[ Donne-moi à boire
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
http://saintsymphorien.net/Donne-moi-a-boire

Donne-moi à boire

Homélie du 3e dimanche du Carême A (27 mars 2011)

• Livre de l’Exode 1,3-7
« Tu frapperas le rocher,
il en sortira de l’eau et le peuple boira ! »

• Psaume 95(94),1-2.6-7ab.7d-8a.9
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert. »

• Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 5,1-2.5-8
« Dieu, par notre Seigneur Jésus Christ,
nous a donné, par la foi,
l’accès au monde de la grâce. »

• Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 4,5-42
« Donne-moi à boire »

- lire l’intégralité des textes de ce jour



Tu frapperas le rocher,
il en sortira de l’eau
et le peuple boira !

Quand on a été dans le désert, on sait ce que c’est que la soif, on sait ce que représente l’eau. Quand on a marché sous le soleil, tout le corps est asséché. Alors, quand tout à coup surgit de l’eau, on s’en imprègne tout entier. On prend conscience que tout le corps a besoin d’eau, et que, plus profondément, notre cœur lui-même est assoiffé.

Dans le désert, tout semble mort. Pourtant, que jaillisse un filet d’eau et, comme par miracle, surgit une vie inattendue : les plantes fleurissent, les animaux sortent de nulle part... un jardin paraît, inespéré et pourtant bel et bien là. La vie n’attend que l’eau.

Traverser le désert, c’est dur. Le Peuple de DIEU en sait quelque chose. Dans cette épreuve, comme dans toute épreuve, deux possibilités : fermer ou ouvrir son cœur. Ici, le peuple est tenté de renier son DIEU et la liberté que Celui-ci leur offre par Moïse ; il est prêt à retourner en Égypte, à l’esclavage, tant le prix de la liberté est lourd à payer. Faut-il préférer mourir pour rester libre ou vivre à tout prix, même en redevenant esclave ? [1]

Au moment donc où le Peuple ferme son cœur, DIEU lui donne un signe : il fait surgir de l’eau par le bâton de Moïse. Cet événement résonnera comme un avertissement que fera retentir le Psaume 95 : « Ne fermez pas votre cœur comme au désert, là où vos pères m’ont provoqué, dit le Seigneur. Car ils n’ont pas écouté ma voix. Aujourd’hui, écoutez ma parole. »

* *
Dieu, par notre Seigneur Jésus Christ,
nous a donné, par la foi,
l’accès au monde de la grâce

Cet épisode du livre de l’Exode exhorte à avoir foi en DIEU, même – et surtout – en pleine traversée du désert. La foi qui consiste à s’ouvrir à la gratuité du don de DIEU (ce que saint Paul appelle la grâce).

Difficile gratuité, car on ne met pas la main sur ce qui est offert... La grâce est une épreuve : elle nous fait éprouver en nous la foi, faite de confiance et de patience, même dans l’adversité.

Sur ce chemin difficile, le Christ est là : il a traversé pour nous le désert de la soif. Lui, le premier, lance vers le Père le cri de toute l’humanité : « J’ai soif ! ». Mais c’est ici dans la confiance, et non dans la provocation. C’est ici dans une communion au Père, et non dans un doute.

Mais il y a une autre dimension à ce « J’ai soif ! », révélée dans le récit de la Samaritaine.

* *
Donne-moi à boire

Le cri de Jésus sur la Croix est tourné vers le Père : c’est le cri de l’humanité porté vers DIEU par Jésus ; mais il est aussi tourné vers nous : en tant que DIEU, ce cri est aussi celui que DIEU lance vers les hommes...

Preuve en est cette surprenante demande de Jésus à la Samaritaine : « Donne-moi à boire ». Et notre réaction première est la même que la Samaritaine : « Comment ? C’est à nous que Tu demandes à boire ? »...

Pratiquement, nous vivons comme des assistés de DIEU : c’est à DIEU de nous donner ce dont nous avons besoin, non ? C’est là une mentalité d’esclaves, alors que, précisément, tout le plan du Salut de DIEU est de nous amener à la liberté. Entendons ici : à la responsabilité.

Quand comprendrons-nous que nous avons du prix aux yeux de DIEU ? Que DIEU croit en nous pour que nous croyions en nous-mêmes ? Ce que nous reprochent les athées, c’est précisément que nous vivons souvent notre foi comme un esclavage, un fatalisme. Du coup, nos existences deviennent un fardeau porté comme une fatalité à laquelle, puisque nous n’y pouvons rien, nous nous résignons, dans la honte.

