[ La joie de DIEU, la joie d’un Père
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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        La joie de DIEU, la joie d’un Père

La joie de DIEU, la joie d’un Père

Homélie du 26e dimanche du Temps Ordinaire (Année C)

• Livre de l’Exode 32,7-11.13-14
« Je vais les engloutir !
Mais, de toi, je ferai une grande nation »

• Psaume 51(50),3-4.12-13.17.19
« Ne me chasse pas loin de ta face. »

• Lettre de saint Paul Apôtre
à Timothée 1,12-17
« Je suis plein de reconnaissance pour celui
qui me donne la force, Jésus Christ
notre Seigneur, car il m’a pardonné. »

• Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 14,25-33
« Comme il était encore loin, son père l’aperçut
et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou
et le couvrit de baisers. »


- lire l’intégralité des textes de ce jour




Je vais les engloutir !
Mais, de toi, je ferai une grande nation

Aujourd’hui, la liturgie nous parle de la joie de DIEU, qui est la joie d’un père. Or la joie d’un père n’est nullement l’exultation béate d’un homme devant un nourrisson. La joie de la mère peut naître là, parce qu’elle a traversé une épreuve dont aucun homme n’a idée. Le sentiment du père lorsqu’il voit paraître son enfant est plutôt la surprise, l’amusement, l’émerveillement... mais à part un court frémissement neuf mois plus tôt, on ne peut pas dire qu’il ait beaucoup peiné à la venue de cet enfant !

La vraie joie du père vient plus tard. Elle vient quand il a bataillé avec l’enfant. Non pas contre lui, mais avec lui. Elle vient lorsqu’il constate que l’enfant s’est aguerri, qu’il a traversé les épreuves qui lui ont appris à se tenir debout. La joie du père vient lorsqu’il sent que son enfant est prêt à prendre son envol, alors qu’il s’est posé plusieurs fois la question, dans les moments de pire révolte, de savoir s’il n’allait pas le trucider (c’est évidemment une image, mais je connais peu de père qui, à un moment ou à un autre dans les moments de conflits où l’enfant double son arrogance d’une mauvaise foi consommée, ne s’est pas posé la question, ne serait-ce que furtivement, de savoir ce qui lui avait pris d’engendrer un tel légume !).

Or c’est exactement ce qui se passe dans le passage de l’Exode que nous avons entendu : DIEU bataille avec son peuple geignard. Et s’Il réagit en menaçant de l’exterminer, c’est parce qu’Il y met toutes ses Tripes, aussi divines soient-elles !!! Et c’est vrai que ce peuple est une vraie “tête à claques" — tout comme vous et moi, d’ailleurs —. C’est vrai qu’en toute justice, il mériterait qu’on tente une autre expérience, ailleurs, avec d’autres candidats moins bouchés à l’émeri.

* *
Ne me chasse pas loin de ta face

Seulement voilà. Le fils n’est que fils. Et il est fragile. C’est ce qui retient le père, tout père normalement constitué, de "passer à l’acte". C’est ce qui fait espérer le père, non pas pour lui-même mais pour son fils, que celui-ci va se rendre compte de son arrogance et qu’à tout le moins, un soupçon de lucidité lui permettra de revenir et de demander pardon.

C’est là sans doute l’épreuve même, non plus du père cette fois, mais du fils. Tant que je ne suis pas passé par là, je ne suis qu’un petit morveux, rien de plus. Et le seul arbre que je donnerai sera un fouillis de ronces sauvages, rien de plus ! Car dans le fond, peu importe que je me trompe sur mon chemin : j’ai besoin de vivre mes expériences, besoin de m’éprouver. Point n’est là le problème. Mais vouloir faire sa vie en reniant ses racines, voilà le pire, car on se fige dans un adolescentrisme prétentieux qui n’engendrera que de l’amertume et de la tristesse. C’est ce que ressent le "fils prodigue", qui n’est prodigue que tant qu’il peut bénéficier de l’héritage du père. Quand il a tout consommé, il se retrouve face à lui-même, et le résultat n’est guère joyeux.

Je me souviens de Nicolas qui, après être parti de chez lui pour vivre sa vie, est passé par les pires affres de la drogue et de la boisson, et qui, après sept ans d’absence, téléphone à ses parents pour leur crier : "Est-ce que vous m’aimez encore ??? Est-ce que vous m’aimez encore ?"

