[ Entrer dans le secret du temps, le secret de DIEU
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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Entrer dans le secret du temps, le secret de DIEU

Livre d’Ézéchiel 17,22-24
« Ainsi parle le Seigneur Dieu : « À la cime du grand cèdre, je prendrai une tige et je la planterai moi-même sur une haute montagne d’Israël. Elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. »

Psaume 92(91),2-3.13-14.15-16
« Le juste grandira comme un palmier,
il poussera comme un cèdre du Liban. »


Deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 5,6-10
« Il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps. »

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 4,26-34
« Le règne de Dieu est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères. »

- lire l’intégralité des textes de ce dimanche




Magnifiques texte que la liturgie nous propose ce dimanche ! Personnellement, je ne connais pas d’arbre plus majestueux que le cèdre. La graine de cèdre n’est pas bien grosse, mais quelle transformation prestigieuse lorsque, bien des années plus tard, se dresse ce Roi des arbres, capable de vivre 2000 ans !

Mais ce n’est pas le cèdre en lui-même qui importe ici. Ce qui importe, c’est le temps. Marguerite Léna, cette immense pédagogue, aime dire que les plus grands bouleversements de l’existence ne sont jamais soudain. Entre la graine et l’arbre, il faut un temps long, plusieurs dizaines d’années. Mais à terme, quel bouleversement ! Que de combats contre les intempéries, contre les bestioles qui vont chercher à s’en nourrir, contre les champignons qui voudront l’infester... Mais l’arbre va étendre ses racines, les plonger dans la terre et puiser en elle la force de vaincre tous ses ennemis pour dresser fièrement sa ramure vers le ciel.

Une vie ne peut conquérir l’espace que si elle fait alliance avec le Temps. Ce qui fait la qualité de la vie d’un homme est sa capacité à habiter le Temps. La quantité appartient à l’espace, mais la qualité appartient au temps. Une société qui n’envisage que la quantité nous obligera à courir, mais une vie qui cherche la qualité saura s’arrêter pour écouter le temps et s’en faire un allier. Aujourd’hui, nous courons. Nous courons partout, au point que nous sommes devenus fous. Raymond Devos l’a très bien croqué dans son célèbre sketch : “Où courent-ils ?” :

* * *

Aujourd’hui, notre Occident veut oublier le temps. Pour nous, le temps est un ennemi, puisqu’il nous achemine, disons-nous, vers la mort... Vous voyez ? Nous pensons “mort” là même où il faudrait que nous remerciions le temps pour la Vie qu’il permet. Nous sommes devenus fous. Le monde nous fait courir de plus en plus, et de plus en plus loin. Comme si nous voulions posséder tout l’espace, instantanément. Les informations nous parlent du monde entier ; Internet nous connecte avec le maximum d’information pour nous donner l’impression de dominer l’espace. Nous avons l’impression d’être les maîtres du monde, alors que nous n’en sommes que ses esclaves. Car l’espace prend, alors que le temps donne. Dans l’espace, nous cherchons à acquérir, nous voulons avoir, tout avoir. Alors que le temps, lui, nous apprend à donner. À tout donner, au moment de la mort.

Si ma vie s’est passée à posséder, à acquérir, alors la mort nous oblige à tout abandonner, et c’est abominable. Alors que si ma vie s’est passée à donner, la mort devient l’acte auquel je me serai préparé toute ma vie : même ma mort sera féconde. Car la Fécondité appartient au temps. La Vie appartient au temps. Et DIEU ne se trouve que dans le temps.

Dit autrement, le corps nous fait habiter l’espace, mais la chair, elle, nous fait habiter le temps. On croit pouvoir faire l’impasse sur le temps, alors que l’espace n’existe pas sans lui. L’espace est certes le visible, l’audible, le palpable, mais le temps, lui, qui permet le visible, l’audible, le palpable, etc. De sorte que le temps soutient la vie dans l’espace. C’est le temps qui soutient le passage de la graine à l’arbre. Je peux voler la graine ; je peux couper l’arbre ; mais je ne sais pas mettre la main sur le temps qu’il faut pour passer de l’un à l’autre. Or DIEU est là, précisément. Il est dans ce mouvement du temps qui fait que l’espace n’est jamais statique ; et la FOI, c’est discerner ce mouvement du temps qui est la VIE de l’espace. Et pour discerner le temps, il faut que j’entre dans le temps : que je cesse de prendre pour donner. Par exemple, que je m’assoie devant ce cèdre et que je le contemple, et c’est tout. Que je m’assoie en face de ma femme et que je parle avec elle, et c’est tout. Que je m’assoie au milieu de mes enfants pour jouer avec eux, et c’est tout. Tout cela pour recueillir, et non saisir, ce qu’ils ont à me donner. Donner du temps pour recevoir du temps : voilà le secret de la vie spirituelle, et il n’y en a pas d’autre. Et c’est d’amour qu’il est question.

Les enfants font aujourd’hui leur “Profession de Foi”. Certes. Mais attention, car un enfant de 11 ans commence à peine à prendre conscience du temps. Il vit encore dans l’instant de l’espace. En réalité, c’est nous que cette profession de foi engage : son destin est remis entre nos mains, car nous sommes, pour lui, les gardiens du temps om DIEU se donne. Ici, le temps prend le nom d’amour. Si dès demain, on continue de le faire courir partout et sans arrêt, nous anéantirons sa Profession de Foi, et il faudra en rendre compte “au tribunal du Christ” dont parle saint Paul.

Alors oui : le Règne de DIEU est comparable à cette graine qui entre dans le temps pour mieux habiter l’espace en devenant un arbre. À celui qui court, le Règne de DIEU échappe. À celui qui sait s’arrêter, le Règne de DIEU s’offre à se déployer dans un espace infini, éternel, dès aujourd’hui. C’est cet espace éternel qui s’ouvre à présent dans l’Eucharistie de ce dimanche.

Avec mon affection fraternelle,

Père Alain


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