[ Éloï, Éloï, lema sabactani ?
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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Éloï, Éloï, lema sabactani ?

Homélie du Dimanche des Rameaux et de la Passion

Livre d’Isaïe 50,4-7
« Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. »

Psaume 22(21),8-9.17-18a.19-20.22c-24a
« Tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères ! »


Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 2,6-11
« Il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté »


La Passion de Jésus Christ selon saint Marc 14,1-72.15,1-47
« Éloï, Éloï, lema sabactani ? »

- lire l’intégralité des textes de ce dimanche




Saint Paul nous livre le secret de la joie de ce dimanche : « Il s’est abaissé, c’est pourquoi Dieu l’a exalté ». Jésus accomplit en sa personne la règle du chemin qui mène au Père : « Qui s’abaisse sera élevé ». Tout est là. Et Jésus prend ce chemin en premier. Ce chemin qui est la réponse même, le préliminaire à toute action qui porte du fruit en ce monde. Toute action en ce monde, tout engagement qui n’est pas porté par ce préliminaire n’entraînera que tristesse et souffrance : prises de pouvoir, vexations, déceptions, trahisons, démissions, “revanchardises”, mesquineries, dénonciations, et j’en passe. Pourquoi ? Parce qu’on aura oublié ce que « se laisser abaisser par DIEU » signifie.

Or Jésus ne se trouve pas ailleurs que dans l’épreuve de cet abaissement qui précède la joie de l’élévation, de l’exaltation. C’est là non seulement que nous le trouvons, mais que nous apprenons de Lui comment traverser précisément les impasses les plus terribles de nos vies. Nous nous heurtons tous, à un moment ou à un autre, à l’une de ces impasses où il nous semble que notre existence perd son sens ; où nous sommes rendus à notre faiblesse, notre vulnérabilité la plus insupportable et, disons-le, la plus mortelle. Comment alors nous en sortir ? En anticipant ce moment par la prière des Psaumes. Cela peut paraître étrange, mais c’est ainsi : ce sont les Psaumes, vécus, redits chaque jour, qui nous ouvrent les portes que nous croyons fermées. Comment cela ?

Il suffit de lire l’évangile ! Quand le Christ crie : « Mon DIEU, mon DIEU, pourquoi m’as-t abandonné », il ne s’agit nullement d’un doute ou d’une démission, comme on l’entends dire parfois de chrétiens ignorants. Ce cri est le début du Psaume 22 (21). Un curieux Psaume où David crie sa détresse vers le Seigneur :

Mon Dieu, j’appelle tout le jour, et Tu ne réponds pas ; même la nuit, je n’ai pas de repos.
Je suis un ver, pas un homme, raillé par les gens, rejeté par le peuple.
Tous ceux qui me voient me bafouent, ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre ! Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »
Ne sois pas loin : l’angoisse est proche, je n’ai personne pour m’aider.
Des fauves nombreux me cernent, des taureaux de Basan m’encerclent.
Des lions qui déchirent et rugissent ouvrent leur gueule contre moi.
Je suis comme l’eau qui se répand, tous mes membres se disloquent. Mon coeur est comme la cire, il fond au milieu de mes entrailles.
Ma vigueur a séché comme l’argile, ma langue colle à mon palais. Tu me mènes à la poussière de la mort.
Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m’entoure. Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os. Ces gens me voient, ils me regardent. +
Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement.

Ce Psaume revient plusieurs fois dans le récit de la Passion. Or à un moment, aux 2/3 du Psaume, David chante :

Tu m’as répondu !
Et je proclame ton Nom devant mes frères, je Te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur,
glorifiez-le, vous tous, descendants de Jacob, vous tous, redoutez-le, descendants d’Israël.
Car il n’a pas rejeté, il n’a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s’est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte.
Tu seras ma louange dans la grande assemblée ; devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses.
Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ; ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent : « À vous, toujours, la vie et la joie ! »

Que s’est-il passé ? Non que DIEU soit intervenu — David l’aurait dit. Mais David plonge dans l’expérience de la louange et s’en saisit comme d’une arme pour y puiser le courage de traverser l’épreuve. Avec l’énergie du Psaume, David devient le vainqueur des ennemis qui l’oppressent.

Or tout Juif, et en particulier Jésus, dit et redit les Psaumes chaque jour. Sur l’espace d’un mois en général, chaque Juif redit les 150 Psaumes avec David, de sorte qu’ils les connaissent par cœur et que ceux-ci leur soit une sorte de “banque d’énergie divine” où ils peuvent venir puiser à chaque fois que nécessaire. En particulier lorsque la situation est devenue une impasse ; lorsque les mots ne sortent plus par eux-mêmes ; lorsque la détresse est tellement grande qu’aucun mot ne semble approprié pour la crier. C’est alors que se présentent les Psaumes, comme autant de lumières pour éclairer la ténèbre et ouvrir les portes qui semblent verrouillées.

Au sein de la détresse infinie que traverse Jésus sur la Croix, voici que c’est précisément le Ps 22 qu’Il laisse jaillir : au moment où Il ne trouve plus de mots, c’est le Psaume qui vient à son secours, et par Lui, au nôtre. À nous, à présent, de marcher sur les pas du Seigneur Jésus. À nous de savoir discerner comment Jésus traverse sa Passion dans la lumière psalmique pour recevoir de Lui les armes qui nous sont nécessaires pour traverser nos propres ténèbres. Savoir les reconnaître, les regarder en face, sans fausse honte. Si nécessaire, venir les déposer dans le sacrement de la réconciliation, pour se préparer du mieux possible à célébrer la victoire pascale que nous célébrerons samedi soir. Jeudi, le lavement des pieds nous redira que si le Christ Serviteur entre dans sa Passion, c’est pour nous. Vendredi, nous serons avec la Vierge Marie au pied de la Croix pour exprimer au Christ notre reconnaissance, et pour vivre avec Lui la traversée des ténèbres qui fondent sur notre monde. Mais samedi soir, la Lumière brillera dans la nuit, et le Psaume 22 nous fera proclamer dans le monde entier les merveilles de DIEU qui nous libère de tous les esclavages, de toutes les morts qui nous menacent, mais qui ne peuvent rien contre ceux qui laissent le Christ Jésus vivre en eux, et les relever pour poursuivre la marche de la Vie.

Je vous souhaite une magnifique Semaine Sainte.

Père Alain


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