[ Ayez faim et soif de la VRAIE VIE !
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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Ayez faim et soif de la VRAIE VIE !

Homélie du 28e dimanche du Temps Ordinaire A (09 octobre 2011)

•Livre d’Isaïe 25,6-10a
« Ce jour-là, le Seigneur, Dieu de l’univers,
préparera pour tous les peuples,
sur sa montagne, un festin »

• Psaume 23(22),1-2ab.2c-3.4.5.6.
« Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal »

• Lettre de saint Paul Apôtre
aux Philippiens 4,12-14.19-20.
« Je peux tout supporter
avec celui qui me donne la force. »


• Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 22,1-14
« Ils s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ;
les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. »

- lire l’intégralité des textes de ce jour



Ce jour-là, le Seigneur, Dieu de l’univers,
préparera pour tous les peuples,
sur sa montagne, un festin


La question de ce jour est : de quoi avons-nous réellement faim et soif ? La faim et la soif, dans le monde, renvoient à la satisfaction de l’appétit biologique, ce qu’on appelle vulgairement la “bouffe”. Mais l’homme est un être singulier : il ne peut pas se contenter de “bouffer”, c’est-à-dire de confondre “manger” et “satisfaire un besoin primaire” qu’on va indument appeler “plaisir”. La faim et la soif, en l’homme [1], sont une grâce. Elles sont ce qui le met en chemin ; ce qui lui apprend à attendre, à être patient, “souffrir”, c’est-à-dire, étymologiquement, “supporter” de ne pas être satisfait immédiatement par soi et pour soi.

Il est certain que dans une société qui nourrit ses enfants à coup de hamburgers, de frites et de coca sous l’effet des compulsions suscitées par le système publicitaire consumériste, avoir faim ou soif ne signifie plus grand chose... Cela n’a plus de “sens” et ne renvoie à rien d’autre qu’à une frustration que les adultes ne leur apprennent plus à gérer, pris eux-mêmes dans des rouages qui les dépassent et les font rentrer dans le rang.

Car pour l’homme, avoir faim et soif biologiquement le renvoie inévitablement à une autre faim et une autre soif ; à une VIE (avec un grand ‘V’) qui est à l’opposé absolu de ce que le monde nomme aujourd’hui la “vie”, prise par le bas comme un simple fonctionnement de besoins instinctifs qui ne différencient plus l’homme de n’importe quelle Escherichia coli...

Cette VIE n’est pas un concept. Elle n’est pas une idée, encore moins une idéologie. Au contraire : cette VIE s’oppose à l’idéologie scientiste contemporaine : elle n’est ni mathématisable, ni planifiable, ni conceptualisable. Cette VIE se ressent ; cette VIE est un “pathos”, une “épreuve”, une “souffrance [2], au sens où elle ne se satisfait pas elle-même par elle-même, ne se possède pas elle-même pour elle-même mais reçoit d’un autre le seul fait d’Exister, de VIVRE au sens le plus puissant du terme . Cette VIE est le fruit d’un engendrement qui ne cesse d’advenir en nous, et que nous ne pouvons découvrir que dans la frustration, dans le manque et, pour utiliser un mot trop rejeté aujourd’hui, dans le sacrifice.

Tel est en effet le paradoxe du sacrifice qu’il nous ouvre à la VIE et nous comble au-delà de tout ce que nous pourrions espérer. Les saints sont tous des êtres de sacrifice. L’Eucharistie que nous célébrons est un sacrifice.

Le problème est que nous avons fait du sacrifice un système morbide, alors qu’il nous ouvre paradoxalement à la plénitude de la Vie.
Le sacrifice nous ouvre au sentiment religieux qui nous sauve de l’illusion que nous existons par nous-mêmes. Le sacrifice nous place dans une attitude d’attente, une attitude de foi et d’espérance vis-à-vis de DIEU qui, Seul, peut nous apporter cette Nourriture-là, qu’on ne peut comparer qu’à un festin plantureux et débordant, mais qui n’a en réalité rien de biologique. Il est un festin où DIEU et l’homme se rencontrent en plénitude, parce que s’y rencontrent la VIE et ceux-là mêmes qu’Elle engendre, qui accpetent joyeusement d’être par Elle engendrés.

C’est à ce festin que conduit le Berger du psaume ; un festin où se trouve la paix, mais surtout la force de vivre cette VIE, de "souffrir” cette VIE au sens de la “supporter” comme une “épreuve” ; d’ “éprouver” cette VIE en plénitude au sens de ne jamais plus l’oublier.

