[ Christ, premier servi !
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
http://saintsymphorien.net/Christ-premier-servi

Christ, premier servi !

Homélie du 23e dimanche du Temps Ordinaire (Année C)

• Livre de la Sagesse 9,13-18
« Les hommes ont appris ce qui te plaît
et, par la Sagesse, ont été sauvés »

• Psaume 90(89),3-4.5-6.12-13.14.17abc
« Apprends-nous la vraie mesure de nos jours. »

• Lettre de saint Paul Apôtre
à Philémon 1,9b-10.12-17
« Moi, Paul, je suis un vieil homme,
moi qui suis aujourd’hui en prison à cause du Christ Jésus. »

• Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 14,25-33
« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. »

- lire l’intégralité des textes de ce jour




Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère,
sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie,
il ne peut pas être mon disciple

Pour une fois, commençons par l’Évangile qui est aujourd’hui d’une force extrême.

Trop souvent, on entend ce genre de commentaire : "Le Christ ici demande de renoncer à tout pour Lui", et hop : de faire le catalogue moral de tout ce qu’un chrétien pourrait "abandonner" pour être plus léger... Ce sont souvent de belles paroles, mais suivies de peu d’effets, reconnaissons-le. Tout au plus se déculpabilise-t-on en les écoutant, mais une fois rentré chez soi, retour au concret : tout ça n’est pas très réaliste.

Prenons l’évangile par un autre bout, et posons-nous d’abord la question : qu’est-ce qui me fait vibrer dans ma vie ? Qu’est-ce qui m’exalte, me donne de l’élan, de l’énergie ? Ou dit autrement : pour quelle cause est-ce que je serais prêt à donner ma vie ? Car c’est bien cela qui est en question ici, bien plus que les fameux renoncements de nos moralisateurs ! Pour comprendre, je vous propose un détour par la tradition antiques.

Lorsque je songe à l’Antiquité défilent devant moi toute une kyrielle de héros infatigables qui partaient jusqu’au bout du monde pour accomplir leurs exploits. On pourrait parler d’Hercule, Héraclès, Icare et tant d’autres. Je choisis de vous parler de Sindbad et de ses voyages que Schéhérazade va raconter pendant rien de moins que 21 nuits. Il veut voir des choses nouvelles, affronter de nouveaux périls... S’ensuivent naufrages, faim, peur, tempêtes, abandons... Quand il revient, c’est avec des pierres précieuses, des aromates et des épices, non pour tout accumuler, mais pour tout donner... Et il repart. Pourquoi ? Parce qu’à chaque voyage, il s’enrichit. Affronter les épreuves ne signifie pas pour lui "souffrir", mais grandir, rencontrer, partir à la découverte de lui-même.

Il n’a pas toujours gagné, loin s’en faut. Il a connu des trahisons, des découragements, le désespoir même... mais toutes ces faillites n’ont pas fait de lui un homme amer et durci. Elles ont fait de lui un amoureux de la Vie et de la beauté ; un homme joyeux dont la vie, consolidée par les épreuves traversées, est devenue une fête à laquelle il nous convie. À la fin de sa vie, au bout de tant et tant de voyages — car un seul voyage ne suffit pas —, le vieux Sindbad est devenu un sage entouré de multiples amis.

Pourquoi est-ce que je vous raconte ça ? Parce que c’est exactement ce dont nous parle Jésus ici ! Comment apprendre la Sagesse ? La vraie mesure de nos jours ? En se mettant en route en suivant Jésus. Tout d’abord le regarder : vous imaginez l’exaltation qu’Il a produit sur ses disciples ? Rappelez-vous la fougue de Pierre, et celle de Paul ! Quand vous avez un ami, sa parole n’est jamais anodine. Elle vous marque dans la chair, c’est-à-dire pour toujours. Elle vous donne le courage de vous risquer à l’aventure quand celle-ci se présente à vous. Elle vous donne de l’élan, parce que derrière cette aventure, il y a le dépassement de soi, une mise en jeu de potentiels que vous ne pourrez jamais découvrir si vous vous contentez de souscrire une assurance-vie et de vous rassurer par la Sécurité Sociale.

