[ L'hospitalité, ou la perfection de l'amour
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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L’hospitalité, ou la perfection de l’amour

Homélie du 16e dimanche ordinaire de l’année C (18 juillet 2010)

• Livre de la Genèse 18,1-10
« Abraham leva les yeux, vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Aussitôt, il courut à leur rencontre. »

• Psaume 15(14),2-3.4.5
« Celui qui se conduit parfaitement, qui agit avec justice et dit la vérité selon son cœur demeure inébranlable. »

• Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 1,24-28
« Nous instruisons tout homme avec sagesse, afin d’amener tout homme à sa perfection dans le Christ. »

• Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 10,38-42
« Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses.
Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part »

- lire l’intégralité des textes de ce jour



Aussitôt, il courut à leur rencontre

Un passage bien connu inaugure les lectures de ce dimanche : la Visitation d’Abraham. Le patriarche est assis à l’ombre de sa tente, aux lieu dit des Chênes de Mambré, à l’heure la plus chaude du jour. Et on nous dit que c’est DIEU qui lui apparaît : apparition lumineuse s’il en est. DIEU n’apparaît pas que dans la nuit.

DIEU se manifeste donc à travers trois personnages. Tout le monde connaît l’icône qui les représente, et qu’on peut interpréter comme la première révélation du DIEU trinitaire. Mais là n’est pas la question aujourd’hui. Ce qui importe, c’est qu’au moment même où tout le monde ploie sous le poids de la chaleur, où la seule chose à faire est précisément de ne rien faire, sinon la sieste, Abraham se réveille : il « lève les yeux ».
- Première leçon : pour voir DIEU, il faut cesser de regarder par terre ! Il faut se réveiller de la torpeur, de la pression, du stress qui nous échauffe la cervelle tout en la ramollissant, et lever les yeux.

Ce faisant, Abraham voit les personnages s’avancer et aussitôt, il se lève pour les accueillir. L’épître aux Hébreux s’en rappellera : « Persévérez dans l’amour fraternel. N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des messagers. » (Hé 13,1-2)
- Deuxième leçon : Pour recevoir DIEU, ou ses anges (ange en hébreu signifie messager), il faut pratiquer l’hospitalité. C’est sur ce thème que nous allons laisser la Parole de DIEU nous visiter aujourd’hui.

* *
Celui qui se conduit parfaitement,
qui agit avec justice et dit la vérité selon son cœur
celui-là demeure inébranlable

Que veut dire "se conduire parfaitement ? Et bien, dès le psaume, la liturgie nous donne un indice que viendra confirmer saint Paul : La perfection de l’amour, nous dit aujourd’hui la liturgie, se mesure à la capacité d’exercer l’hospitalité. Très belle leçon, dans un Occident qui passe son temps à imaginer tous les interphones, téléphones, caméras de surveillance possibles pour se protéger des visites intempestives... Car l’étranger, l’autre, est toujours intempestif : il arrive toujours quand on ne l’attend pas, ce qui provoque une crise. Et la crise me pousse à prendre une décision qui dira si, oui ou non, je suis un être d’accueil ou de rejet.
C’est cette décision qui manifestera ma capacité d’aimer.

L’hospitalité est révélatrice. Elle dit le juste et apporte la paix.

Les anciens se souviennent sans doute que nombre de leurs parents, leurs grands parents, avaient la coutume de mettre un couvert de plus le dimanche : la fameuse "assiette du pauvre". On aura beau dire qu’à l’époque, on était "chrétien pour la galerie", n’empêche qu’aujourd’hui où la galerie aurait plutôt tendance à vider les églises (comme quoi on suit toujours une galerie, quelles que soient les époques), elle a aussi tendance à interdire au pauvre de venir partager nos repas ! Rien que le fait d’y songer nous fait frémir : « Que va-t-il faire ? », « Que va-t-il dire ? », « Que va-t-il nous voler ?... »

Nous sommes donc loin d’être inébranlables... Signe que là, il y a quelque chose dans nos existences qui ne rime pas avec "justice", ni avec "vérité"... Ni avec "perfection".

Comment faire ?

* *
Nous instruisons tout homme avec sagesse,
afin d’amener tout homme
à sa perfection dans le Christ

Nous ne parlons pas de la perfection selon les hommes. Cette perfection-là est toute extérieure. Pire : elle est inhumaine ! D’une intransigeance radicale, et d’une injustice ignominieuse : soit tu donnes l’apparence de la perfection et je te laisse une place, soit la moindre imperfection paraissant, et je te vous aux gémonies... Nos “informations” médiatiques ne se nourrissent que de cela, et nous bourrent le crâne de dénonciations nauséabondes. Comme si les journalistes voulaient nous dire : "Nous, au moins, on est “justes” puisqu’on poursuit toutes les malversations.

