[ Dieu merci, nous serons jugés !
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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Dieu merci, nous serons jugés !

Homélie de la Solennité du Christ Roi (20 novembre 2011)

• Livre d’Ézéchiel 34,11-12.15-17
« Apprends que je vais juger
entre les brebis et les boucs »

• Psaume 128(127),1-2.3.4-5
« Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien »

• 1ère lettre de saint Paul Apôtre
aux Corinthiens 15,20-26.28 5,1-6
« Le Christ remettra son pouvoir royal
à Dieu le Père, après avoir détruit
toutes les puissances du mal »

• Évangile de Jésus-Christ
selon saint Matthieu 25,31-46
« Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire,
il siégera sur son trône de gloire.
Il séparera les hommes les uns des autres,
comme le berger sépare les brebis des chèvres. »


- lire l’intégralité des textes de ce jour



Apprends que je vais juger
entre les brebis et les boucs


DIEU est Roi. Le Roi, dans la bible, est celui à qui appartient le jugement. L’exemple le plus connu est évidemment Salomon dans le jugement des deux mères. Exemple intéressant, car c’est justement un jugement de vie : l’enfant est restitué à sa vraie mère. Et de ce point de vue, le roi, dans son jugement même, se positionne comme père : il donne à la femme d’être mère, en vérité ; il accomplit en elle la vie qu’elle porte en germe. Et le signe de ce germe est l’amour. L’autre femme, celle qui a étouffé son fils, est d’une certaine manière stérile : elle n’a pas d’amour. Elle ne peut donc pas être mère. Et c’est le père qui tranche entre les deux, par l’épée de la parole qui décèle et reconnaît l’amour comme seul arbre de vie.

Eh bien ! Analogiquement, multiplié à l’infini, DIEU est ainsi Roi, et Père indissociablement. À lui appartient le jugement de vie : c’est sur l’accueil et le service de la vie que nous serons jugés. Et heureusement !

La notion de jugement est apparue assez tardivement dans la conscience du peuple d’Israël. Auparavant, on pensait que les justes comme les injustes se trouvaient relégués au Shéol après leur mort, sorte de lieu vide de tout sentiment, de tout désir et de tout besoin ; sans plus de relation ni avec les hommes, ni avec DIEU. [1] Mais c’était justement parce qu’il n’y avait pas de "jugement". Si vous n’avez pas de sanction dans votre vie, celle-ci devient une espèce de Shéol : pas d’échéance, pas d’intérêt ; on se distrait, on s’occupe, mais on s’ennuie, précisément parce que personne ne porte de jugement de vie sur notre existence.

Alors bien-sûr, le terme de “jugement” nous fait peur. Parce que nous n’avons, comme exemples de jugements, que ceux des hommes qui reste toujours, somme toute, bien aléatoires.

- Il y a d’abord le jugement de valeur, subjectif, qui nous fait cataloguer l’autre, surtout à partir du moment où il a dit ou fait quelque chose qui ne nous a pas plu. C’est un jugement d’accusation ou de compromission. C’est le plus répandu, si l’on se rappelle qu’après le bon sens, n’en déplaise à M. Descartes, c’est la bêtise qui est « la chose du monde la plus partagée » [2]. La bêtise est le jugement qui condamne ou apprécie sans autre raison qu’une idée ou une apparence qui a suscité une contrariété ou qui a apporté du plaisir. La bêtise s’exprime de toute manière par l’art consommé et réflexe de la critique (qu’on a souvent le culot d’appeler “constructive”) et dont le seul objectif caché est de se préserver soi-même de tout regard sur soi en vérité. C’est un outil efficace de diversion : pendant qu’on déblatère sur l’autre, on se soustrait à la médisance des autres.

Ce type de jugement a un grand intérêt : il permet de garder la main. Grâce au jugement de valeur, ce n’est plus DIEU qui nous juge, mais c’est nous qui le jugeons, qui le mettons en accusation. La position est plus confortable.

- Il y a ensuite le jugement des faits, qui essaie d’être objectif en rassemblant un faisceau d’indices. Normalement, ce jugement cherche à sauvegarder les droits de tout homme au regard d’une charte de vie en société. On le qualifie habituellement de juste. C’est le jugement de “justice”, ou encore le jugement “rationnel”.

Ce type de jugement est plus difficile à détourner. Le plus simple est de faire en sorte de n’être pas vu, pour ne pas être pris. Et puisque DIEU est sensé tout voir, on préfère ne plus penser à Lui, ou plus simplement de Lui dénier tout droit de regard, et donc tout droit d’existence. C’est la position de l’autruche qui, soi-disant, plonge la tête dans le sol pour espérer échapper au danger qui se présente devant elle [3].

- Il y a enfin le jugement de la conscience, qui suppose que la conscience ait été éclairée, évidemment. Sans quoi on retombe dans la bêtise. Ici, l’intelligence est requise pour mettre en œuvre une connaissance qui sera à la base d’une conclusion qu’on appellera “jugement”. Ce jugement éveillera la volonté qui, alors, agira dans le sens présenté par le jugement de l’intelligence.