Il ne s’agit pas de partir à sa suite pour un voyage sans retour, au contraire ! Il s’agit de partir avec lui, en acceptant les épreuves qui se présenteront comme autant d’occasions d’éprouver ce que vous valez, à travers des rencontres inattendues, des combats sans doute périlleux, douloureux, mais qui vous feront briser cette carapace sécuritaire qui vous interdit d’aller au bout de vous-mêmes et se contente de vous laisser errer sans but au milieu des rayons des grands magasins... "Ne vous inquiétez de rien, on s’occupe de tout !" est la phrase la plus terrible, la plus totalitaire qu’on puisse imaginer, le véritable opium du peuple grâce à quoi on l’endort pour mieux le manipuler... Alors on multiplie les interdictions : interdiction des jeux de nuit pour les scouts ; interdiction d’apporter un gâteau à l’école ; interdiction de porter une croix en pendentif ou un foulard sur la tête ; interdiction de ceci ; interdiction de cela... Avec pour seule espérance l’ "espérance de vie" — quelle perversion de la notion d’espérance ! — et la préparation de notre retraite...

Si vous acceptez le voyage, alors, et alors seulement, forts de vous-mêmes, en particulier pour les hommes, vous pouvez revenir vers votre conjoint, vers vos enfants, vers vos frères et soeurs et vos parents, parce que vous aurez les yeux scintillants, vous aurez des aventures à raconter qui seront bien plus prenantes que les jeux Internet ou que le dernier film d’horreur que vous aurez été voir pour donner des émotions à une vie tellement bordée de toute part qu’elle en est devenue d’une banalité mortifère ! La preuve ? C’est qu’on n’a souvent "rien à raconter"...

Le Christ a tellement de choses à nous faire vivre ! Certes, suivre le Christ n’est pas nécessairement confortable. C’est un chemin initiatique qui nous est donné comme autant d’épreuves à traverser pour éprouver qui nous sommes, des fils de DIEU ! Car l’enjeu est là : à ne vouloir que "rester au ras des pâquerettes", comme on dit, on ne vit rien d’exaltant ; rien qui nous fasse éprouver ce que nous avons en nous d’éternel ! Alors que le Christ se présente à nous comme ce Voyageur du Père, Celui qui revient des contrées éternelles du Père où se trouvent des trésors impérissables, des saveurs infinies que ne pourront goûter que ceux qui ont éprouvé leur vie pour y trouver une liberté que même la prison et la persécution ne peut plus leur ravir.

Enfin, c’est vrai, le Christ, Lui, s’est retiré pour nous préparer notre place. Mais de même qu’un ami, un père ou un frère parti au loin nous a laissé une photo, un objet symbolique pour nous signifier qu’il ne nous oublie pas, que son amour, lui, ne disparaît pas, le Christ nous a laissé l’Eucharistie. Elle est ce signe que tout ce que nous vivons en le suivant est un formidable voyage au cours duquel il nous nourrit et nous abreuve de sa Chair même, et de son Sang même. Il a tout risqué pour nous. DIEU a tout risqué pour nous en entreprenant le voyage de l’Incarnation. Il a été mis à l’épreuve par le Père, non pour "souffrir", mais pour manifester la Lumière qui brille en Lui. Une Lumière qui brille en nous par le Baptême et que nous pouvons éprouver à notre tour à chaque fois que nous choisissons de partir à sa suite, sûrs que nous aurons alors des trésors à ramener pour nos proches qui, à leur tour, devront un jour se mettre en route.

Nous sommes les héros des temps modernes ! À condition que Christ soit le Premier servi, comme le disent les saints. C’est tout cela qui fait l’âme d’une communauté paroissiale, et c’est ce que je nous souhaite à l’entrée de cette nouvelle année marquée malheureusement par la guerre dans le monde, mais une guerre où nos frères chrétiens puisent tout leur courage en suivant le Christ, sans se demander s’ils souffrent ou si c’est injuste de devoir traverser de telles épreuves. Ils les traversent en tenant la main de sa mère qui maintient leur regard tourné vers son Fils. Ne vivons pas moins qu’eux !

Avec mon affection fraternelle,

+ Père Alain


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