[ La puissance du pardon
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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La puissance du pardon

Homélie du 11e Dimanche du Temps Ordinaire de l’année C (12 juin 2010)

• Deuxième livre de Samuel 12,7-10.13
« Le Seigneur a pardonné ton péché. »

• Psaume 32(31),1-2.5.7.11
« Heureux l’homme dont la faute est enlevée, et le péché remis ! »

• Lettre de saint Paul Apôtre aux Galates 2,16.19-21
« Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. »

• Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 7,36-50.8,1-3
« Tes péchés sont pardonnés. Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! »

- lire l’intégralité des textes de ce jour



Le Seigneur a pardonné ton péché

Quel était le "péché" de David ? D’avoir pris la femme d’Urias, un capitaine de son armée, et d’avoir fait tuer celui-ci par caprice en l’envoyant en première ligne sur le front de la guerre.

Ne disons pas trop vite : « Ohhhhh ! » comme des puritains pour qui seul compte l’extérieur alors que l’intérieur n’est qu’un sépulcre ; toujours plus prompts à juger qu’à changer véritablement de vie. Car au moins, David, lui, a entendu Nathan lui révéler sa faute, et il en a été accablé. Rien que cette attitude relève David et en fait notre juge : quel est le dernier péché sur lequel nous avons pleuré ?

Mais ce n’est pas cela le principal. Le principal, dans ce passage, n’est pas tant le péché de David que le pardon de DIEU.

Dans son dernier film, Invictus, Clint Eastwood fait dire à Morgan Freeman, incarnant Nelson Mandela, cette phrase d’une profonde vérité :

Il ne s’agit pas ici seulement de "non violence". Il ne s’agit pas seulement d’idéologie pacifiste. Cela va plus loin. Il s’agit de forger l’âme d’un peuple en lui ouvrant le chemin de la rencontre, de la réconciliation, de la paix. Quelle âme forge-t-on quand on se contente de souscrire à cette maxime : « Si tu veux la paix, prépare la guerre ! » ? Quand on n’a plus comme solution pour souder une Nation que de lui désigner un ennemi à abattre, alors la fin de cette Nation est proche. Et DIEU pleure de désolation.

Pardonner, c’est en effet libérer l’âme et faisant disparaître sa peur. La peur est le premier effet du péché : « J’ai eu peur », est la première réponse que fait Adam à DIEU une fois qu’il a mangé le fruit de l’arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. Les hommes ont peur les uns des autres. C’est là leur plus profond cancer spirituel. David a tué Urie parce qu’il a eu peur d’un bébé à naître ! Quelle dérision...

Comment sortir de ce cercle vicieux ? Par le pardon. Et DIEU le sait bien, qui va peu à peu, dans tout l’Ancien Testament, distiller ce pardon en vue du Salut de l’homme. Un pardon qui va forger l’âme d’un peuple particulier : le Peuple de l’Alliance, dont l’aventure, par l’avènement du Christ Jésus, retentira sur le genre humain tout entier.

* *
Heureux l’homme dont la faute est enlevée,
et le péché remis !

David peut réellement chanter, exulter en écrivant ce psaume ! Ah, décidément, les psaumes ne sont pas des poèmes écrits sur un sous-main en cuir, dans un bureau douillet ! Ils sont la mise par écrit du bouillonnement de la vie humaine terrassée par la peur et relevée par le pardon.

Quelle expérience fantastique, unique, irremplaçable que de s’être laissé relevé par DIEU ! Que d’avoir enfin recueilli en soi les prémices d’une Sagesse dont la puissance se déploie dans la faiblesse pour rendre fort l’homme intérieur, comme dirait saint Paul !

* *
Je vis, mais ce n’est plus moi,
c’est le Christ qui vit en moi.

Seulement voilà... Il ne suffit pas de "savoir" qu’il faut pardonner pour le faire ! Pas plus qu’il ne suffit de lire sur les paquets de cigarette : "Fumer tue" pour s’arrêter de fumer.

