[ Le pain que je donnerai, c'est ma chair.
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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Le pain que je donnerai, c’est ma chair.

• Livre du Deutéronome 8,2-3.14b-16a
« Le Seigneur ton Dieu voulait t’éprouver
et savoir ce que tu as dans le cœur. »

• Psaume 147,12-13.14-15.19-20
« Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ;
nul autre n’a connu ses volontés. Alléluia ! »

• Première lettre de saint Paul Apôtre
aux Corinthiens 10,16-17
« Nous avons tous part à un seul pain. »

• Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,51-58
« Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »


- lire l’intégralité des textes de ce jour



Le Seigneur ton Dieu voulait t’éprouver
et savoir ce que tu as dans le cœur


Parole difficile à entendre, n’est-ce pas ? Et pourtant... Comprenons-bien ce passage. Le peuple venait de dire : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique ! » [1] Certes... Mais encore ? Jésus dira plus tard : « Il ne suffit pas de dire : “Seigneur ! Seigneur !” pour entrer dans le royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. » [2]

Il est étonnant de voir avec quelle promptitude, avec quelle sincérité nous prononçons des paroles qui nous engagent, mais que nous trahissons par la suite avec la même sincérité qui nous avait fait les prononcer... Nous entrevoyons la grandeur des paroles d’engagement, mais nous n’avons pas suffisamment réfléchi que de telles paroles ne sont vraies qu’à la mesure de l’épreuve qui les vérifieront. Or c’est précisément là que nous sommes attendus. Non pas tant par le Seigneur d’ailleurs qui, Lui, croit en nos paroles (Rappelons-nous qu’en Dieu, il n’y a pas idée du mal [3]) ; mais c’est nous-mêmes que nous attendons dans la vérité des paroles que nous prononçons. C’est nous qui avons besoin de vérifier nos paroles pour découvrir que nous sommes réellement capables d’un engagement de nous-mêmes, de sorte que nous devenions pour nos frères et sœurs des “premiers de cordée” sur le chemin qui mène à l’accomplissement de l’histoire humaine.

Or comment la parole est-elle vérifiée ? Quand elle s’incarne. Quand elle passe par la chair. C’est lorsque la chair porte les paroles que nous prononçons que nos paroles délivrent leur vérité. C’est là toute la dynamique des sacrements qui se composent tous d’une parole et d’une dimension incarné :
- le baptême, une parole et une immersion de la chair dans l’eau ;
- la confirmation : une parole et une onction d’huile qui pénètre la chair ;
- l’eucharistie : une parole et le don de la chair du Christ ;
- le mariage : une parole et le don mutuel des époux dans la chair ;
- le sacerdoce : une parole et le don d’un homme en sa chair ;
- la réconciliation : une parole et une chair réconciliée avec le cœur ;
- le sacrement des malades : une parole et une onction posée sur une chair affaiblie, mais dont toute l’histoire est désormais charnellement assumée et scellée pour être une seule et belle offrande sans retour à Dieu.

Tout l’Ancien Testament n’est que la trajectoire par laquelle Dieu va éprouver son peuple, c’est-à-dire incarner la parole des Fils d’Israël dans sa vérité, de sorte qu’au temps favorable, Dieu Lui-même puisse inscrire dans la chair humaine la vérité de sa Parole éternelle et la proposer, par le Verbe fait Chair, au monde entier.

* *
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ;
nul autre n’a connu ses volontés. Alléluia !

De cette épreuve, le peuple de Dieu a tiré une légitime fierté. On peut dire bien des choses sur le peuple juif, mais il n’empêche : c’est par lui que nous avons appris que Dieu faisait alliance avec l’Homme ; par lui que nous avons appris que nous avions une vocation unique en cet univers : sanctifier ce monde en faisant monter vers Dieu une incessante prière ; c’est par lui que nous avons reçu le Sauveur et que nous pouvons aujourd’hui faire de nos existences une éternelle offrande à sa gloire, source d’une joie et d’une paix éternelles. Ce n’est pas rien !

Tout cela parce qu’il s’est laissé éprouvé par Dieu, et qu’il est ainsi devenu, aux yeux des nations, le témoin de la vérité.