* *
Je peux tout supporter
avec celui qui me donne la force


On pourrait traduire : « Je peux tout souffrir avec celui qui me donne la force ». Je peux souffrir le manque biologique (la faim et la soif), parce que j’éprouve cette VIE dans ce qu’elle a de plus fort grâce à ma rencontre avec Jésus Christ, qui est cette VIE. Jésus Christ est cette VIE qui m’engendre à moi-même en plénitude et qui fait chanter Paul avec le Psalmiste : « Avec Toi, je ne manque de rien. », sous entendu : sans Toi, je manque de tout ! Mais ce manque même me réjouis, je “souffre” ce manque parce qu’il me rappelle à Toi dans l’épreuve de la VIE que j’attends au plus profond de mon être.

Comment, dès lors, savoir que nous attendons cette VIE par laquelle DIEU nous engendre à nous-mêmes et fait de nous ses fils ? En répondant à l’invitation du ROI.

* *
Ils s’en allèrent, l’un à son champ,
l’autre à son commerce ;
les autres empoignèrent les serviteurs,
les maltraitèrent et les tuèrent


Vous voyez : nos arguments ne sont pas différents aujourd’hui, surtout en ce qui concerne le commerce... Étonnant de voir combien nous trouvons toujours autre chose à faire lorsque, justement, il faudrait que nous prenions du temps pour éprouver cette VIE dans ce qu’elle a de plus haut, dans la dignité la plus belle à laquelle elle nous engendre...

Et nous nous sommes mis à avoir peur du silence, où seul cette VIE s’offre à recevoir. Nous courons, nous bavardons, nous crions, nous hurlons pour nous donner l’impression d’exister, mais nous ne VIVONS pas, au sens le plus puissant de ce que la VIE nous invite. Et nous ne revêtons pas la tunique des noces.

Quelle est-elle ? Celle de la VIE. Si je me pointe au Festin du ROI avec, pour seul vêtement, la vie biologique que j’aurai tenté d’assouvir “parce que j’en avais le droit !", alors je serai jeté dehors de la VIE, tout simplement parce que la VIE n’aura rien à m’offrir de ce à quoi je me serai préparé : Je serai pour l’éternité un intestin bedonnant, un foie cirrhosé, un organe génital en état d’orgasme perpétuel... et ce sera l’enfer.

Alors que si je viens au Festin du ROI avec la robe du manque, de l’attente, c’est-à-dire la conscience de la VIE qui, seule, aura su m’engendrer à moi-même en me faisant dores et déjà éprouver mon existence, m’émerveiller de mon existence et rendre grâce chaque jour pour le miracle de mon engendrement... Si je viens avec cette robe-là, alors la VIE pourra me combler, car Elle est Celle que j’aurai attendue dans la prière ; Celle dont je me serai nourri par l’Eucharistie ; Elle qui m’aura fait découvrir l’attente de la Création qui n’est rien de moins que la révélation des Fils de DIEU [3].

Tout cela pour un éblouissement à jamais étonnant, bouleversant. Un émerveillement qui me fera à jamais éprouver cette VIE comme une grâce, une joie sans fin et une fête éternelle : la fête de la VIE de DIEU communiquée à ses Fils retrouvés et, par eux, à toute la Création.

De cette fête éternelle, l’Eucharistie est le prémice, qu’on appelle le Festin des Noces de l’Agneau. Que ceux qui se laissent engendrer par la VIE, qui entendent et répondent à son invitation ; que ceux qui ont faim et soif de la vraie VIE s’avancent sans hésitation à la table du repas : ceux-là ne seront pas jetés dehors !

Avec toute mon affection fraternelle,

+ Père Alain


Notes

[1Je ne parle évidemment pas ici des situations de famine !

[2Attention : je ne dis pas ici qu’il “faut souffrir” au sens janséniste du terme. Mais je constate qu’une vie qui a banni par principe tout accès à la souffrance ; qui, par principe, est devenue incapable de “supporter” de ne pas être satisfait dans ses envies qu’elle qualifie du très joli nom d’ "hygiéniques" ; une telle société a perdu les racines de la VIE. Elle n’engendre plus et meurt de se recroqueviller sur elle-même dans l’angoisse de la douleur dont il faut absolument guérir jusqu’à la bannir du monde. Qu’il faille guérir les douleurs mortifères, oui. Qu’il faille bannir toute douleur dans la vie, non.

[3Cf.Rm 8,19

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