[ Non, Joseph n'avait pas d'état d'âme
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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        Non, Joseph n’avait pas d’état d’âme

Non, Joseph n’avait pas d’état d’âme

Livre d’Isaïe 7,10-14
« Non, je n’en demanderai rien,
je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. »

24(23),1-2.3-4ab.5-6
« Qui peut gravir la montagne du Seigneur
et se tenir dans le lieu saint ?
L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,
qui ne livre pas son âme aux idoles. »

Lettre de saint Paul Apôtre
aux Romains 1,1-7

« Selon la chair, le Fils est né de la race de David ; selon l’Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur. »

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 1,18-24
« Joseph, l’époux de Marie, était un homme juste »

- lire l’intégralité des textes de ce jour




Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire le développement un peu long — mais essentiel — de l’homélie du 4e dimanche de l’Avent (A), vous pouvez lire le résumé (ici) paru dans l’hebdomadaire © Famille Chrétienne n. 1875-1876.


J’ai longtemps eu du mal à prier saint Joseph. Les livres que je lisait sur lui étaient tellement inconsistants et plein de minauderies ; les enseignements compassés qui faisaient de lui un parangon de vertus tout droit sorti de l’imaginaire du XIXe siècle me ressortaient par les yeux tellement on faisait de cet homme un mollasson, un “chic type” : l’époux que toutes les féministes auraient aimé avoir à leurs pieds, faisant la vaisselle, le ménage, langeant le gamin et qui avait surtout eu la bonne idée de disparaître pour laisser le champ libre à une sorte de relation confinée entre la mère et le fils. Bref, Joseph était une icône de l’absence, de la transparence, de l’inconsistance dont je me demandais bien par quelle stratégie démoniaque on pouvait faire de ce personnage une figure aussi désolante de la paternité...

Puis un jour, j’ai lu un auteur juif, David Flusser, qui parlait de Jésus dont le père, charpentier, était nécessairement un grand érudit de la Torah puisque la tradition du Talmud rapporte qu’à cette époque, lorsque les rabbins étaient dans l’embarras, il était coutume de faire appel « à un charpentier ou à un fils de charpentier » pour dénouer la discussion. Tout d’un coup, Joseph avait donc une consistance et non des moindres. Il était un notable reconnu, un forçat de l’étude de la Torah qui avait fait de lui un "juste" d’Israël. Exit les mièvreries ! Vive Joseph grâce à qui je relisais la Bible en lui demandant de me prêter son regard et sa science.

En définitive, donc, bien sûr que Joseph connaissait par cœur ce passage d’Isaïe. Bien sûr qu’il savait que chaque génération d’Israël devait travailler à sa dignité pour pouvoir engendrer le Messie. Et il y mettait toute son énergie ! Il savait que lorsque DIEU demandait quelque chose par l’intermédiaire de ses prophètes, il ne s’agissait pas de s’amuser à le fatiguer par des hypocrisies politicardes ! « Non, je ne veux rien demander à DIEU », disait Achab... Tu parles ! Il avait le pouvoir et il ne voulait en faire qu’à sa tête ! DIEU était tout au plus pour lui une idole qui n’avait qu’un seul devoir : endormir le peuple et se la fermer pour le reste ! Au demeurant, les choses n’ont pas tellement changé aujourd’hui... Pourquoi ?