Pour prendre véritablement ce chemin, il faut être précédé par un Maître. Le Maître n’est pas un enseignant. L’enseignant se contente de dire les choses ; le Maître, lui, les vit et, ce faisant, appelle, donne envie de marcher sur le même chemin.

Tel est Jésus pour Paul. Ce Paul, qui avait persécuté les chrétiens, a fait une vraie rencontre du Christ, comme son Maître. Lui qui n’avait pour zèle que celui d’être le bras armé du Sanhédrin, voilà qu’en se laissant relever par le Christ, sa peur disparaît, son âme est libérée et qu’il devient l’Athlète de DIEU pour forger l’âme des nouvelles communautés chrétiennes par la puissance du pardon.

Un avocat me disait il y a quelques jours : « Le droit est toujours, d’une certaine manière, une faillite. » Il gère en effet des situations où la peur demande une régulation. C’est pourquoi la Loi de l’Ancien Testament devait être dépassée. Il fallait qu’un principe beaucoup plus puissant soit donné pour que naisse entre les peuples une dynamique de confiance, et non plus de défiance.

Ce dynamisme est celui du Pardon, comme un travail politique, au service du genre humain tout entier. Quelle plus belle vocation que de construire un peuple dont le Maître-mot soit le Pardon ? Mais ce peuple ne peut pas être laissé à lui-même. L’homme a besoin d’un guide, d’un Maître. Celui qui se présente à lui est DIEU Lui-même, présent par le Christ au plus intime du cœur de l’homme.

Se sentant alors soutenu, encouragé, accompagné, précédé sur ce chemin de courage, l’homme peut alors bâtir une société qui réponde à son aspiration la plus profonde. Non, Monsieur Hobbes (*), l’homme n’est pas un loup pour l’homme. L’homme est fait pour l’amour. Il lui faut des Maîtres pour le lui montrer. L’Église a pour mission de les lui fournir.

* *
Tes péchés sont pardonnés.
Ta foi t’a sauvée. Va en paix !

On comprend mieux, à la lumière des textes qui précèdent, la portée du geste de Jésus. Il ne s’agit pas seulement de consolation. Il s’agit de relèvement.

Cette femme, comme David, pleurait sur sa peur, sa détresse : sa vie n’était qu’une suite de débâcles, de méprises et de mépris. De ces vies où le péché règne en souverain, suscitant la révolte contre le monde entier autant que la mésestime de soi. Elle était prisonnière.

Alors le Christ se présente à elle comme un Maître. Il connaît le cœur de cette femme. Il sait qu’elle ne se relèvera que si elle accède au pardon d’elle-même et au pardon pour son entourage. Alors il libère son âme.

À travers elle désormais, d’autres pourront puiser à cette source ; d’autres pourront s’armer de la seule arme qui vaille : celle qui terrasse le péché, la peur, et qui fait espérer coûte que coûte en l’homme, en sa capacité d’aimer dès lors qu’il rencontre sur son chemin des Maîtres qui l’y précèdent.

Le Christ a soif de vivre en nous pour nous faire goûter cette liberté de l’âme et nous envoyer, ainsi armés, faire disparaître la peur dans le monde, forger une humanité, une  civilisation de l’amour , comme aimait la désigner Paul VI.

C’est cela, l’Église, chargée de mettre sur la route des hommes des saints en qui le Christ vit en Maître .
Et cette Église commence par notre communauté chrétienne de Saint-Symphorien.

Alors au travail !
Puissions-nous dire avec saint Paul : «  Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi !  ». Et que les autres puissent dire en nous voyant : «  Voyez comme ils s’aiment !  »

+ Père Alain
_ _

(*) Thomas Hobbes est un philosophe anglais du XVIIe siècle, qui écrit dans un pays alors en pleine guerre civile, dans son maître-ouvrage, De Cive, cette phrase ô combien désespérée : « L’homme est un loup pour l’homme. »


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