[ Les chrétiens sont-ils encore la lumière des nations ?
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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Les chrétiens sont-ils encore la lumière des nations ?

Homélie du 2e dimanche du Temps Ordinaire A (16 janvier 2011)

• Livre d’Isaïe 49,3.5-6
« Je vais faire de toi la lumière des nations,
pour que mon salut parvienne
jusqu’aux extrémités de la terre. »

• Psaume 40,2.4.7-8.9.10
« J’annonce la justice dans la grande assemblée. »

• Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 1,1-3
« Je m’adresse à vous qui avez été sanctifiés
dans le Christ Jésus, vous les fidèles qui êtes,
par appel de Dieu, le peuple saint. »

• Évangile de Jésus-Christ selon st Jean 1,29-34
« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. »

- lire l’intégralité des textes de ce jour



Je vais faire de toi la lumière des nations,
pour que mon salut parvienne
jusqu’aux extrémités de la terre.

En lisant les textes de la liturgie de ce jour, je me posais une question : — Dans le fond, si on dit à un chrétien, un catholique, et Français de surcroît : « Vous êtes la lumière des Nations ! », le croit-il encore ? Pas sûr...

Pas sûr que le “catho” d’aujourd’hui ose encore dire que le message du Christ est universel, qu’il est fait pour parvenir « jusqu’aux extrémités de la terre »... Cette parole d’Isaïe a pourtant été reprise par le Christ : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. » (Mc 16,15) ; « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples. » (Mt 28,18).

C’est que nous envisageons les choses de manière trop humaine, c’est-à-dire de manière trop “conquérante”. Dieu ne nous demande pas de conquérir le monde, mais d’en être la lumière, ce qui n’est pas la même chose. En plein jour, nous sommes éclairés par la lumière du Soleil, or cette lumière n’est pas conquérante : il n’y a pas “que” la lumière du Soleil qui effacerait le reste du visible à son profit ! Il ne s’agit pas pour le Soleil d’aveugler, mais de révéler les choses et les êtres, de leur donne de rayonner, de devenir visibles alors que, sans lui, n’émettant aucune énergie lumineuse par elles-mêmes, les choses et les êtres resteraient indistincts dans la pénombre.

Vous voyez combien nous sommes aux antipodes de toute conquête de pouvoir, de suprématie. C’est là tout le rôle de la grande prophétie biblique : passer de la loi du monde, la loi du plus fort, tout extérieure et pétrifiée (le cœur de pierre, marqué par le péché) à la loi de DIEU, la loi de l’amour, d’abord intérieure pour être vivifiante (le cœur de chair, libéré du péché). Dans le fond, nous trouvons là la meilleure expression de l’œuvre du péché : il pétrifie. Toute l’œuvre prophétique sera de contrer cette pétrification du cœur qui est à la source de toutes les inégalités, et de l’aveuglement du monde sur DIEU et sur lui-même. C’est ce qui fait que les français sont pessimistes alors qu’ils habitent dans le pays le plus chrétien du monde dans son organisation... Et le moins chrétien dans sa conscience... Un sommet de la bêtise !

La prophétie, donc, se trouvera toujours en bute avec les rois, les gouvernants, pour leur rappeler la Loi de DIEU, qui est la Loi du cœur, seule souveraine.

C’est cette prophétie qui se trouvera parfaitement accomplie en Christ, qui sera en bute avec les autorités de son époque. Et c’est parce qu’elle est prophétique que l’Église est en bute avec les gouvernants actuels. Un rôle qu’elle a retrouvé en étant elle-même départie de toute gouvernance temporelle à la fin du XIXe siècle.

* *
J’annonce la justice
dans la grande assemblée

C’est précisément parce que le psalmiste se tient main dans la main avec le prophète qu’il peut proclamer librement la justice au sein de l’assemblée. Il est une lumière pour ses frères. Il met en œuvre la promesse prophétique.

* *
Je m’adresse à vous qui avez été sanctifiés
dans le Christ Jésus, vous les fidèles qui êtes,
par appel de Dieu, le peuple saint.

On comprend alors beaucoup mieux ce passage de saint Paul : la sanctification, la fidélité ne sont pas des “perfections morales”, mais la réponse à l’appel de DIEU qui consiste à assumer la Lumière qui nous fait rayonner.

On comprend mieux qu’il ne s’agit pas d’être “les plus forts”, “les meilleurs”, les “plus convaincants”, les plus “conquérants”, mais les plus lumineux. Et pour être lumineux, s’approcher de la source = c’est la sainteté ; s’en approcher avec confiance = c’est la fidélité, c’est-à-dire la foi. À quoi vérifie-t-on que l’on est saint et que l’on est fidèle ? À la loi du cœur de chair qui préside en nous, et nous établit dans la liberté des enfants de DIEU que ne guide pas la loi du monde, la loi du “plus fort”, au sens despotique du terme.

Car à bien y penser, il y a une “sacrée force” — c’est le cas de le dire — à déployer pour passer de la loi extérieure à la loi intérieure. Et je n’ai pas peur de le dire : cela mis en place, il y a une excellence humaine fantastique qui nous est ouverte et qui répond infiniment à notre aspiration d’exister pleinement, puissamment. Mais c’est désormais sans écraser l’autre ; mieux : c’est en le relevant.

* *
Voici l’Agneau de Dieu,
qui enlève le péché du monde

Le voilà, le grand paradoxe : l’Agneau lumineux (cf. Ap 21,23-24) qui nous sauve de la pétrification. Tout est illuminé, par Lui, de l’intérieur. La Jérusalem nouvelle n’est pas la destruction de l’ancienne, mais son renouvellement. La sainteté n’est pas la négation de notre vie, de notre histoire, mais son renouvellement de l’intérieur, part la fidélité, par la foi.

C’est une porte rouverte sur l’émerveillement. C’est une réponse inespérée à tous nos questionnements. C’est une force divine qui nous rend victorieux d’une pétrification toujours menaçante d’une existence aveugle. L’Agneau est la manifestation de la puissance de l’amour, qui ne fait pas de nous des gars ou des filles gentillets, sympathiques et mous, mais des hommes et des femmes marqués par la fierté de vivre les uns avec les autres, les uns par les autres, dans la joie et la paix auxquelles seul l’amour lumineux de DIEU peut nous ouvrir.

Ça, c’est la foi ! Ça, c’est la vie.
Cessons donc de râler cette semaine comme des Français mal embouchés, et prenons conscience de notre vocation chrétienne : rayonner la lumière du Christ autour de nous, dans l’amour et dans la bienveillance.

Avec toute mon affection fraternelle,

+ Père Alain


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