Parce que précisément il est question ici de la chair. Cette chair qu’il faut absolument sauver de la vision antique dont nous ne sommes pas sortis et qui ne voit en elle qu’une prison de l’âme dont il faut se débarrasser absolument. C’est vrai depuis Platon au moins, mais vous retrouvez ça dans le Bouddhisme, l’Hindouisme [1] et toutes ces religions orientales qui fascinent l’Occident devenu tellement insipide à force de se regarder le nombril et de proclamer à tout vent : « Je ne crois qu’en la Raison ! Je suis sérieux, moi ! » Oui, d’un sérieux dont le Petit Prince dit joliment qu’il nous transforme en champignon... Eh oui ! Parce que la chair, alors, est laissée à elle-même, sans nul guide, car la raison est incapable de guider la chair !!! C’est précisément là que paraît le péché : dans la dissociation entre la raison et la chair qui fait que l’une comme l’autre ne font route que vers elles-mêmes : la première rêve de toutes les idéologies possibles et passe son temps à planifier un monde meilleur qui se révèle toujours être un cauchemar ; la seconde tente de nous garder elle aussi sous son emprise (Ro 8,13), se laissant aller à la satisfaction de ses besoins, trop contente d’avoir à son secours la technologie dont elle est devenue totalement esclave. Cette Cyborg humanity qui fait l’objet de tellement d’études sociologiques aux USA aujourd’hui. Il n’est pas étonnant qu’on confonde le “charnel” avec le génital, la bonne ou la mal-bouffe, l’orgiaque et l’inavouable. La raison est devenue prétentieuse, et la chair est devenue honteuse... On a beau exhiber des corps nus sur tous les placards publicitaires : jamais les hommes et les femmes n’ont été aussi mal dans leur peau, surtout en France où est détenu le triste record de la prise de psychotropes...

En réalité, la chair est faite pour être spirituelle. Elle est faite pour être guidée, habitée par l’Esprit de DIEU. La chair ne comprend rien à la raison tant qu’elle n’est pas habitée par l’Esprit. En revanche, quand elle l’est, loin de disparaître, elle se déploie dans toute sa plénitude avec d’autant plus de bonheur qu’elle se trouve réconciliée avec la raison ; et la raison trouve dans la chair non plus seulement une matière qu’elle va s’acharner à manipuler pour se la soumettre, mais une alliée de sagesse qui lui enseigne le principe de réalité qui s’avère être un principe de Vie.

* * *


Bref. Voilà donc que Joseph apprend de Marie qu’elle est enceinte de l’Esprit Saint. Loin de ne rien comprendre, ce professionnel de la Torah saisit immédiatement de quoi il s’agit ! Sa génération a été choisie pour donner au monde le Messie promis, l’Emmanuel ! Et Joseph de plonger dans la Torah, de scruter les textes, et de s’apercevoir qu’il est loin de pouvoir offrir au Messie la chair dont Il pourrait être digne. Quand il relit sa propre généalogie — celle qui vous est donnée juste avant dans l’évangile de Matthieu —, il s’aperçoit que les personnages sont loin d’être des exemples de vertu ! Même David n’est cité que dans son acte d’adultère meurtrier !!! Quant aux seules femmes mentionnées, ce ne sont pas les matriarches, mais, dans l’ordre : un inceste, une prostitution, une mésalliance et un adultère assassin… Charles Péguy disait que peu d’hommes ont eu autant d’ancêtres si criminels, si charnellement criminels.

Seulement voilà : c’est précisément cette généalogie charnelle désordonnée, pécheresse qui est assumée par le Messie pour la sauver ! C’est ce que Gabriel va lui dire : Ne crains pas, car ce qui est engendré en Marie l’est par l’Esprit Saint ! Voilà la chair enfin "respiritualisée", en quelque sorte, pour retrouver sa véritable vocation de gardienne de la Sagesse et se réconcilier avec la raison pour donner au genre humain une vitalité éternelle, divine. Gabriel annonce à Joseph que l’humanité pécheresse est enfin réconciliée avec DIEU, ce qui va permettre à tous les hommes et à toutes les femmes que le péché sépare de se réconcilier enfin pour porter le Cosmos, la Création tout entière à son accomplissement comme le rappelle avec tant de force saint Paul dans l’épître aux Romains :

« Si vous vivez sous l’emprise de la chair, vous devez mourir ; mais si, par l’Esprit, vous tuez les désordres de l’homme pécheur, vous vivrez. En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu.
L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant : « Abba ! »
C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.
J’estime donc qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous. En effet, la création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu. Car la création a été livrée au pouvoir du néant, non parce qu’elle l’a voulu, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu. »
(Ro 8,13-21)



