[ Argent, logique du don et logique de possession
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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      Argent, logique du don et logique de possession

Argent, logique du don et logique de possession

L’argent est nécessaire pour vivre mais à son contact ne finit-on pas par se salir les mains ? Il faut en avoir, certes, mais son usage ne nous enferme-t-il pas dans une logique de possession ? Et comment peut-on concilier l’utilisation de l’argent avec les appels évangéliques ?

Entretien avec le Père François-Xavier Dumortier, nommé par Benoît XVI recteur de l‘Université Pontificale Grégorienne.
©Vie Chrétienne



Comment se situer dans une société dominée par l’argent ?

Vie Chrétienne : Souvent les chrétiens sont perplexes et se demandent comment se situer dans une société dominée par l’argent, alors que leur éducation chrétienne les incite à s’en méfier ?

François-Xavier Dumortier : Il faut avoir un certain réalisme par rapport à l’argent et le chrétien ne doit pas tomber dans l’angélisme. L’argent compte, a du poids dans la vie et je me méfie de ceux qui se disent désintéressés, car les gens qui minimisent trop le rôle de l’argent n’en sont généralement pas privés. Au contraire, ceux qui prennent l’argent au sérieux sont souvent des personnes qui en manquent et se trouvent limitées dans leurs possibilités de vivre et de s’accomplir.
Mais le thème de l’argent est vaste car il touche à la fois au revenu et au patrimoine, aux situations professionnelles et aux responsabilités familiales. Il est donc important de faire un discernement pour engager sa liberté de manière responsable dans des choix financiers.

V.X. : Quelles sont à votre avis les tentations concernant l’usage de l’argent ?

F.-X. D. : Je vois d’abord un risque de confusion entre diverses réalités, car il faut distinguer le nécessaire du superflu, le niveau d’épargne et le style de vie et s’interroger aussi sur le partage et les formes de solidarité. Ne pas distinguer c’est s’empêcher de réfléchir.
Il y a ensuite les risques liés à l’argent lui-même car il a l’étonnante capacité de nous rendre aveugle sur lui. Il peut ainsi nous entraîner, de manière inconsciente, à participer collectivement à des mécanismes d’inégalités et de domination. L’argent peut alors engendrer une forme de violence qui ne s’avoue pas comme telle. La faute du riche est moins d’être riche que de ne pas voir le pauvre a coté de lui comme le fait Lazare dans l’Evangile (Mt,25).
On peut enfin se laisser mener par la logique de l’argent quand il devient la mesure de tout, quand il détermine nos valeurs et pèse sur nos relations humaines. Il faut savoir que l’argent peut insidieusement nous rendre captifs de lui-même et notre liberté par rapport à lui ne sera jamais une liberté donnée à priori mais toujours une liberté conquise car, on risque à tout instant de se laisser emporter par l’obsession de posséder. C’est l’asservissement du cœur par le désir de se donner des sécurités sans limites.

* * *
Choisir Dieu plutôt que l’idole

V.X. : Comment l’Ecriture aborde-telle le thème de l’argent ?

F.-X. D. : La référence à l’Ecriture est toujours délicate car on ne peut s’en servir pour y trouver les justifications de ses choix ou des réponses toutes faites. Dans le Nouveau Testament, l’argent est évoqué de manière plurielle : c’est le riche insensé de Luc et la parabole des talents ; c’est le gaspillage de Béthanie (Mc 14,3) et les 30 deniers comme prix d’une trahison ; c’est l’opposition entre Dieu et l’argent et l’éloge du gérant trompeur (Luc 16,1). Les Evangiles montrent la réalité multiforme du rapport à l’argent sans dualisme simpliste.

V.X. : Mais quand le Christ nous dit que l’on ne peut servir à la fois Dieu et Mammon, comment doit-on interpréter concrètement cette formule ?

