[ 17/Ord - Ne consommez pas le prodige !
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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        17/Ord - Ne consommez pas le prodige !

17/Ord - Ne consommez pas le prodige !

Homélie du 17e dimanche du Temps Ordinaire (29 juillet 2012)

• Deuxième livre des Rois 4,42-44
« Ainsi parle le Seigneur : On mangera, et il en restera »

• Psaume 145(144),10-11.15-16.17-18
« Les yeux sur toi, tous, ils espèrent :
Tu leur donnes la nourriture au temps voulu »

• Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 4,1-6
« Je vous encourage à suivre fidèlement
l’appel que vous avez reçu de Dieu »

• Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,7-13
« Jésus savait qu’ils étaient sur le point de venir le prendre de force et faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira »

- lire l’intégralité des textes de ce jour




Ainsi parle le Seigneur :
On mangera, et il en restera


Comme chaque année B, l’évangile selon saint Marc étant trop court pour couvrir toute une année liturgique, nous lisons le grand chapitre de saint Jean sur le discours du Pain de Vie.

À l’époque d’Élisée, la mémoire a conservé l’épisode d’une multiplication des pains. C’était un prodige qui avait été un événement politique fantastique, car Élisée était un prophète politique. Ce fut le dernier de cette sorte, car son implication politique lui fut reprochée, ne serait-ce parce qu’il a contribué à mettre sur le trône d’Israël Jéhu, un roi sanguinaire. Après lui, les prophètes n’auront plus d’autre arme que la parole : ils ne seront plus thaumaturges.

Reste qu’on garde le souvenir d’une multiplication des pains qui a marqué l’histoire du peuple d’Israël. De sorte que lorsque Jésus réitère ce prodige, les foules se disent : Élisée est revenu ! Un roi va nous être redonné !

* *
Les yeux sur toi, tous, ils espèrent :
Tu leur donnes la nourriture au temps voulu


Parce qu’il y a dans le cœur de l’homme une attente prodigieuse, doublée d’une crainte face à sa vulnérabilité. L’homme attend un protecteur. Un protecteur tout puissant qui lui apporte sa nourriture, les soins, la quiétude...

Nous sommes à la base d’une religiosité primitive et animiste : chaque famille, chaque tribu possède sa divinité protectrice. Et là où l’homme s’est affranchi de cette religiosité pour se faire à lui-même son propre dieu, le sentiment perdure à travers l’épicurisme. C’est ce que l’on voit aujourd’hui avec un Michel Onfray. Ou alors avec les doctrines consuméristes : consommer, c’est être tout puissant, c’est être à soi-même son propre dieu pourvoyeur de sécurité.

Pourtant, tout illusoires que soient ces idéologies, elles n’en font pas moins appel à une attente, une espérance qui peut certes être étouffée, mais non point éteinte. Et Jésus est là pour ranimer cette flamme, mais en vérité, en profondeur.

* *
Je vous encourage à suivre fidèlement
l’appel que vous avez reçu de Dieu


À travers ces événements, il ne faut pas simplement voir le bien qu’on peut consommer, mais l’appel qui est derrière.

Cet appel passe par un attachement à DIEU, par Jésus... qui se retire. Les foules, spontanément veulent le faire roi, le prendre comme divinité protectrice et providente, mais non. Pourquoi ? Pour les obliger à faire mémoire de l’appel de DIEU. Si Jésus n’était qu’Élisée, les foules n’avanceraient pas. Elles profiteraient, mais ne grandiraient pas. Mais Jésus n’est pas Élisée : il est DIEU, et on ne met pas la main sur DIEU, on ne consomme pas DIEU. On fait mémoire de DIEU, de tout ce qu’il a fait pour son peuple, et alors on s’ouvre à la vérité profonde de ce qui est en train de se dérouler.

* *
Jésus savait qu’ils étaient sur le point de venir le prendre de force
et faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira


On aimerait tellement que, de l’Eucharistie, jaillissent des rayons fulgurant à la Spielberg ! On serait dans la toute puissance, dans l’assurance, dans la quiétude... Mais il n’y aurait plus de foi, il n’y aurait plus de mémoire, il n’y aurait plus de sens. Nous ne serions que des moutons hébétés, sans aucune joie à l’horizon.

Car l’homme est ainsi fait — et c’est une grâce — qu’il ne découvre un sens à sa vie que par la mémoire. Et pour faire mémoire, il faut que ce qui nous attache disparaisse, qu’il s’agisse des objets ou des êtres vivants. C’est alors que nous voyons le cœur de la vie ; c’est alors que nous nous ouvrons au cœur de l’histoire. Notre histoire. Un manque se creuse, que notre esprit peut venir habiter par le moyen de la mémoire. Et l’on comprend alors ce qui se passe, pourquoi cela se passe, vers où cela nous porte. Nous nous mettons en marche, de manière moins insouciante sans doute, mais plus assurée.

Mais le plus beau de l’affaire, c’est qu’à notre tour, il nous faudra nous retirer. Et il faut nous y préparer en transmettant cette mémoire. Ceux qui ne vivent que de consommer ne transmettent rien, et s’effondrent quand le moment de la séparation s’impose. Ceux qui laissent advenir la mémoire dans leur histoire sont certes tristes quand vient la séparation, mais il ne s’effondrent pas. Au contraire : le manque en eux se creuse pour mieux encore faire une place de choix à l’Esprit Saint et au Christ en qui toute vie prend sens. Une place de choix à la prière et à l’Eucharistie où, précisément, DIEU se donne sans que personne ne puisse mettre la main sur Lui. Et ce faisant, nous sauve.

C’est la grande intuition du Christianisme : DIEU n’est pas Roi. Il est Père. Le Roi nous maintient dans la toute-puissance. Le Père, lui, ne trouve sa joie que de voir grandir ses fils et ses filles pour qu’ils marchent, fièrement et joyeusement ; pour qu’ils franchissent courageusement les épreuves de leur vie, et se préparent, ayant donné la vie à d’autres, à se retirer pour qu’à leur tour, ceux-ci fassent mémoire et transmettent ce qu’ils ont reçu.

Alors voilà. La communion que nous allons vivre, c’est cela. Non pas un DIEU “Grande Distribution” qui nous gave, mais un DIEU qui donne le pain à tous avant de se retirer pour que ce pain fasse en nous son œuvre véritable : nous faire grandir dans le sens de notre vie et faire de nous des êtres féconds, à son Image.

Avec mon affection fraternelle,

Père Alain.


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