Je me souviens de cette histoire que raconte le père Guy Gilbert : Gilles a 25 ans. Il est parti de chez lui à 18 ans pour faire sa vie, comme il disait. Il n’a jamais donné de nouvelles. Si : une fois, il a écrit pour demander que son père lui envoie un chèque de 1000 euros. Et une autre fois, son père a vu son fils dans le journal : il était complètement défoncé... Et puis, un jour, sept ans plus tard, il reçoit enfin une lettre : "Papa, je sais que je t’ai fait du mal toutes ces années. Aujourd’hui, j’aimerais tellement te revoir ! Mais si tu ne veux plus de moi, je le comprendrai. Alors voilà : je vais venir tel jour à la maison, et je passerai en voiture. Si tu veux encore de moi, s’il te plaît, accroche un tissu au premier arbre de l’allée de la maison. Si tu ne mets rien, je ne m’arrêterai pas et tu n’entendras plus jamais parler de moi. Gilles passe ce jour, avec un ami pour ne pas craquer. Arrivant à la maison, Gilles passe le volant et ferme les yeux. Il demande à son ami : dis-moi s’il y a un tissu d’accroché aux branches... Et l’ami de lui dire : non, il n’y a pas un tissu, mais des centaines de tissus, des milliers de tissus !!!

Voilà la joie du père, qui jaillit de l’épreuve qu’il traverse pour son fils. Une épreuve terrible : celle de l’impuissance face à la liberté de son fils, et qui en est réduit à attendre, à espérer. L’épreuve du père est d’être en "souffrance", comme on dit, c’est-à-dire en attente, car c’est le même mot. en souffrance de voir son fils devenir un homme, c’est-à-dire bâtir sa vie non sur ses seules forces, comme s’il était sa propre source, mais sur l’énergie de la racine paternelle.

* *
Je suis plein de reconnaissance pour celui
qui me donne la force, Jésus Christ
notre Seigneur, car il m’a pardonné

Alors voilà l’expérience de saint Paul. Pour Paul, l’ami avec qui il est revenu vers le Père, c’est le Christ. Il a voulu prendre la Torah comme un héritage qu’il pouvait manipuler à son gré, jusqu’à donner la mort au nom même de la Torah de Vie... Mais le Christ lui a donné la force de revenir vers le Père et de demander pardon de sa présomption. Voilà le retour du fils. Voilà la joie du Père qui est DIEU.

* *
Comme il était encore loin,
son père l’aperçut et fut saisi de pitié ;
il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers

DIEU est surprenant parce qu’il est Père. Avec un grand "P". Un père qui est présent tant que le fils le lui permet, mais qui prend la place qu’on lui donne. Comme nous le rappelait le père Rémy, les morveux que nous sommes ne lui laissent souvent que la dernière place, et Il la prend... Il prend sur Lui cette "souffrance", cette attente. Et il envoie cet ami avec qui et par qui nous pourrons cependant revenir vers Lui, emprunter le chemin du retour à la Maison, si nous le voulons : Il envoie son propre Fils.

Si je vous parle si souvent du Christ comme de notre Ami, ce n’est pas pour une autre raison. Ce n’est pas pour notre confort spirituel. C’est parce que seule cette amitié nous donne la force de revenir au Père pour vraiment permettre à notre vie de porter du fruit et de l’inscrire dans une fierté et une joie éternelle. C’est cet Ami qui nous ouvre le chemin de la Miséricorde, alors même que nous fermons les yeux tellement nous avons peur que le Père ne veuille plus de nous... Alors qu’il a attaché aux arbres de l’Allée de la Maison tellement et tellement d’écharpes... à toutes les branches, signe prodigieux que la Racine du Père est toujours prête à faire passer en nous la sève de la Filiation.

L’enjeu est là : nul d’entre nous n’a pour seul but de rester une broussaille mal fagotée. Nous avons tous pour ambition de laisser une trace dans le monde. Une trace éternelle où nous pouvons nous sentir pleinement nous-mêmes. Mais alors souvenons-nous que cela n’est possible que si nous acceptons d’être enté sur la Racine de la Vie. Si nous acceptons de voir que notre propre fécondité s’inspire du don que DIEU nous a fait de la Vie qui nous anime et des talents qu’Il nous a appris à reconnaître.

Cette Racine, frères et sœurs, est tout entière inscrite dans l’Eucharistie que nous célébrons chaque dimanche. Chaque dimanche, nous revenons à la source en demandant pardon de ne pas suffisamment saisir à quel point nous sommes fils, avant d’être des individus, des monades faisant leur vie à leur gré sans demander de compte à personne.

Et c’est de cette filiation essentielle dont nous devons rendre témoignage par notre sainteté. Une sainteté filiale qui nous oblige à une vie belle, pleine, joyeuse de toutes les épreuves traversées et surtout d’un héritage que nous ne voulons plus gaspiller en gardant pour nous les fruits qui sont destinés à tous.

Avec mon affection fraternelle,

+ Père Alain.

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