Alors voilà : en Marie, toute cette généalogie, et à travers elle toutes les générations humaines sont assumées et sauvées par l’Incarnation du Verbe en son sein maternel [2] —. C’est prodigieux ! Joseph n’a pas d’état d’âme sentimentaux ! Il est effrayé à l’idée d’imposer au Messie une telle généalogie pécheresse, mais justement : c’est ce péché qui dissocie la chair et la raison, qui dissocie l’homme et la femme, qui dissocie l’homme et DIEU que Jésus vient, comme il est inscrit dans son propre Nom — DIEU sauve —, prendre sur Lui pour le rendre inopérant. Et c’est bien là le cœur de ce que nous allons célébrer à Noël : par le Fils, « né selon la chair de la race de David ; selon l’Esprit qui sanctifie, établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts » ; par le Fils, donc, la réconciliation est en marche jusqu’à Pâques, entre l’homme et DIEU, entre l’homme et la femme, entre l’homme et le Cosmos. Rien de plus divin, de plus humain et de plus écologique à la fois !!!

* * *


Voilà donc ce que l’expert de la Torah, le juste Joseph « qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le Lieu Saint », reçoit de comprendre par le message de l’Ange. Nul doute ensuite qu’il ne lira plus la Torah de la même manière. Nul doute qu’il guidera Jésus dans une lecture de la Torah et de la tradition des pères de manière magistrale !

Et à présent, il nous faut à nouveau laisser l’Esprit Saint agir en cette Eucharistie où Il va venir habiter le Cosmos à partir de rien : un morceau de pain et quelques gouttes de vin, mais qui, devenus le Corps et le Sang du Christ, ne deviendront rien de moins que le Lieu d’une Communion infinie qui entraînera toute la Création hors de la souffrance du monde présent par le mystère de la charité que nous sommes, par le Baptême et la Confirmation, chargés de faire rayonner sur la Terre, aujourd’hui.

Bonne préparation aux fêtes de la Nativité !

Avec mon affection fraternelle,

† Père Alain


Notes

[1Sans parler de toutes les "hérésies", sans exceptions, du Docétisme au Catharisme, qui ont toutes nié l’Incarnation. L’idée que DIEU se fasse homme, que le Verbe se fasse “chair” leur était insupportable à cause de la chair regardée comme mauvaise et vouée à disparaître.
Les fameux Cathares, dont on fait aujourd’hui des victimes de l’opression, étaient une secte terrible qui imposaient des jeûnes impitoyables à ses membres (les "parfaits") — on a retrouvé des cimetières cathares entiers remplis de squelettes d’anorexiques — ; interdisait le mariage et tout commerce sexuel à leurs adeptes. Ne fallait-il pas les en délivrer ? C’est pourquoi l’Église a envoyé des missionnaires dominicains et franciscains pour prêcher l’Incarnation et le Salut, la liberté en Jésus Christ et la plénitude de la vie offerte par le Baptême. Ce n’est qu’en voyant le résultat trop lent de ces prédications que la politique s’en est mêlée avec les armes à la main. Mais ce n’est aucunement l’Église qui en est l’instigatrice. Quant aux fameux Inquisiteurs, ils furent pour la grande majorité des hommes justes et des juges dignes. Si certains — on ne retient malheureusement qu’eux — ont été des tortionnaires, ils ont été dénoncés vigoureusement par les évêques et interdits, voire condamnés sévèrement par l’Église.

[2C’est là tout le sens de sa Virginité au regard des femmes mentionnées dans la généalogie qu’apporte Joseph au Christ : celles-ci ne sont nullement condamnées. En Marie, leur histoire et celle des hommes qui leur sont associés est pleinement assumée, purifiée en étant enveloppée par la Miséricorde de DIEU.

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