F.-X. D. : C’est une phrase radicale qui nous met bien devant une option fondamentale : choisir Mammon c’est tomber dans le piège de se donner à soi-même son maître en croyant que l’argent ne serait qu’un moyen. Choisir Dieu plutôt que l’idole c’est chercher celui qui se donne et non pas celui que l’on se donne. C’est entrer dans une logique du don et non dans une logique de possession et d’accumulation.
En outre, s’interroger sur son argent c’est s’interroger sur les relations qu’il permet ou qu’il brise car le rapport à l’argent n’est pas seulement le rapport de soi à l’argent mais de soi aux autres. Et cela peut se traduire par une attitude de don, de générosité ou d’exploitation et de domination.

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Vouloir le désirable ds le possible

V.X. : Comment, selon vous, faut-il entendre la parabole du jeune homme riche ?

F.-X. D. : Préférer le Christ suppose un certain détachement : on ne peut le suivre qu’en mesurant, comme le fait le jeune homme riche, tout le poids et toute la force de nos attachements à ce que nous avons. Il y a un radicalisme évangélique que nous n’avons pas le droit de relativiser. Le premier souci du croyant, c’est le service du Maître, c’est à dire chercher le Royaume et mettre sa sécurité et son assurance en Jésus-Christ.
En effet comme croyants nous vivons sous la loi du don, à la manière dont Pierre l’exprime au paralytique : « je n’ai ni or, ni argent, mais ce que j’ai je te le donne » (Actes 3,6 ). La « désappropriation » est un signe de rattachement au frère (cf la collecte de 2 Cor 8) et une manière de signifier que l’on a entendu la parole du Christ : « où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6,21). La loi du don se vit avec un cœur ouvert car on donne ce qu’on a reçu.

V.X. : Alors concrètement comment un chrétien doit-il s’y prendre pour vivre dans la société actuelle sans la fuir tout en gardant le souci de ne pas se laisser aliéner par l’argent ?

F.-X. D. : Il importe d’abord d’avoir le courage de faire des choix. Tous ne sont pas nécessairement radicaux mais, à mes yeux, ce qui est fondamental c’est le courage du premier pas, c’est-à-dire cette petite décision qui nous met en marche, nous ouvre les mains et nous oblige à rompre avec des attachements qui, pour être légitimes, ne nous enferment pas moins. On ne peut rester dans un questionnement sans fin : il faut passer de l’interrogation au risque d’une décision qui nous fait avancer en marche. Alors quels actes faire ? A chacun de les inventer, en fonction de son histoire, de ses obligations et de sa personnalité.
Je crois aussi qu’il est important de vivre ses choix avec prudence, c’est-à-dire de manière réaliste et responsable. La prudence est cette capacité à tenir compte de tous les paramètres et notamment du fait que je ne suis jamais seul à être impliqué dans mes décisions. La prudence nous conduit à vouloir le désirable dans le possible.
Avoir le sens de la communauté est également nécessaire. Souvent notre rapport à l’argent est marqué par des décisions de l’ordre de la générosité individuelle. Il me semble important de considérer que la gestion de mon argent doit être au service de relations interpersonnelles, c’est une manière de vivre la solidarité envers les autres.

V.X. : Comment vont se traduire les appels évangéliques dans ce domaine très particulier de l’usage de l’argent ?

F.-X. D. : Nos choix vis-à-vis de l’argent supposent que, comme croyants, nous vivions l’exigence de conversion qui nous fait voir et agir toujours un peu autrement qu’auparavant. L’évangélisation de notre être s’opère dans la mesure où nous acceptons de nous laisser changer, d’oser lâcher prise et perdre un peu de nos sécurités pour ouvrir les mains, ce qui aura pour effet de nous ouvrir l’esprit et le cœur.
Vivre, ne serait-ce qu’un peu, la logique du don, c’est vivre un christianisme de grand air qui, en partageant ce qu’il a, apprend à se donner. Car nous ne pouvons nous dérober aux appels d’un monde qui nous crie : « que fais-tu de ce que tu possèdes ? Que risques-tu de toi-même au nom du Christ et de ceux qu’Il te donne comme frères à aimer et à servir ? »


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