[ De la vertu d'humilité
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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De la vertu d’humilité

Homélie du 30e dimanche du Temps Ordinaire (Année C)

Livre de l’Ecclésiastique 35,12-14.16-18
« Celui qui sert Dieu de tout son cœur
est bien accueilli, et sa prière
parvient jusqu’au ciel. »

Psaume 34(33),2-3.16.18.19.23
« Le Seigneur est proche du cœur brisé,
Il sauve l’esprit abattu. »

Deuxième lettre de saint Paul Apôtre
à Timothée 4,6-8.16-18

« Le Seigneur m’a rempli de force
pour que je puisse annoncer jusqu’au bout l’Évangile »

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 18,9-14
« Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé »

- lire l’intégralité des textes de ce jour




Qui s’élève sera abaissé ;
qui s’abaisse sera élevé


Il est bon de réentendre cette sentence du Christ, bien connue, certes, mais oubliée plus souvent qu’à son tour. Totalement refusée par l’homme prométhéen contemporain qui tente par tous les moyens — en particulier l’argent et le développement de la technique dont il accepte de devenir l’esclave, pourvu qu’il ait l’impression d’être libre —, d’améliorer sa condition. Mais aussi oubliée par le chrétien, qui, certes, trouve la proposition très noble, mais dans le quotidien, n’aime pas trop faire l’expérience de la vertu d’humilité.

Arrêtons-nous donc sur cette vertu. Rappelons-nous d’abord que vertu, virtus en latin, signifie force . L’humilité est une force, ce qu’on a compris dès l’Antiquité, puisque les Stoïciens choisissaient leurs disciples en leur faisant accomplir publiquement des gestes humiliants. On pourrait imaginer aujourd’hui d’aller au travail en pyjama, venir à la messe à cloche-pied, aller embrasser la statue du monument aux morts, que sais-je ? On ne pouvait alors devenir stoïcien qu’à partir du moment où la honte disparaissait du visage. Diogène Laerce, lui, vivait nu à l’ombre d’un tonneau. il était libre. Et quand le grand Alexandre, ayant triomphé d’Athène, vient lui rendre visite en lui proposant, du haut de son trône, de lui accorder le vœu qu’il souhaitait, la seule réponse du sage fut : "Ôte-toi de mon soleil !". Comme quoi les sages avaient compris que la véritable liberté n’était pas dans le pouvoir de la guerre ou de l’argent, mais dans la dépossession de soi pour jouir de ce que la vie offre d’essentiel.

Le Christ ne nous demande pas cela. Il va plus loin, plus profond. Car enfin, le Stoïcien pouvait encore avoir l’orgueil de son humilité, ce qui est le plus grave qu’on puisse imaginer. Pour Jésus, l’humilité passe par l’obéissance à Dieu et à ses frères. La chose est d’autant plus difficile pour nous que, depuis Sartre, Bourdieux, Bruckner et autres philosophes de l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui, l’obéissance est la signature de la liberté perdue. Cette liberté qui consiste à ne rien devoir à personne qu’à soi-même, à ne se trouver soi-même que par soi-même et pour soi-même. Cette liberté qui dissocie le corps de la société pour la faire exploser en multiple morceau, prétendant que le puzzle est plus "vrai" quand il est en mille morceaux que quand il est assemblé. Chaque pièce déclare aux autres : "je suis libre !", mais libre de quoi ? Libre de pouvoir n’obéir à personne. Au moins apparemment. Libre de n’avoir "ni Dieu, ni maître" ; libre de pouvoir ne vivre qu’avec ceux qui m’apportent du bien-être et pour le reste, pouvoir être “indépendants” en ayant un travail le mieux rémunéré possible, toujours dans le même but : pouvoir m’assurer mon bien-être. L’humilité dans tout ça ? Un truc de vieux grincheux rétrograde.

L’humilité est pourtant le ciment irremplaçable de toute vie en communauté. Elle est le lieu de l’autorité suprême, de la véritable noblesse qui me fait regarder l’autre comme supérieur à moi. Ce qu’avait très bien compris la petite Thérèse . À sa sœur qui, un jour, lui disait : « Je ne supporte pas d’être accusée à tort ! Si j’ai fait quelque chose de mal, je veux bien en accepter le reproche, mais jamais je ne pourrai supporter d’être reprise alors que je suis innocente ! », Thérèse répondit :

« Pour moi, c’est tout le contraire. Je préfère être accusée à tort, car alors, je n’ai rien à me reprocher. Puis je me dis que je pourrais bien un jour être capable de faire ce dont on m’accuse. Nous devrions être reconnaissant à notre prochain de nous dénigrer quelquefois, car sans cela, que deviendrions-nous ? C’est notre petit profit. »


Et elle ajoutait une autre fois :

« Vous n’êtes pas humble tant que vous ne désirez pas être soumise sous la main de tous. »


