[ Le Roi de Paix
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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Le Roi de Paix

Homélie pour la solennité du Christ Roi de l’univers (Année C, 21 novembre 2010)

• Deuxième livre de Samuel 5,1-3
« Ils donnèrent l’onction à David
pour le faire roi sur Israël. »

• Psaume 122(121),1-7
« Appelez le bonheur sur Jérusalem :
Paix à ceux qui t’aiment ! »

• Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 1,12-20
« Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui,
sur la terre et dans les cieux,
en faisant la paix par le sang de sa croix. »

• Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 23,35-43
« Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »

- lire l’intégralité des textes de ce jour



Dans la Bible, il est question de rois. La France est brouillée avec la royauté qu’elle confond avec le royalisme, or cela n’a rien à voir.

La Bible est à la recherche du vrai roi, qu’elle associe au Messie, c’est-à-dire, en hébreu, celui qui a reçu l’onction d’huile. L’huile, toujours tirée de l’olive, est la marque du choix de DIEU. Elle est un signe de bénédiction divine : son abondance est signe de salut. Là où le Seigneur procure le blé, le vin et l’huile, là est la bénédiction pour le peuple. Quand vous avez traversé le désert pendant 40 ans, vous savez apprécier ces signes !

On pourrait dire que toute l’histoire biblique du salut tient dans ces trois signes :
- lorsque le peuple traverse l’eau à pied sec pour être libéré de l’esclavage en Égypte, c’est pour trouver une terre où pousse le blé, où coulent le vin nouveau et l’huile fraîche (1).
- Et les mêmes signes se retrouvent dans la célébration des sacrements chrétiens : plonger dans l’eau du baptême, c’est traverser les eaux du Salut dont les signes sont l’huile de la Confirmation, le pain et le vin de l’Eucharistie.

L’huile est donc le signe de bénédiction et salut de DIEU. Lorsque le roi est oint d’huile, comme pour David, on reconnaît en lui la bénédiction de DIEU. Dès lors, être fidèle à David, c’est être fidèle à DIEU.

Reste que cette onction n’établit pas le roi dans un "état". Elle lui donne une mission : apporter la paix et la justice au peuple d’Israël pour qu’il puisse croître et lui-même, à la suite de son roi, devenir un signe de bénédiction pour les nations.

C’est pour n’avoir pas compris cette mission que les rois, en Israël, ont été sévèrement jugés par l’histoire. À part David, que DIEU a mis à l’épreuve pour faire de lui un vrai roi selon son cœur, aucun de ses descendants n’a entendu cet appel de DIEU. Dès lors, les rois de l’histoire ont été des rois à la manière des nations, c’est-à-dire exerçant la force et cherchant, par tous les moyens, à se maintenir au pouvoir.

La réaction révolutionnaire face à cette dérive est de couper la tête des rois. Au moins, c’est radical. La visée de la Bible, elle, est tout autre. Elle cherche à travailler le cœur du roi pour qu’il soit un serviteur, et un serviteur qui mette un terme à la violence qui ronge le cœur de l’homme.

David n’était pas parfait. DIEU l’a pris en main pour qu’à travers ce qu’il était, il apprenne ce qu’être roi signifiait en vérité. Il a été un meurtrier, un guérillero ; il croyait qu’en tant que roi, il pouvait prendre toutes les femmes qu’il voulait, etc. Mais DIEU ne l’a pas laissé s’installer au dessus des lois : il a mis à ses côtés un prophète, Nathan, qui l’a repris, lui a montré sa faute, non pour l’accabler, mais pour le faire grandir en humilité et le mettre à l’écoute de son DIEU. Ce faisant, il est devenu un vrai roi selon le cœur de DIEU, humble, et serviteur de son peuple.

Dès lors, c’est ce que David est devenu sous la main de DIEU qui devient le Roi Messie que le peuple de DIEU va désormais attendre. Il prendra le nom de Fils de David, Rejeton de Jessé (le père de David), Emmanuel, Messie de DIEU, etc. Autant de titres que nous allons entendre proclamer au fil de l’Avent.


* *
Appelez le bonheur sur Jérusalem :
Paix à ceux qui t’aiment !

La Paix ! Voilà ce qui est promis à la ville de David : Jerusalem, en hébreu :«  Ville de paix ». Il n’est pas étonnant que tant de violence s’acharne sur elle, tant elle est porteuse de symbole pour le monde entier...

Mais quelle paix ? « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix », dit Jésus (Jn 14,27)... Non pas l’absence de violence, mais l’unité intérieure, la cohérence de soi à soi, et là, c’est tout autre chose ! Ici, la paix coïncide avec le bonheur (ici), mais passe par un combat : l’arrêt de la violence.

