[ La joie des commandements
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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La joie des commandements

Homélie du 30e dimanche du Temps Ordinaire (A)

Livre de l’Exode 22,20-26
« Tu ne maltraiteras pas...
tu n’opprimeras pas...
Vous n’accablerez pas... »


Psaume 18(17),2-3.4.20.47.51ab
« Je t’aime, Seigneur, ma force :
Seigneur, mon roc, ma forteresse »


Lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens 1,5c-10
« Vous avez commencé à nous imiter, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves avec la joie de l’Esprit Saint. »

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 22,34-40
« “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit.” Voilà le grand, le premier commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”. Tout ce qu’il y a dans l’Écriture — dans la Loi et les Prophètes — dépend de ces deux commandements. »

- lire l’intégralité des textes de ce dimanche




 ; Une première chose : le pharisien qui s’avance vers Jésus veut le "mettre à l’épreuve". Alors nous, ignorants, on se dit : "Ah le S*** !”, alors qu’en réalité, l’épreuve est à l’époque du Christ, entre pharisiens eux-mêmes, un exercice tout à fait banal. Pourquoi ? Parce qu’il y a beaucoup d’écoles différentes qui interprètent la Torah, chacune avec ses propres clefs. Donc on s’éprouve les uns les autres, parce que quand on cherche vraiment la vérité, cette vérité doit accepter d’être éprouvée. Refuser l’épreuve, c’est toujours signe qu’on est idéologue !

Donc là, on est vraiment, entre le Pharisien et Jésus, dans une recherche de vérité. Voilà ce que l’évangéliste commence à nous dire. En l’occurrence, le Docteur de la Torah voudrait savoir de quelle école Jésus s’inspire. À l’époque, il y en avait deux principales chez les Pharisiens : Hillel et Shammaï. Shammaï était assez dur ; il posait des cadres stricts, et le seul point sur lequel Jésus est d’accord avec lui, c’est en ce qui concerne le mariage. Hillel, lui, était plus souple, et avait mis en fronton de son école ces deux commandements, l’un issu du Deutéronome (Dt 6,5), l’autre issu du Lévitique (Lv 19,18). Donc ici, Jésus dit qu’il suit l’école de Hillel, et donc la conversation peut se poursuivre dans la suite du chapitre.

Comment se poursuit cette conversation ? Dans la joie ! Parce comme le dit saint Paul, c’est au milieu des épreuves que surgit la joie. Cette joie que nous avons chantée au début de cette Eucharistie. Rappelez-vous encore une fois ce que dit Spinoza (1632-1677) : la joie ne jaillit que lorsque j’ai accompli un passage ; lorsque j’ai traversé une épreuve. Seulement là, saint Paul est plus fort que Spinoza, parce qu’il livre le moyen de traverser l’épreuve : « Vous avez commencé à nous imiter, nous et le Seigneur » L’imitation ! Le second Best-Seller mondial après la Bible, c’est le petit ouvrage de L’imitation de Jésus-Christ. Remarquable de simplicité, de bon sens et de joie !

Cela signifie que pour accomplir ces deux commandements qui résument toute la Torah, il faut imiter Jésus. Alors d’accord : il faut donc aimer DIEU et son prochain comme soi-même. C’est entendu. Mais en Saint Jean, vous vous souvenez, Jésus dit très explicitement : « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés. » Voilà l’imitation.

Reste un dernier point : c’est bien joli : « Aimez-vous les uns les autres », seulement c’est vague ! C’est là que paraît la nécessité de l’interdit. Contrairement à ce qu’on a braillé en 1968 — "Il est interdit d’interdire !” —, l’interdit est la porte de la joie et de la liberté.

L’interdit en effet n’est pas donné pour brimer —. L’interdit ne prohibe pas le plaisir ou la joie, mais l’instinct, la pulsion. Non pas pour l’étouffer, mais pour l’amortir afin qu’elle puisse donner le meilleur d’elle-même. L’interdit, paradoxalement, est au service du plaisir et de la joie en protégeant la pulsion de ses excès destructeurs. Du coup, l’interdit est une épreuve, mais cette épreuve acceptée, traversée, conduit à la joie.

