[ L'hérésie cathare, une catastrophe sociale et religieuse
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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        L’hérésie cathare, une catastrophe sociale et religieuse

L’hérésie cathare, une catastrophe sociale et religieuse

Utilisant des notions chrétiennes pour les réinterpréter à leur manière, le catharisme est bien une hérésie. Devant les dégâts sociaux provoqués par cette secte, l’Église ne pouvait pas rester les bras croisés. Avant de créer les tribunaux de l’Inquisition, elle envoyant nombres de missionnaires pour tenter ramener les Cathares à la raison.


Source : Jean Sévillat, Historiquement correct, « L’hérésie : mal social, mal religieux », Perrin (2003), p. 54-57, extraits remis en page.


L’HÉRÉSIE : MAL SOCIAL, MAL RELIGIEUX

Hérésie  : aujourd’hui où les journaux mettent ce mot entre guillemets, le concept fait sourire. Pas au Moyen-Âge.

La société médiévale est communautaire : elle connaît la “personne” – chaque être humain créé à l’image de Dieu –, mais pas l’“individu”. Dans un monde où le temporel et le spirituel sont intimement liés, à une époque où la liberté de conscience est inconcevable, l’hérésie constitue une rupture du lien social. « Un accident spirituel, plus grave qu’un accident physique », explique Régine
Pernoud .

Une hérésie , étymologiquement, c’est une opinion particulière (en grec hairesis).
Si cette opinion est déclarée erronée, l’Église non seulement n’a pas de scrupule à la condamner, mais considère de sa mission de la combattre.

L’excommunication n’est pas prise à la légère. Fulminée par l’éveque ou le pape, cette sanction entraîne la privation des sacrements – l’absolution et la communion. Or, à cette époque, être privé des sacrements, c’est être mis au ban de la collectivité. Celui qui meurt excommunié est enterré sans prières, hors du cimetière paroissial. Quand un prince ou un suzerain est excommunié, ses vassaux sont déliés de la fidélité à son égard : c’est toute l’organisation féodale qui se délite. C’est pour cela que l’évêque a le devoir de traquer l’hérésie et de la bannir, c’est-à-dire, au sens littéral, de l’exterminer (ex-terinini,« hors des frontières »).


LE “MASSACRE” DES CATHARES,
un raccourci doublement trompeur

« Exterminer » : le grand mot. De nos jours, il est compris dans son sens physique, et l’association d’idées s’opère avec le bûcher.
Dans le cas des cathares, l’image de Montségur s’impose, répétée par le cinéma, la télévision, les magazines, les guides touristiques. Pour combattre les cathares, on les aurait massacrés.

Ce raccourci est doublement trompeur :

  • il passe sous silence le fait que d’autres moyens que la force ont d’abord été employés ;
  • il rejette par ailleurs la violence d’un seul côté alors que les albigeois n’étaient pas de doux innocents.

L’INDULGENCE, PLUS QUE LA DURETÉ

« La foi doit être persuadée, non imposée », affirme Bernard de Clairvaux. « Mieux vaut absoudre les coupables, ajoute le pape Alexandre III, que de
s’attaquer par une excessive sévérité à la vie d’innocents. L’indulgence sied mieux aux gens d’Église que la dureté. »

Pour éteindre l’hérésie, l’Église privilégie la persuasion. Contre les cathares, le combat est d’abord théologique.
Entre 1119 et 1215, sept conciles analysent et condamnent les thèses manichéistes [1].

Dans le Midi toulousain, un vaste effort missionnaire est lancé, confié d’abord aux évêques et au clergé local. Il s’avère cependant que certains prélats,
possédant des liens familiaux avec les seigneurs acquis au catharisme, montrent peu d’empressement à réfuter les thèses des parfaits. Quant au bas clergé, pour avoir la paix, il ferme les yeux.

La papauté fait alors appel à des personnalités venues du Nord. Saint Bernard, le réformateur de l’ordre de Cîteaux, effectue une tournée de prédication dans le Midi. Ces efforts ne portant aucun fruit, le catharisme continue de se répandre. À telle enseigne que le mouvement, issu d’une contestation religieuse, atteint la dimension d’un trouble social.

La première autorité laïque à lancer un avertissement aux hérétiques, en 1177, est le comte Raimond V de Toulouse, qui enjoint les cathares de renoncer à leurs pratiques.