Il est de bon ton de railler la phrase du Christ : « quand on te frappe sur la joue droite, tends l’autre joue ! ». De la part de gens faibles, incapables de regarder leur vulnérabilité en face, la raillerie est la seule arme qui leur reste. Ces gens là n’apportent pas le bonheur autour d’eux ; tout juste parviennent-ils à mettre de l’ambiance, pour faire croire à la joie, mais c’est toujours en se moquant des autres... les belges, les blondes, les curés...

Reste que la Paix, la vraie, n’est pas simplement un vœu pieux. Comment y parvenir ? Là, nous avons besoin d’un Maître : d’un homme ou d’une femme qui marche devant nous et dont la qualité de vie nous donne envie de le suivre ; de refléter ne serait-ce que 1% de sa vie... Or les Maîtres se reconnaissent à la Paix qu’ils rayonnent, une paix qui apaise en permettant à ceux qui vivent autour d’eux de se sentir en cohérence avec ce qu’ils sont ; une paix qui apaise parce qu’elle sait prendre sur elle la violence, sans la rendre...

Eh bien : il suffit d’aller regarder la figure du Christ avec saint Paul.

* *
Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui,
sur la terre et dans les cieux,
en faisant la paix par le sang de sa croix

Le Christ est un Maître. Et ceux qui le suivent sont ses disciples.

Pourquoi ? Parce que lui seul a su stopper net le déferlement de violence par l’humilité, le pardon, c’est-à-dire le don de sa vie. [Par-don] signifie la "perfection du don" ; comme on dit [par-faire], [par-achever], etc. Or le [Par-don] est tout entier résumé à la croix : le Christ a « fait la paix par le sang de sa croix » : il a pris sur lui toute la violence qui déferlait à son encontre. Ce faisant, il a été pleinement Lui-même, et il a manifesté pleinement qui était DIEU. Et là, il a manifesté ce que signifiait réellement être roi.

Jésus est un Maître, parce qu’il ne cherche pas à vaincre le violent, mais à vaincre la violence, ce qui est tout autre chose ! Alors la réconciliation est possible. Cherchez bien : en dehors de ce chemin, aucune réconciliation n’est jamais possible. Tout au plus des compromis, mais le compromis n’est pas la réconciliation.

* *
Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !

Cette phrase du premier larron est donc dérisoire. Elle est la réaction du violent face à la violence. Il dit au Christ : « Puisqu’on te fait violence, réponds par la violence ! Sauve ta peau, et la nôtre avec par la même occasion ! »

Et l’autre larron de dire, non pas : "Tu as raison Jésus, ne réponds rien !", parce que nul ne peut exhorter une victime à ne pas répondre. Cela ne nous appartient pas. Le second larron va plus loin. En disant : « Jésus, souviens-toi de moi », il reconnaît en Jésus un Maître, et lui demande de pouvoir le suivre. Et là, c’est tout autre chose. Ce n’est plus répondre à la violence, mais laisser advenir le Royaume en déposant cette violence dans le cœur de Jésus. C’est arrêter la violence et découvrir en nous en quoi consiste la royauté déposée en nous par le Baptême.

C’est cette phrase du "bon larron" que je vous conseille de garder avec vous cette semaine pour pouvoir entrer dans le temps de l’Avent, le temps qui nous prépare au mystère de l’Emmanuel.

* *

Pour terminer, quelques mots sur la musique et sa force réconciliatrice, apaisante, puisque l’harmonie municipale nous fait l’honneur d’être parmi nous aujourd’hui.

La musique, la vraie, se reconnaît à ce qu’elle rassemble, pacifie et unifie. C’est pourquoi il est tellement triste d’entendre des musiques qui appellent à la violence (dommage pour l’hymne national français !), ou des musiques présomptueuses comme Wagner par exemple.

C’est pourquoi les chrétiens chantent. Et ils sont guère les seuls, aujourd’hui, à savoir encore chanter ensemble en assemblée : un sentiment d’unité, de fraternité essentiel ressort de la musique et des chants. Et c’est pourquoi l’Église a toujours soutenu, encouragé l’art musical.

Et il nest pas anodin de se rappeler que David, le Roi selon le cœur de DIEU, était le Roi musicien...

Alors laissons la musique nous entraîner dans le mystère du Christ Roi, c’est-à-dire le Christ serviteur, humble, qui nous introduit, tel un Maître, dans une royauté qui n’est pas de ce monde, mais qui nous rend forts pour travailler dans ce monde à la paix et à la réconciliation.

Avec toute mon affection fraternelle,

+ Père Alain


(1)Cf. Osée 2,10 ; Agée 1,11 ; etc.


1 réaction


21 novembre 2010 18:44

Quel réconfort à entendre cette homélie !
La vie a un sens ! Nous sommes choisis, aimés, envoyés ! Par l’onction, et du baptême et de le confirmation, nous sommes rendus capables d’être des pare-feu à la violence de ce monde, puisqu’Il nous a sauvé et qu’Il nous porte ! Avec Lui, "holy wins" !

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