[ Judas, c'est toi et c'est moi...
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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Judas, c’est toi et c’est moi...

Homélie du 7e dimanche de Pâque (20 mai 2012)

• Livre des Actes des Apôtres
1,15-17.20a.20c-26
« Par la bouche de David,
l’Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas. »

• Psaume 103(102),1-2.11-12.19-20ab
« Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint. »

• Première lettre de saint Jean 4,11-16
« Nous, nous avons reconnu
et nous avons cru que l’amour de Dieu est parmi nous. »

• Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 17,11b-19
« Pour eux je me consacre moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité. »

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Par la bouche de David,
l’Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas


Judas est un personnage avec lequel nous sommes mal à l’aise. Pour plusieurs raisons :
• d’abord parce qu’il est celui qui le livra, tel est le sens du mot Iscariot [1], ce qui ne nous le rend pas très sympathique.
• Ensuite, parce qu’on se demande ce qui se serait passé s’il n’avait pas livré son Maître, non pas au sens où l’on s’amuserait avec des questions en “si”, mais parce que, par lui, advient tout de même l’Heure de la Passion par laquelle s’opère le Salut. Dès lors, on se dit que peut-être Judas représente un “mal nécessaire”.
_ • Enfin, les Actes des Apôtres nous disent quelque chose d’étrange : l’Esprit Saint avait d’avance parlé de lui, comme si son destin avait été signé d’avance, ce qui ne va guère avec la manière chrétienne d’envisager la liberté propre aux enfants de DIEU.

Bref, Judas est un personnage inévitable, certes, mais avec qui les chrétiens entretiennent un rapport difficile, pour ne pa dire douloureux.

La difficulté est que nous regardons Judas comme "l’autre", "lui". Mais Judas n’a jamais été que le porte parole de nous tous ! Que je sache, aucun des apôtres — le disciple bien-aimé mis à part, grâce à la Mère de Jésus — n’a été là au moment de la Passion : tous ont trahi l’Ami. Et moi avec eux.

Car en réalité, qu’a dit l’Esprit Saint ? Que tout homme — et toute femme — est un traître. Nous ne “méritons” pas d’être sauvés. Or précisément, nous le sommes, parce que Jésus, lui, reste notre ami, quoi qu’il arrive. Son regard d’Ami nous sauve, car seul nous sauve de nous-mêmes le regard de l’ami lorsque, par malheur, nous l’avons trahi.

Dans le fond, Judas nous manifeste ce qui se passe lorsque, ayant consommé sa traitrise, l’homme ne se laisse pas regarder par son Ami : il est entraîné dans la spirale de la mort, de deux manières. Soit il se met à répandre la mort autour de lui, soit il se donne à lui-même cette mort. Judas a choisi la seconde solution, mais l’une et l’autre nous guette tous si nous ne nous jugeons pas “dignes” de croiser le regard du Christ.

* *
Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint

La crainte ne consiste nullement à baisser les yeux devant DIEU ! C’est tout le contraire des rituels humains de puissance. La crainte consiste tout au contraire à lever les yeux vers Lui, parce que nous sommes pécheurs, traîtres vis-à-vis de Celui dont nous avons tout reçu : la VIE, l’amour, la conscience, l’intelligence, etc. Mais voilà qu’en croisant justement son regard, nous découvrons que nous sommes aimés encore plus, parce que seul l’amour nous sauve.

* *
Nous, nous avons reconnu
et nous avons cru que l’amour de Dieu est parmi nous


Qu’est-ce qui sauve le chrétien ? Sûrement pas d’être meilleur que les autres, mais de se savoir marqué par le péché, par la traîtrise vis-à-vis du Seigneur. Et donc de lever les yeux vers Lui. C’est tout. Mais c’est tellement ! Le Fils de DIEU n’est venu, pour ainsi dire, que pour nous dire cela et nous permettre enfin de le vivre : Il lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé, nous dit encore saint Jean [2].

* *
Pour eux je me consacre moi-même,
afin qu’ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité


La consécration de Jésus à son Père ne procède pas d’un autre mouvement que de lever les yeux vers Celui qui est la Source de cet amour prodigieux, sauveur. Et la consécration du chrétien procède encore du même mouvement, qui n’est autre que celui de la Vérité, c’est-à-dire de la Lumière. Rien de nos traitrises ne doit rester caché. Rien de notre dette envers Celui qui est la Source de tout don, mais que le mal, si nous n’y prenons garde, nous fait regarder avec mépris. Oh ! Sans doute la plupart d’entre nous ne faisons “rien de grave”, mais pour tuer quelqu’un, il n’est pas utile de prendre les armes : il suffit de ne plus penser à lui ! De ne le rencontrer que quand "ça nous chante", quand "on a le temps"... Combien de personnes âgées qui meurent, non pas de vieillesse, mais de solitude ? De n’avoir personne sur qui lever les yeux comme vers un ami, pour se sentir sauvé par quelqu’un qui s’est consacré à un tel amour ?!? Mais aussi combien de jeunes à qui jamais personne n’a parlé d’amour autrement qu’à travers des modes d’emploi de préservatifs qu’on enfile sur des carottes en cours de Biologie dès la 3e ?

Les jeunes n’ont pas besoin de préservatifs. Ils ont besoin d’oblatifs ! Parce que la vie ne consiste pas à se préserver de l’autre, mais à recevoir l’autre qui s’offre à nous. Difficile d’aimer, de consoler ou de relever celui qui est séparé de moi par un morceau de latex. En revanche, l’oblatif, lui, s’est consacré à l’amour, l’amour vrai, pas d’abord génital mais marqué par l’Amitié qu’il reçoit de DIEU et qu’il porte autour de lui pour sauver le monde.

C’est malheureusement cette amitié que n’a pas reconnue Judas. La négliger aujourd’hui nous met sur le même chemin que Judas, alors que la recevoir nous emmène justement là où le disciple bien-aimé est allé, lui, avec Marie : au pied de la croix. Conscient de sa propre trahison, comme pour Judas, il a levé les yeux vers celui qui a été transpercé, et de l’Ami, il a reçu le salut en même temps que Marie est devenue sa mère. Mais là, c’est une autre histoire que nous verrons une autre fois.

Avec mon affection fraternelle,
+ Père Alain


Notes

[1Iscariot n’est pas son nom de famille, ni le nom de son père, quand bien même une bande dessinée, Le Voyage des Pères de David Ratte, ait fabulé sur un “M. Iscariot, père de Judas”. Ceci dit sans rien retirer à la qualité de la BD en question.

[2Jn 19,37

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