On pourrait faire d’autres distinctions plus subtiles, plus savantes, et d’aucun n’ont pas manqué de le faire, notamment en philosophie. Mais cela suffira pour nous, de sorte que nous nous demandions : dans quel sorte de jugement se place celui de DIEU ? Jugement de valeurs ? C’est assez fragile... Jugement des faits ? Alors là, c’est terrible ! On est tous foutus ! Jugement de conscience ? C’est ce qu’il y a de moins pire, mais qui reste pourtant assez effrayant, car DIEU connaît tous les tenants et les aboutissants, et en définitive, c’est encore aux faits que le jugement sera soumis... et là, pas encore de quoi faire les fiers à bras !

Alors laissons les Paroles de la liturgie nous éclairer, et soyons patients... C’est là une vertu qu’il nous faut cultiver.

* *
Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien


Dieu est Roi à la manière de Salomon : à Lui est rendu le jugement du dernier recours, le “jugement dernier". Mais le Roi, en Israël comporte une autre figure, combien plus importante que Salomon : David, le berger devenu roi.

Ce n’est pas rien d’avoir d’abord été berger. On connaît de près les brebis, et les brebis connaissent leur pasteur. Il y a donc une relation de confiance, de foi qui est essentielle. De cette foi procède la conscience d’un amour qui unit le berger à son troupeau, un amour qui préside à l’autorité qu’il exerce sur les animaux.

Nous oublions cela, en pauvres citadins que nous sommes. Mais un berger n’est berger que s’il aime, non pas son métier, mais ses bêtes ! Aujourd’hui où nous ne jugeons plus rien qu’à hauteur de la rémunération que les choses nous rapportent, la notion d’amour dans le métier, la charge, la mission inhérente à tout travail a disparu, ou est tout au moins totalement relativisé.

Le Roi, le juge, est donc notre berger. Pas un bureaucrate anonyme au service de son idéologie personnelle !

* *
Le Christ remettra son pouvoir royal
à Dieu le Père, après avoir détruit
toutes les puissances du mal


Et voilà le Berger par excellence, qui est Roi, mais qui est aussi Fils. Un Fils particulier, puisqu’Il devra Lui-même rendre au Père le titre royal pour lequel il a été oint, désigné comme Christ.

Et la mission royale consiste en ceci : détruire les puissances du mal. Non pas à la manière du Prince des anneaux, ou de toutes ces mythologies dualistes qui imaginent un combat entre le bien et le mal dont on ne voit d’ailleurs pas pourquoi le bien serait toujours vainqueur...

Qu’est-ce que le mal ? Facile : c’est ce qui fait mal. Arrêtons de toujours tergiverser sur des “idées” du mal. Ce qui fait mal est universel : cela touche à la vie et à l’amour. Le bien est ce qui engendre à la vie et ce qui est éprouvé à l’épreuve de l’amour de l’autre. Le mal, c’est ce qui relativise la vie et ne vise qu’à l’amour de moi. Tout le reste n’est que bavardage.

Donc le Roi Messie est celui qui vainc le mal par l’amour ; qui vainc la mort par la vie. L’amour et la vie donnés, livrés, de sorte que ni le mal ni la mort n’ont de prise sur Lui. Ce faisant, il fait exploser les portes de l’Enfer et entraîne à sa suite tous ceux qui acceptent, par Lui, avec Lui et en Lui de faire barrage au mal et à la mort par l’offrande totale de leur vie à DIEU le Père, qui se vérifie dans la chair offerte pour le prochain.

Ici, le Christ Roi est bel et bien Jésus, de sa naissance à sa mort sur la Croix, au nom du Père et pour le Salut du monde entier.

* *
Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire,
il siégera sur son trône de gloire.
Il séparera les hommes les uns des autres,
comme le berger sépare les brebis des chèvres


Dernière spécification de la Royauté du Christ, Berger : le Fils de l’homme.

Le Fils de l’homme est un titre étrange. Ézéchiel et Daniel l’employaient pour évoquer un être mystérieux dont la mission, enveloppée de gloire et de majesté, était d’unir le ciel et la terre, l’éternité et le temps. C’est un personnage apocalyptique, dont le rôle est d’apporter la révélation ultime de la lumière divine au cœur de la Création.

Cette expression était typique du Christ : elle est rapportée 70 fois dans les évangiles, et toujours sur les lèvres de Jésus. Le terme "fils" est très courant en Orient : le charpentier est appelé le "fils du charpentier" ; le roi : "fils de roi" ; etc. Pour signifier qu’on se recevait toujours d’un autre... un “père”. Mais on ne parlait jamais d’un “fils de l’homme".

Que pouvait alors signifier cette expression ? Une réalité qui, en Jésus, touchait tout homme ; comme s’il se recevait, non d’un quelconque particularisme, non d’une famille privilégiée, mais de toute l’humanité, de tout homme. Cette expression ne devait pas manquer de susciter des interrogations à l’époque.