D’autre part, l’interdit conduit à la liberté. Pourquoi ? Parce que le commandement positif est trop vague. Aimez-vous les uns les autres, certes, mais comment faire ? Eh bien : en faisant tout, sauf. Et l’interdit a ceci d’éminemment précieux : il est précis. Il donne un cadre, au sein duquel une infinité d’actes sont permis, qui donnent la vie. Comment Jésus a-t-il aimé les hommes ? En accomplissant tous les commandements de la Torah, y compris et surtout les commandements négatifs. C’est là où l’on comprend le mieux l’importance de connaître l’Ancien Testament pour connaître le Christ. Imiter Jésus, c’est scruter les Écritures pour savoir quels sont les interdits — qui sont tous des interdits de ce qui donne la mort — ; et ensuite, recevoir l’âme de ces interdits : l’amour de DIEU et du prochain.

Seulement, et c’est là notre dernier point, pour vivre ce commandement, il faut suivre une figure. Il faut être habité par un chef qui va nous emmener au-delà de nous mêmes en direction de la vie. Ce chef, ce n’est pas un philosophe qui vous fait des traités de morale comme Kant ou Hegel ; ce n’est pas un idéologue universitaire ou une jolie fille sortie de Science-Pô qui n’a jamais fait autre chose que de gribouiller des théories sur du papier avant de les imposer, une fois parvenue au pouvoir, comme des lois inhumaines à toute une population. Ce chef, c’est celui qui, le premier, s’est soumis aux véritables lois de la vie ; qui, comme le dit saint Augustin (cf. ci-dessous)s’est mis à l’écoute d’un plus grand que lui ; qui a risqué sa vie pour les siens. Ces chefs, ça peut être un Edmond Michelet, un Robert Shuman (pas le compositeur, l’homme politique) ; un de Gaulle ; mais aussi une Mère Teresa, un Jean-Paul II, un Martin Luther-King, et j’en passe. Bref, des hommes et des femmes qui ont été les témoins de la vie ; qui donnent envie de les imiter. Avec évidemment celui qui est au sommet de tous, qui est l’inspirateur de tous : DIEU Lui-même en la personne de Jésus.

Nous allons maintenant communier. Communier, c’est se nourrir de la figure du Christ inscrite, non pas dans des idées, mais dans la chair. La chair, qui est le lieu où s’éprouve toute vérité, toute véritable liberté et donc toute joie. La chair qui, habitée par l’Esprit Saint, s’unit à la chair du Christ comme l’épouse s’unit à son époux, pour se mettre au service de la vie, de la Vie Éternelle.

Avec toute mon affection fraternelle,

Père Alain

* * *


Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église, Sermon inédit sur la lettre de saint Jacques

« Dieu ne te demande pas beaucoup de choses, car à elle seule la charité accomplit toute la Loi (Rm 13,10). Mais cet amour est double : amour envers Dieu et envers le prochain... Quand Dieu te dit d’aimer ton prochain, il ne te dit pas : aime-le de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit ; mais il te dit : aime ton prochain comme toi-même. Aime donc Dieu de tout toi-même, parce qu’il est plus grand que toi ; aime ton prochain comme toi-même, parce qu’il est ce que tu es...

Il y a donc trois objets de notre amour ; pourquoi n’y a-t-il que deux commandements ? Je vais te le dire : Dieu n’a pas jugé nécessaire de t’engager à t’aimer toi-même puisqu’il n’y a personne qui ne s’aime pas soi-même. Mais beaucoup de gens se perdent parce qu’ils s’aiment mal. En te disant d’aimer Dieu de tout toi-même, Dieu t’a donné la règle selon laquelle tu dois t’aimer. Sans doute, tu veux t’aimer ? Alors, aime Dieu de tout toi-même. C’est en lui, en effet, que tu te trouveras, en évitant de te perdre en toi... Ainsi donc, la règle selon laquelle tu as à t’aimer t’est donnée : aime celui qui est plus grand que toi, et tu t’aimeras toi-même. »

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