[ À la résurrection des morts, on ne se marie pas
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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        À la résurrection des morts, on ne se marie pas

À la résurrection des morts, on ne se marie pas

Homélie du 33e dimanche du Temps Ordinaire (Année C)

Deuxième livre des Maccabées 7,1-2.9-14
« le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. »

Psaume 17(16),1ab.3ab.5-6.8.15
« au réveil, je me rassasierai de ton visage. »

Deuxième lettre de saint Paul Apôtre
aux Thessaloniciens 2,16-17.3,1-5

« Que le Seigneur vous conduise à l’amour de Dieu et à la persévérance pour attendre le Christ. »

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 18,9-14
« Ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne se marient pas car ils ne peuvent plus mourir. »

- lire l’intégralité des textes de ce jour




Ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne se marient pas car ils ne peuvent plus mourir


Aujourd’hui, après la Toussaint, puis le 2 novembre où nous avons prié pour les fidèles défunts encore au Purgatoire, les paroles de la liturgie de ce dimanche nous invitent à considérer la vie de la résurrection qui nous est promise, et dont la Résurrection du Christ constitue les prémices. Rappelez-vous cette sentence de saint Paul : « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi ! » (1Co 15,14). Or justement, les apôtres nous témoignent de cette réalité bouleversante, qu’ils n’ont pas pu inventer et qui transformera toute leur vie : Christ est ressuscité ! (cf. Ac 10,39-40).

Mais alors, qu’est-ce que cette vie de résurrection ? La chose est tellement inattendue que les Sadducéens se moquent du Christ : « Si une femme se marie 7 fois, de qui sera-t-elle la femme à la résurrection ? » Et le Christ d’avoir cette réponse sublime : « À la résurrection des morts, on ne se marie pas puisqu’on ne peut plus mourir ».

Sublime parce que Jésus nous dit d’abord que le mariage est institué parce que, précisément, nous allons mourir. Les époux, le jour de leur mariage, devraient se le rappeler : je me marie avec toi parce que nous allons mourir. Prodigieux ! Et cela répond à une anthropologie profonde : aujourd’hui où l’on a évacué la mort, on ne se marie même plus à la mairie : on n’en sent plus le besoin. Alors que quand on sait qu’on va mourir, on met toute son énergie à aimer. Si l’on vous dit que vous allez mourir la semaine prochaine, vous allez voir l’énergie que vous allez dépenser pour rassembler vos enfants, essayer de leur transmettre l’essentiel, leur dire que vous les aimez ; vous allez rassembler vos amis, vos proches, et leur dire que le temps passé ensemble est bien plus important que celui passé à faire des courses à Carrefour ou que de jouer des heures durant sur Battlefield ! Plus encore : durant la guerre de 39-45, dans les ghettos juifs, sachant qu’ils seraient incessamment déportés, les jeunes gens couraient à la synagogue pour se marier ; comme pour dire : nous ne craignons plus d’aller au-devant de la mort puisque nous sommes mariés. Vous entendez maintenant à quel point il est vrai qu’on se marie ici-bas précisément parce qu’on va mourir ?

C’est quand on prend au sérieux la mort qu’on prend au sérieux l’amour. Et l’amour ici bas entre un homme et une femme n’est jamais plus grand et plus vivant que lorsqu’il se vit rivé par le mariage. Dans la conscience que pour vivre un amour véritable, un amour qui aille jusqu’au bout, la sincérité d’un instant ne suffit pas. Il faut l’y associer une autre énergie, qui est l’énergie divine. Cette énergie qui ne passe jamais mieux qu’au cœur d’une relation qui se noue, qui sait voir peu à peu ce que le monde opaque ne sait pas voir. Car le monde regarde l’extérieur là où l’amour, le vrai, regarde l’intérieur. Or cet amour vrai entre un homme et une femme a un nom : cela s’appelle l’amitié.

Non pas l’amitié d’un compte facebook. Non pas l’amitié de nos petits réseaux sociaux au sein desquels on va faire du shopping ensemble, mesdames, ou on va taper une belote, messieurs. Non, l’amitié qui fait qu’Eugène, à 90 ans, regardera Marguerite qui en a 88 en ne voyant que la jeune fille qu’il a aperçue un soir de bal en 1935, à Germoles, parce qu’il s’est attaché à son cœur, et non à la seule esthétique d’un corps qui a vieilli, mais dont chaque ride aujourd’hui tourne les pages d’une histoire qui n’a pas toujours été facile, qui a traversé des épreuves et a connu des larmes, mais aussi de telles joies, de tels enthousiasmes, de telles aventures que celles-ci ont gravé entre eux deux une histoire dont ils sont devenus les acteurs indissociables. Dans les combats, Eugène et Marguerite se sont mis à genoux devant Dieu pour Lui dire leur foi, quoi qu’il arrive. Leur foi en la résurrection des morts, leur espérance de retrouver dans l’éternité ce fils mort pendant la guerre d’Indochine, ce fils né de leur amitié un soir où Marguerite avait raté sa blanquette de veau et qu’Eugène l’avait consolée comme il avait pu, en lui disant de tout son cœur, de toute sa chair, combien il l’aimait même si elle ne cuisinait pas aussi divinement que sa mère...

Une amitié qui les a scellés l’un à l’autre, grâce au mariage dans lequel ils se sont engagés l’un et l’autre un samedi de 1937 et qui les a entraînés sur des chemins qu’ils n’auraient jamais imaginés. Une amitié qui, elle, est éternelle parce qu’elle a été éprouvée, burinée pour enlever les scories et dévoiler le diamant intérieur qui constitue ce trésor exceptionnel qui est dans le cœur de chacun, que la vie se charge d’enfermer dans une carapace de protection parfois épaisse comme une banquise, et que seul un amour d’amitié sait faire fondre pour l’amener au jour.

Alors cette femme qui a épousé 7 maris, de qui sera-t-elle la femme ? La question n’est pas là. La vraie question est : parmi ces 7 maris, lequel l’a aimée d’amitié ? C’est celui-là qui partagera avec elle la vie éternelle, à la lumière du Christ, le Véritable Ami dont parle saint Claude la Colombière, qui, Lui, illumine toute amitié pour en révéler la fécondité et le caractère éternel. Cette amitié dont chaque eucharistie nous nourrit, cette eucharistie qui est comme une fenêtre du ciel qui s’ouvre chaque dimanche sur notre existence terrestre pour lui donner le goût d’aller jusqu’au bout de sa vocation éternelle.

Amen.

Avec mon affection fraternelle,

+ Père Alain.


1 réaction


12 novembre 2013 23:31, par Juan-Marcos Jimenez

Merci mon père.

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