[ L'Inquisition, principes de discernement
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        L’Inquisition, principes de discernement

L’Inquisition, principes de discernement

En histoire, le péché majeur est l’anachronisme. Si l’on juge l’Inquisition d’après les critères intellectuels et moraux qui ont cours au XXIe siècle, et spécialement d’après la liberté d’opinion, il est évident que ce système est révoltant. Mais au Moyen Âge, il n’a révolté personne.


Source : Jean Sévillat, Historiquement correct, « L’Inquisition, une justice approuvée par l’opinion », Perrin (2003), p. 64-68, extraits remis en page.


POINT DE DÉPART

Il ne faut pas oublier le point de départ de l’affaire :

  • la réprobation suscitée par les hérétiques,
  • l’indignation inspirée par leurs pratiques
  • et leur révolte contre l’Eglise.

Si surprenant que cela soit, les hommes du XIIIe siècle ont vécu l’Inquisition comme une délivrance.


LA FOI MÉDIÉVALE

La foi médiévale n’est pas une croyance individuelle : la société forme une communauté organique où tout se pense en termes collectifs. Renier la foi, la trahir ou l’altérer constituent donc des fautes ou des crimes dont le coupable doit répondre devant la société.

Conforme à l’interdépendance du temporel et du spirituel qui caractérise l’époque, l’Inquisition représente, explique Régine Pernoud, « la réaction de défense d’une société à qui la foi paraît aussi importante que de nosjours la santé physique ». Aux yeux des fidèles, l’Eglise exerce légitimement son pouvoir de juridiction sur les âmes. Pour le comprendre, osons une analogie : au Moyen Age, l’adhésion remportée par la répression de l’hérésie peut être comparée au consensus politique et moral qui, de nos jours, condamne le nazisme.


QUAND L’INQUISITION FAIT PROGRESSER LA JUSTICE

Au demeurant, du point de vue de la méthode judiciaire, l’Inquisition a représenté un progrès. Là où l’hérésie déclenchait des réactions incontrôlées – émeutes populaires ou justice expéditive –, l’institution ecclésiastique a introduit une procédure fondée sur l’enquête, sur le contrôle de la véracité des faits, sur la recherche de preuves et d’aveux, en s’appuyant sur des juges qui résistent aux passions de l’opinion.

C’est à l’Inquisition qu’on doit l’institution du jury grâce auquel la sentence relève de la mise en délibéré et non de l’arbitraire du juge.


LA TORTURE ?

Toutes les justices de l’époque y recourent. Mais le manuel d’inquisition de Nicolas Eymerich la réserve aux cas extrêmes et met en doute son utilité : « La question est trompeuse et inefficace. »

Henri-Charles Lea, un historien américain du XIXe siècle, très hostile à l’Inquisition, livre cette observation : « Il est digne de remarquer que dans les fragments de procédure inquisitoriale qui nous sont parvenus, les allusions à la torture sont rares. » [1]


LE BÛCHER ?

Emmanuel Le Roy Ladurie note que l’Inquisition en use fort peu.

Là encore, le mythe ne résiste pas à l’examen.

  • En premier lieu, les aveux spontanés ou les condamnations légères exposent à des peines purement religieuses : réciter des prières, assister à certains offices, jeûner, effectuer des dons aux églises, se rendre en pèlerinage dans un sanctuaire voisin ou, dans les cas graves, à Rome, à Saint-Jacques-de-Compostelle ou à Jérusalem. Il peut être imposé de porter un signe distinctif sur les vêtements (une croix), humiliation souvent remplacée, dès le XIIIe siècle, par une amende.
  • Peine plus grave, la prison (= l’emmurement). Le mot est à l’origine d’une légende : jamais les inquisiteurs n’ont fait emmurer vivant qui que ce soit ; un emmuré, c’est un prisonnier.
    Il existe le mur étroit (la prison proprement dite) et le mur large (statut comparable à notre mise en résidence surveillée).
    En cas de deuil familial, de maladie, pendant les périodes de fêtes religieuses, les prisonniers obtiennent des permissions qu’ils passent chez eux. « Le pouvoir d’atténuer les sentences était fréquemment exercé », souligne Jean Giraud [2]
  • Les condamnations capitales sont rares. Les victimes, dans ce cas, sont livrées au bras séculier – la justice laïque – qui pratique le bûcher. Ce supplice entraîne la mort par asphyxie. Mort atroce, mais la mort par pendaison ou décapitation, qui s’est pratiquée en Europe jusqu’au XXe siècle, ou la mort par injection qui se pratique aux États-Unis sont-elles plus douces ?