Or c’est précisément à ce Fils de l’homme qu’est remis le jugement dernier, ultime.

Est-ce alors un jugement de valeur ? Un jugement de faits ? Un jugement de conscience ?
Le texte nous montre qu’il s’agit d’un jugement royal ; d’un jugement de berger, et donc d’un jugement que n’éclaire que la foi en lui.


- Qui sont les brebis ? Non pas celles qui ont fait "mieux" ou "plus" que les autres, mais qui ont eu foi en DIEU, en la VIE, telle que Jésus nous l’a révélé : la source de tout amour et de tout pardon.
- Qui sont les chèvres ? Non pas celles qui ont "mal" fait ou "moins" que les autres, mais qui n’ont eu foi qu’en eux-mêmes, se permettant de juger les autres pour ne pas changer eux-mêmes.

Ainsi donc, la liturgie de cette fête est-elle un appel à la foi, au terme de toute une année où Jésus n’a cessé de nous manifester son amour, sa présence et sa grâce.

Comment alors puis-je voir que j’ai la foi ? En testant mon cœur à la lumière de ce texte :
- S’il m’enflamme de joie et d’amour, c’est que je suis dans la foi. « L’amour parfait bannit la crainte », dit saint Jean. Et celui qui est dans la foi comprend qu’il ne vit que du regard de l’autre sur lui, le regard du roi qui est là pour aimer ce que, par moi-même, je suis incapable d’assumer dans ma propre vie. Le pardon vient toujours d’un autre, et celui qui le découvre en lui la véritable royauté : celle qui sauve.
- Si ce texte me plonge dans la crainte, de sorte que je préfère ne jamais y penser, ne jamais en parler et vivre ma vie comme si DIEU était reclus à un certain nombre de pratiques mais sans aucun impact sur la qualité de ma vie, alors c’est que je suis du côté des chèvres. Celles qui ont peur du regard de DIEU sur elles. Celles qui pensent que Sartre avait raison de dire : "L’enfer, c’est les autres", et qui oublient, avec lui, qu’il y a un enfer pire encore : celui où l’on n’est regardé par personne !

Alors oui, DIEU merci, nous serons jugés ! Jugés par le Roi Berger, par le Fils de l’homme, par DIEU Lui-même. Nous serons jugés par la miséricorde, qui se reconnaît dans cette eucharistie : toute Eucharistie est un jugement. Le jugement du Roi Messie qui livre sa vie et attend d’être reçu par ceux qu’habitent la foi, ceux qu’on appelle au sens propre : les "fidèles".

Que cette fête fasse de nous les fidèles que DIEU, notre Père, rassemble pour faire de nous plus encore que des brebis ; plus encore des des fils et des filles d’hommes : des fils et des filles de DIEU. La fête du Christ Roi est celle des enfants de DIEU divinisés par le jugement royal que l’amour porte définitivement sur chacun d’eux, et par lequel naît l’Église. Le jugement n’est pas pour demain. Il est pour aujourd’hui.

Bonne fête à tous !

+ Père Alain


Notes

[1C’est entre autre la raison pour laquelle on ne pouvait considérer que des hommes aussi importants que Moïse et Élie aient pu en être prisonniers. Aussi la tradition a-t-elle retenu qu’ils avaient été enlevés au ciel par DIEU lui-même, c’est-à-dire qu’ils avaient échappé au Shéol.

[2Descartes, Discours de la Méthode, première partie (1637).

[3Pour le “fun” : l’idée reçue qu’une autruche ayant peur se met la tête dans le sable est liée à plusieurs origines. En effet, on trouve différentes explications au fait que cet animal met sa tête près ou dans le sable :
• La première raison, c’est simplement pour se nourrir ; elle passe une grande partie de la journée la tête au ras du sol, parfois entre les rochers pour chercher à manger.
• Deuxième raison plausible, l’autruche pond ses œufs dans des trous qui font parfois jusqu’à 30cm de profondeur dans les sols sableux. Lorsqu’elle retourne ses œufs, enlève les lézards et autres vermines du nid, sa tête disparaît dans un trou.
• Lorsqu’elle se trouve dans une tempête de sable, l’autruche met la tête à ras du sol pour se protéger. Les africains, voyant la scène de loin, disaient que lorsque l’autruche met la tête près du sable c’est signe de tempête.
• L’autruche rapproche sa tête du sol afin de mieux percevoir les bruits et vibrations des prédateurs. Se sentant menacée, le comportement de l’autruche sera, à l’inverse, l’attaque ou la fuite grâce à sa grande vitesse de course et son endurance.
• L’autruche se tapit contre le sol car le phénomène de mirage existant dans tout désert aux heures chaudes crée une réverbération à un mètre du sol qui permet à l’autruche de se dissimuler au-dessous de cette zone.

L’expression, faire l’autruche, est donc basée sur une fausse croyance. Il est donc faux de dire que l’autruche met sa tête dans le sable afin de ne pas voir le danger.

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