* *
Nous avons tous part à un seul pain

N’oublions pas que notre plus grand bonheur, notre plus grande fierté tient tout entière dans l’offrande de nous-mêmes. La chose est vraie anthropologiquement, et elle l’est divinement. L’offrande de nous-mêmes nous dit que nous avons valeur, et répond à la soif la plus profonde de notre cœur. L’offrande de Jésus sur la croix vient sceller ce désir comme une réponse à l’offrande que Dieu Lui-même inaugure en son Fils, le Verbe fait Chair, pour nous entraîner à sa suite sur le chemin de la Vie.

C’est pourquoi nous sommes invités à participer au pain du Seigneur, un pain d’offrande absolue par lequel, en Christ, notre vie est menée à sa perfection. Mieux encore : un unique pain auquel nous mangeons tous et qui fait de nous un seul peuple, un seul corps, si tant est que le corps n’est jamais que la chair offerte ; l’offrande qui ne se paye pas de mots mais qui se livre dans la vérité de la chair. Voilà le corps, et voilà pourquoi, dans l’offrande de nous-mêmes en Christ, nous ne formons tous qu’un seul corps dont le Christ est la tête.

* *
Le pain que je donnerai,
c’est ma chair,
donnée pour que le monde ait la vie

Tout est là : dans le mystère de ce pain en lequel la parole de Dieu elle-même se trouve éprouvée en sa vérité. Parce que ce pain n’est pas n’importe quel pain : il est le pain de l’épreuve du Christ, de l’épreuve de Dieu en laquelle nous trouvons le fondement de notre foi. Ce pain n’est rien de moins que la chair du Christ où la Parole de Dieu qu’il est Lui-même se trouve éprouvée en sa vérité.

Pourquoi, direz-vous, du pain pour signifier la chair du Christ ? Pour que notre relation à Dieu soit une relation de liberté. Imaginons une seule seconde qu’à chaque consécration apparaisse de la viande humaine… Outre la répulsion spontanée que suscite une telle idée, nous ne serions plus dans l’ordre des sacrements ; nous ne serions même pas dans l’ordre du miracle, mais dans celui de la magie. Or le propre de la magie est de rendre esclave celui qui en vit. Si par impossible la chose se produisait, nous serions obligés, non de croire, mais de consentir à une évidence. Dieu nous tiendrait en son pouvoir et nous ne viendrions jamais à l’eucharistie que sous l’effet de la crainte et du tremblement. Le fait, donc, que ce soit sous l’apparence du pain que le Christ donne sa chair à manger est un formidable appel à la liberté de la foi.

Qu’est-ce qui fait la spécificité de ce pain ? C’est qu’il est charnellement lié à l’acte de la croix par lequel Jésus a totalement donné sa vie pour nous. Ce pain nous convoque à la croix qui lui confère sa vérité : il ne saurait être question ici d’un pur symbolisme au sens courant du terme. Manger ce pain, c’est assumer la vérité de la Parole de Dieu éprouvée dans la chair du Christ ; et c’est nous-mêmes assimiler charnellement le mystère de la croix afin d’en être marqués au plus profond de notre être corporel.

Nous ne sommes pas ici sur le seul plan des idées. Nous touchons ici au plus concret de la chair : la nôtre et celle du Verbe fait chair. N’est vrai que ce qui s’inscrit dans la chair. Le pain que donne Jésus est la vérité de sa vie livrée sur la croix afin que la vérité de notre propre vie s’éprouve à son tour dans le don de nous-mêmes porté dans notre chair et que nous signifions à chaque fois que, librement, nous venons communier.

C’est pourquoi il était bon que l’Église, dans la suite immédiate du temps Pascal, nous fasse méditer le mystère du Corps et de Sang du Seigneur. Le sang est la vie déversée par Dieu, jaillie de sa chair blessée, à laquelle nous savons, par la foi éprouvée en Christ, que nous pouvons venir nous abreuver pour que la l’amour divin coule en nous en un fleuve intarissable d’eau vive. Nous méditerons ce mystère particulièrement dimanche prochain.

Avec toute mon affection,

+ Père Alain


Notes

[1Ex 24,3

[2Mt 7,21

[3Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, Ia, 15, art.3. 1

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