C’est parce que nous avons oublié que DIEU, comme un Père, nous éduque à une vie d’engagement, où nous puissions trouver notre vraie place. Seulement cela entraîne notre responsabilité, dans ce que nous faisons de mieux et dans ce que nous faisons de pire.

Cette femme était prisonnière de la fatalité : elle avait eu 5 maris, et celui avec qui elle vivait n’était pas son mari. Tant qu’elle portait sa vie comme un fardeau, elle était plongée dans la solitude, ayant peur des regards, des jugements. N’était-ce pas la raison pour laquelle elle venait puiser à une heure où personne ne pouvait se trouver au puits à cause de la chaleur ?

Et voilà que Jésus croise son regard. Il sait tout ce que cette femme vit, mais ne la juge pas. Plus encore, il lui mendie de l’eau, alors même que tout s’oppose à cela. Il lui rend sa liberté, sa responsabilité en donnant du poids à ses actes. En lui disant simplement : « J’ai soif ! », c’est-à-dire en anticipant la croix pour elle : tu vaux la peine que je donne ma vie pour toi, car tu as du prix à mes yeux et que je t’aime [2].

C’est tout le mystère de la confession. Nous pensons que nos vies sont ce qu’elles sont et que nous n’y pouvons rien changer. Nous ne sommes pas fiers de nous, alors nous préférons oublier nos actes les pires et les porter dans le silence de la honte. Nous nous disons : Pourquoi irais-je étaler ma vie devant un prêtre ? Qu’est-ce que cela m’apporte de plus ? Et peu à peu, notre cœur se ferme jusqu’à ne plus entendre le cri de Jésus qui nous rend la liberté : «  Donne-moi à boire !  »...

Le fruit de cette liberté retrouvée est de nous redonner le désir d’adorer DIEU. C’est l’itinéraire de la Samaritaine. Sa liberté retrouvée, elle pose alors la vraie question : où adorer DIEU ? Non pas ici ou là, mais dans ton cœur de chair, c’est-à-dire le cœur de Jésus déposé en nous. Tu as DIEU en toi, si tu veux bien entendre son cri qui te révèle à toi même et t’appelle à l’engagement : «  J’ai soif !  ».

C’est là tout le chemin du carême qui nous mène jusqu’à Pâques.

Pour terminer, je voudrais que cette semaine, nous redisions chaque jour cette prière de Mère Teresa :

PDF - 114.4 ko
Cliquez sur l’image pour télécharger le document .pdf

Seigneur, quand je suis affamé,
donne-moi quelqu’un qui ait besoin de nourriture.
Quand j’ai soif,
donne-moi quelqu’un qui ait besoin d’eau.
Quand j’ai froid,
envoie-moi quelqu’un à réchauffer.
Quand je suis blessé,
donne-moi quelqu’un à consoler.
Quand ma croix devient trop lourde,
donne-moi la croix d’un autre à partager.
Quand je suis pauvre,
conduis-moi à quelqu’un dans le besoin.
Quand je n’ai pas le temps,
donne-moi quelqu’un que je puisse aider un instant.
Quand je suis humilié,
donne-moi quelqu’un dont faire l’éloge.
Quand je suis découragé,
envoie-moi quelqu’un à encourager.
Quand j’ai besoin de la compréhension des autres,
donne-moi quelqu’un qui ait besoin de la mienne.
Quand j’ai besoin que quelqu’un prenne soin de moi,
envoie-moi quelqu’un dont prendre soin.
Quand je ne pense qu’à moi,
tourne mes pensées vers autrui.

Que cette prière prépare notre confession de Pâques.

Avec toute mon affection fraternelle,

+ Père Alain


Notes

[1Cette question et la problématique qu’elle engendre, sera à la base, au XIXe siècle, de la pensée philosophique de Hegel comme de la pensée idéologique de Marx. L’“esclave” est celui qui perdre sa liberté plutôt que de mourir ; l’“homme libre” est celui qui préfère mourir plutôt que de perdre sa liberté. une telle “dialectique” aura des conséquences phénoménales sur les idées du XIXe et du XXe siècle. Elle exerce encore de nos jours une fascination remarquable, au cœur de la morale du libéralisme économique comme du marxisme...

[2(Is 43,4)

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Dans l'Eglise

Diocèse d'Autun

Pastorale du Tourisme du diocèse d'Autun

RCF Parabole

Eglise de France

Nouvelles du Vatican

Suivre le Pape François avec L'Osservatore Romano

Zenit, le monde de Rome


(|non)]