte que vous pouvez reprendre force et marcher, et aller au-delà de vous-mêmes, et arriver dans la terre de la Promesse.

* *
Chacun se nourrit du pain des Forts,
il les pourvoit de vivres à satiété


C’est ainsi que la manne est le pain des Forts. Personne ne mange de la manne par désir, même aujourd’hui. On mange la manne parce qu’on a faim, et qu’elle offre de pouvoir se nourrir à satiété. Parce qu’il y a aussi cela : celui qui a faim s’arrête de manger quand il est rassasié, alors que celui qui mange par désir ne sait pas s’arrêter, car le désir ne connaît pas de limite. Quand on est rassasié, on peut reprendre la route, alors que quand le désir nous a porté à manger au-delà du rassasiement, on va faire la sieste... La faim fait les Forts, le désir fait les Gras [1]

* *
Vous ne devez plus vous conduire
comme les païens qui se laissent guider
par le néant de leur pensée


Il est certain que lorsqu’on mange selon son désir, on se sent plus “libre”. Libre de penser par soi ; libre de choisir ce qu’on veut. On se sent plus “fort”, non pas parce qu’on est rassasié, mais parce qu’on se sent indépendant et qu’on peut faire bombance. C’est souvent quand on a trop bu qu’on refait le monde en se prenant pour des héros. Et les plus grands théoriciens politiques ou administratifs font rarement la diète avant de prendre des décisions qui engagent le monde...

J’aime mieux, pour ma part, la sobriété religieuse. Elle aussi fait avancer le monde. Non pas par de grandes décisions étatiques, mais par la réflexion saine que permet une nourriture sobre : la nourriture de la faim. C’est le cas des moines, des rabbins, des prêtres aussi — j’espère —, de sorte que leur pensée est, comme avec la manne, tournée vers DIEU chaque jour. Et parce que, chaque jour, il mangent un pain qui rassasie : le pain de la Parole de DIEU et, pour les chrétiens, le pain de l’Eucharistie, le pain de l’Action de Grâce.

* *
Vous avez mangé du pain
et vous avez été rassasiés


Ce pain-là est étonnant. Il est comme la manne : ce n’est pas un pain de désir, mais un pain de besoin. Il n’est pas le pain des Gras — avec une hostie par semaine, voire même par jour, c’est assez sûr ! —, mais le pain des Forts : il rassasie d’un seul morceau et remet en route. Pas de risque de gourmandise ici — bien que le fantasme de tout laïc reste de savoir quel est le vin de grande cuvée que le prêtre utilise dans le calice !!! Réflexion d’une société de désirs, et non point de besoin —. L’hostie n’est pas un biscuit. L’homme fait des biscuits qui excitent la gourmandise là où DIEU fait la manne qui rassasie. Il faut être Fort intérieurement pour laisser la faim nous guider, plutôt que le désir...

C’est ainsi que ce pain est le celui de DIEU. Il est le pain qui nous fait nous tourner vers DIEU qui rassasie. Il est le pain qui nous rappelle le besoin essentiel qui est en nous : le besoin de Salut. Car en définitive, ce pain, c’est le Christ Jésus lui-même : ce dont nous avons le plus besoin, c’est de l’Autre, c’est de l’Ami et c’est de DIEU qui nous aime. Pas n’importe quel autre : pas simplement le bon copain ou le voisin de palier. L’Autre qui nous révèle notre valeur en livrant sa vie pour nous. L’Autre qui se donne lui-même en nourriture pour rassasier notre faim d’être aimés. L’Autre qui sait attendre sans colère que nous nous mettions debout, que nous marchions et que nous sachions tourner vers lui, ne serait-ce que quelques instants chaque semaine, voire chaque jour, un regard de reconnaissance, un regard eucharistique.

Alors aujourd’hui, dimanche, est-ce que ma vie est cadrée par mes besoins ou mes désirs ? Suis-je du côté des Forts ou du côté des Gras ? Eh bien : je le sais dans la mesure où, en tant que chrétien, jamais je ne me dis que la messe du dimanche peut passer à l’as. Marthe Robin disait : La messe n’est pas obligatoire, elle est nécessaire.

Que le Seigneur aujourd’hui encore, par la manne eucharistique, nous rende forts et victorieux pour témoigner au monde que, s’il veut que ses pensées ne soient pas du pur néant, il doit choisir de rassasier sa faim, et non pas seulement d’assouvir des désirs. Il doit choisir DIEU, et écouter le Christ, puisque c’est le seul qui a su donner sa vie pour les hommes jusqu’à devenir le pain de la vraie Vie.

Avec mon affection fraternelle,

+ Père Alain


Notes

[1On ne parle évidemment pas ici des surcharges pondérales dues à la physiologie naturelle. On est ici dans l’ordre des choix.

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