Mais en faisant cela, que font-ils d’autre que de nous maintenir comme à l’extérieur de nous-mêmes ? Tant que la mise en accusation des imperfections n’apparaît que chez les autres, pourquoi changer ? Or c’est justement de ce réflexe qui nous fait nous protéger du regard inquisiteur trop humain en accusant l’autre (le fameux : « C’est la femme que tu m’as donnée » d’Adam après qu’ils eussent mangé le fruit de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. « C’est pas moi, c’est l’autre ! ») ; c’est de ce réflexe que vient nous sauver le Christ.

Le Christ est précisément le regard de DIEU, exigeant certes, mais avant tout miséricordieux, avec une espérance toujours redonnée à notre égard, à condition que nous travaillions avec Lui à la perfection de notre humanisation.

La perfection n’est pas un état, mais une dynamique, un élan produit par l’amour : amour de DIEU, amour de soi et amour de l’autre comme soi-même. Je dirais : la perfection selon DIEU est, pour nous, notre propre imperfection assumée, regardée en pleine lumière et travaillée de l’intérieur pour que nous devenions tout simplement pleinement nous-mêmes, pleinement homme, pleinement femme. Dans la justice et la droiture, telles que seul DIEU peut nous amener à les exercer.

Quel est le travail le plus efficace pour que grandisse en nous cette perfection de l’amour ? L’accueil véritable du Christ en nous. Plus je saurai accueillir le Christ, mieux je saurai accueillir l’autre intempestif. Plus je saurai accueillir DIEU, plus je saurai exercer l’hospitalité.

* *
Marthe, Marthe, tu t’inquiètes
et tu t’agites pour bien des choses.
Une seule est nécessaire.
Marie a choisi la meilleure part

Vous voyez ? Tout est là.

Néanmoins, accueillir le Christ peut receler encore un piège : celui de l’agitation. Autrement dit : croire qu’on est chrétien d’abord en "faisant des choses pour DIEU", en tombant dans l’activisme. Marthe est tombée dans le piège. Jésus ne la réprimande pas, il ne joue pas au journaliste justicier. Il lui montre le chemin par Marie. DIEU agit toujours ainsi : les saints nous sont donnés pour être les exemples qui nous montrent positivement le chemin de l’accueil du Christ.

Cela veut-il dire que Marie est “meilleure” que Marthe ? Non. Cela veut simplement dire que là, à cet instant, Marie est vraiment la sœur de Marthe : elle ne lui donne pas de leçon ; le choix qu’elle fait de rester auprès du Christ pour se nourrir de sa parole résonne comme un appel pour Marthe. Marie est ici une forteresse pour sa sœur, selon le principe du Pr 18,19 : « Un frère appuyé sur un autre frère est une forteresse ».

Marie dit la véritable hospitalité, qui commence par :
- lever les yeux vers Jésus et se laisser nourrir par Lui, par sa Parole. Ce faisant, loin de dénigrer Marthe, elle l’entraîne avec elle sur le chemin de la perfection de l’amour. Ici, Marie est une vraie fille d’Abraham.
- Comme le psalmiste, elle demeure ainsi, en Christ, inébranlable, alors que Marthe, dans son agitation, est toute ébranlée.
- Enfin, elle amène Marthe, avec elle, à la perfection dans le Christ, comme y invitera saint Paul dans sa lettre aux Colossiens.

* *
Cette semaine

Nous ne savons plus, dans notre Occident, exercer l’hospitalité. Il faut toujours que, lorsque nous invitons quelqu’un, nous mettions "les petits plats dans les grands", ce qui nous agite... Et nous rend mal à l’aise : cela nous rend assoiffés de reconnaissance.

La vieille coutume de mettre l’assiette du pauvre sur notre table pourra nous apprendre beaucoup de choses sur nous-mêmes : une simple assiette, sans chichis, et la porte ouverte. Comme pour dire au Christ : Seigneur, si tu veux venir chez nous, je suis prêt à te recevoir. Humblement. Sans agitation. Car c’est toi, Seigneur, ma force, mon rocher, ma citadelle (Ps 28).

Et pour aller jusqu’au bout de cet exercice, me dire que toute la faiblesse que je ressens, mes peurs, ma révolte même, n’est jamais qu’un appel, comme pour Marthe, à me rapprocher de Jésus. Dans la pr !ère sans doute. Dans l’Eucharistie sûrement.

Pourquoi ne pas profiter de ce temps de vacances, pour nombre d’entre nous, pour venir à la messe en semaine, et écouter le Christ me parler ? Le laisser me nourrir. Me rendre inébranlable ?

Que le Seigneur vous bénisse.

Amen.

+ Père Alain

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