Une autre sœur, visitandine cette fois, me dit un jour :

« J’ai compris pourquoi j’était toujours triste quand une sœur me faisait un reproche. C’est parce que je confondais humilité avec vexation. Quand on me reprenait, à tort ou à raison, je me braquais et j’étais triste parce qu’on ne reconnaissait pas ce que je faisais. Je me sentais humiliée, alors qu’en fait, je n’étais que vexée. Et ça, c’est de l’orgueil. J’ai compris que pour grandir en humilité, il fallait que je passe avec Jésus sur le chemin de l’humiliation, et que je m’en réjouisse parce qu’alors Jésus me libérait de ma suffisance. »


Voilà. Tout est dit. Elle était passée du Pharisien au publicain. Alors, à celui qui vit humblement peut être remis tout pouvoir. Pas avant. Et c’est alors que l’on comprend mieux comment Jésus, qui a choisi le chemin de l’humilité en se laissant humilier par ses propres frères, a pu être élevé par le Père au-dessus de tout nom, « afin qu’au Nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers ». Voilà la force de l’humilité, la vertu d’humilité, la vertu de l’abaissement. Et c’est là la lumière que DIEU pose sur toute autorité, y compris la sienne.


L’humilité est la vertu des chefs — les “petits chefs” en sont totalement dépourvus ! —. L’humilité ne consiste jamais à se déclarer “nul” ou “bon à rien”. Il ne sert à rien de se mettre devant sa glace et de se dire “Tu n’est rien du tout !”, car on finit par le croire et à en devenir orgueilleux. Et on dit aux autres : “Vous savez, moi, je ne suis pas grand chose", dans l’espoir perfide qu’ils me répondent : "Mais si, vous êtes tellement bon ! Tellement à l’écoute des autres !" Et hop : c’est foutu ! On est passé du publicain au pharisien !

Alors ce matin, regardons Jésus. Jésus comme notre Maître. Celui que le Père a élevé au-dessus de tout, parce qu’Il l’a abaissé au-dessous de tous. Si je suis parent, me rappeler que mes enfants ont besoin de savoir à qui j’obéis, à qui je suis soumis. Je me rappelle cette histoire que me racontait un frère prêtre de ma communauté : quand il était jeune, avec ses frères et sœurs, il craignaient leur père qui était dur avec eux. Mais une chose les intriguait : chaque soir, en revenant du travail, il s’isolait dans la chambre nuptiale pendant un quart d’heure, et chacun des enfants se demandait ce qu’il pouvait bien y faire. Jusqu’au jour où il oublia de bien fermer la porte, et dans l’encoignure, quelle surprise de voir leur père à genoux sur le prie-Dieu, devant le crucifix !!! Et eux de se dire : “À quand même ! Il y a quelqu’un devant qui il se met à genoux !” Et ils ne lui obéirent alors qu’avec plus de respect et de confiance.

Voilà la source de notre foi en Christ. Il ne se présente pas à nous comme une idole absolue — comparez bien avec le système consumériste d’aujourd’hui qui se présente comme un système absolu, sans dieu ni maître, mais aussi sans foi ni loi si ce n’est d’alimenter le “processus sans tête”, comme l’appelait Jacques Ellul, où nul n’est responsable de rien. Où la technique ne se justifie que par elle-même et pour elle-même. Non pas à la mesure du bien commun, mais du seul progrès auquel les individus doivent collaborer —. Notre DIEU se présente à nous sous l’apparence d’un morceau de pain et d’un peu de vin ; un petit morceau d’essentiel dans lequel tout est contenu : la Vie, la Paix, la Joie, mais aussi le dépassement de soi et la découverte de la force que seul procure l’amour vécu dans la foi, l’espérance et la charité. Demandons-nous à qui nous voulons être soumis, avec toutes les médiations par lesquelles passe notre DIEU pour nous faire grandir : les parents, les époux, l’Église, nos frères et sœurs... Chacun en son temps. Encourageons-nous les uns les autres, à la lumière de DIEU, pour avancer dans la vertu, c’est-à-dire dans l’excellence. Cela nous guérira de toute tentation de critique, de toutes ces petites révoltes mesquines qui font le jeu du Satan — lui qui, dès le jardin de la Genèse, présentait DIEU à Ève comme un vieux grigou devant qui il fallait se révolter pour manifester leur liberté souveraine —.

Seigneur, abaisse-moi et relève-moi, pour que je sois tout à toi, pour que je à mon tour élever mes frères et sœurs en leur étant soumis en tout, comme toi, Seigneur, tu as été soumis sous la main de tous, à commencer par ton Père. Je pourrai alors être élevé avec Toi dans la résurrection dont cette Eucharistie est le prémice merveilleux et que je désire de tout mon cœur.


Avec mon affection fraternelle,

+ Père Alain.

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