BIEN AVANT L’INQUISITION

Innocent III accède au pontificat en 1198. Pendant dix a afin de ne pas laisser l’affaire au pouvoir temporel, il va s’employer à réduire l’hérésie. En 1200, le pape organise une mission qu’il confie à Pierre et à Raoul de Castelnau. Ces deux frères sont cisterciens à l’abbaye de Fontfroide, près de Narbonne. De village en village, les moines haranguent les fidèles, instruisent, visitent les familles. Ne craignant pas le contact direct avec leurs adversaires, les prédicateurs soutiennent des controverses publiques avec les parfaits. À
Carcassonne en 1204, un débat contradictoire réunit Pierre de Castelnau et Bernard de Simorre, un évêque cathare. Cette même année, du renfort arrive en la personne de l’abbé de Cîteaux, Arnaud Amaury, qui est nommé légat pontifical. Sa mission est, par la prédication, de reconquérir ceux qu’on commence à appeler les albigeois parce qu’ils sont nombreux autour d’Albi.

En 1205, revenant de Rome, Diego, l’évêque d’Osma, ville d’Espagne, traverse le Languedoc. Il est accompagné du sous-prieur de son chapitre, Dominique de Guzman, [2]. Constatant les faibles résultats des Cisterciens, les deux hommes décident de se consacrer à la lutte contre l’hérésie. Rompant avec le luxe ecclésiastique, ils choisissent de mener une vie dépouillée. Parcourant la campagne pieds nus, sans équipage et si argent, Diego et Dominique sillonnent les routes, multipliant les conférences contradictoires.
À Montréal, près de Carcassonne, ils obtiennent cent cinquante retours à l’Eglise en 1206. Cette même année, à Fanjeaux, Dominique fonde un monastère de femmes avec des hérétiques converties.
En 1214, les moines mendiants qui le suivent installent une maison mère à Toulouse. Cet ordre des Frères prêcheurs reçoit sa constitution en 1216 : les Dominicains sont nés.

Mais pendant ce temps, découragés, les Cisterciens ont abandonné la tâche. Et ce qui constituait une entreprise spirituelle menée selon des moyens pacifiques, va se trouver débordé par des circonstances toutes temporelles. Désormais, le combat de la secte cathare sera menée par l’Inquisition.


Notes

[1La doctrine fondamentale du manichéisme est sa division dualiste de l’Univers, divisé en royaumes du Bien et du Mal : le royaume de Lumière (esprit) où règne Dieu, et le royaume des Ténèbres (matière) où règne Satan. À l’origine, les deux royaumes étaient complètement séparés, mais à la suite d’une catastrophe, le royaume des Ténèbres a envahi le royaume de Lumière ; ils se mélangent et entament une lutte perpétuelle.
La race humaine est à la fois résultat et microcosme de ce conflit. Le corps humain est matériel, donc mauvais ; mais l’âme humaine est spirituelle, morceau de la Lumière divine, et doit être rachetée de son emprisonnement dans le corps et le Monde. Le chemin de la rédemption passe par la connaissance du royaume de Lumière, communiquée par les prophètes du manichéisme jusqu’au dernier, Mani. Grâce à cette connaissance, l’âme humaine peut vaincre les désirs matériels qui l’emprisonnent et atteindre le royaume divin.
Les manichéens se divisent en deux classes, selon leur degré de perfection spirituelle. Les premiers, qu’on nomme élus, pratiquent un célibat et un végétarisme rigoureux, s’abstiennent de boire du vin, ne travaillent pas et prêchent. Ils sont assurés d’entrer au royaume de Lumière après leur mort. L’autre classe est constituée des auditeurs, beaucoup plus nombreux et d’un niveau spirituel inférieur. Ils ont le droit de se marier (bien que la procréation soit déconseillée), observent des jeûnes hebdomadaires, et servent les élus. Ils espèrent renaître dans le corps d’un élu. À la fin des temps, tous les morceaux de Lumière divine doivent être rachetés, le Monde matériel détruit, et Lumière et Ténèbres à nouveau séparées pour l’éternité.
On voit donc bien que le catharisme est un manichéisme

[2Dominique de Guzman est le futur fondateur de l’Ordre des Frères Prêcheurs, communément appelés les Dominicains


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