LES RÉSULTATS DE LA RECHERCHE MODERNE

La recherche moderne ne cesse de réviser le nombre de victimes à la baisse.

  • À Albi, ville de 8000 habitants, de 1286 à 1329 (43 ans), sur une population cathare estimée à 250 croyants, 58 personnes seulement subissent des peines afflictives.
  • De 1308 à 1323, l’inquisiteur Bernard Gui prononce 930 sentences :
    • 139 sont des acquittements ;
    • près de 286 imposent des pénitences religieuses (impositions de croix, pèlerinages ou service militaire en Terre sainte) ;
    • 307 sentences condamnent à la prison ;
    • 156 sentences se partagent entre des peines diverses (emprisonnements théoriques ou remises théoriques contre des défunts, exhumations, expositions au pilori, exil, destructions de maisons).
    • Quant aux condamnations à mort, leur nombre s’élève à 42, soit une moyenne de trois par an sur quinze ans, à une période où l’Inquisition est particulièrement active. « L’Inquisition languedocienne, précise Michel Roquebert, brûlera infiniment moins de gens en un siècle que Simon de Montfort et ses croisés entre juillet 1210 et mai 1211. » [3]

L’INQUISITION INTOLÉRANTE ?

Au sens où l’entend le XXIe siècle, l’Inquisition est intolérante. Mais au Moyen Age, ce qui n’est pas toléré, c’est l’hérésie ou l’apostasie de la foi catholique : les fidèles des autres religions ne sont pas iusticiables de l’Inquisition.

En 1190, Clément III a déclaré prendre les juifs sous sa protection, défendant à tout chrétien de baptiser un juif contre son gré, de gêner les célébrations judaïques ou d’attenter au respect dû aux cimetières juifs ; ceux qui violeraient ces prescriptions, précisait le pape, tomberaient sous le coup de l’excommunication.
En 1244, treize ans après la création de l’Inquisition, Grégoire IX insère cet acte pontifical dans le livre V de ses Décrétales, ce qui lui redonne force de loi.
[…]


LA FIN DE L’INQUISITION MÉDIÉVALE

Après l’extinction de l’hérésie, l’Inquisition, en France, perd sa raison d’être. À la fin du XIIIe siècle, la fusion du temporel et du sacré, caractéristique de la société féodale, est en recul. Au fur et à mesure de l’affirmation de la puissance publique par la monarchie, l’État reprend en main l’ensemble du système judiciaire. On le voit à propos du conflit qui oppose Philippe le Bel à l’ordre du Temple. En 1310, si le procès des Templiers se déroule selon la forme d’un procès d’Inquisition, c’est le roi qui a pris l’initiative de l’accusation, et pour des raisons politiques.

De 1378 à 1417, l’autorité de la papauté est ruinée par le Grand Schisme d’Occident, qui voit un pape en Avignon, un autre à Rome et un troisième à Pise. L’Inquisition médiévale tardive n’est plus indépendante : les inquisiteurs sont des instruments au service d’autres institutions, comme les officialités ou l’Université. Cela se vérifie, en 1430, lors du procès de Jeanne d’Arc. Aux XIVe et XVe siècles, les tribunaux ecclésiastiques ordinaires reprennent leurs prérogatives, et les tribunaux royaux montent en puissance.

En France, la fin de l’Inquisition concorde avec la reconstitution de l’État. En Espagne ce sera l’inverse (voir l’Inquisition espagnole)

Notes

[1Henri-Charles Lea, Histoire de l’Inquisition au Moyen Âge, Paris. Cité par Jean Dumont, L’Église au risque de l’Histoire, Criterion, 1981

[2Jean Giraud, L’Inquisition médiévale, Tallandier, 1978

[3Simon IV de Montfort (vers 1165 – 25 juin 1218, Toulouse), seigneur de Montfort-l’Amaury de 1188 à 1218, comte de Leicester en 1204, vicomte d’Albi, de Béziers et de Carcassonne de 1213 à 1218, comte de Toulouse de 1215 à 1218, est la principale figure de la croisade contre les Albigeois. Ses actions militaires étaient politiques.

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