[ Le Christ, Nouvel Adam
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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Le Christ, Nouvel Adam

Homélie du 1e dimanche du Carême A (13 mars 2011)

• Livre de la Genèse 2,7-9.3,1-7
« Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »

• Psaume 51(50),3-4.5-6.12-13.14.17
« Contre toi, et toi seul, j’ai péché
Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice
Mais selon ta grande miséricorde, efface mon péché. »

• Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 5,12-19
« De même que tous sont devenus pécheurs parce qu’un seul homme a désobéi, de même tous deviendront justes parce qu’un seul homme a obéi. »

• Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 4,1-11
« Jésus, après son baptême, fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon »

- lire l’intégralité des textes de ce jour



Vous serez comme des dieux,
connaissant le bien et le mal.

Nous retrouvons avec ce carême des textes fondamentaux de notre foi chrétienne. Le récit du fameux “péché originel” est l’un d’entre eux.

Quelques rappels concernant ce texte :
1.Il ne s’agit nullement d’un récit prétendument “historique”.
Les récits des premiers chapitres de la Genèse sont des textes de Sagesse, qui parlent de la condition humaine au regard de l’expérience de l’Alliance. Cette dernière ne concerne pas uniquement le peuple d’Israël, mais illumine des pans entiers de l’anthropologie, par-delà les cultures ou les races...
2.Le fruit dont parle le texte n’est pas d’une pomme...
Fruit, en latin, se dit pomum et désigne une figue, une date ou une noix... Pomme se dit malum, qui signifie aussi le mal... Dès lors, cette pauvre pomme n’a pas pu éviter que se développent autour d’elle tous les phantasmes que nous connaissons...
3. Le serpent est le symbole de la sagesse des Nations, basée sur la loi du plus fort : le plus fort est nécessairement celui que bénissent les dieux, dans une conception égocentrique de la liberté. C’est ce symbole qu’on retrouve sur la couronne de Pharaon à travers l’Oreus.
4. Ne pas manger du fruit de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal ne signifie pas “rester dans l’ignorance” de ce qu’est le bien et le mal. Cela signifie que, mangeant ce fruit, l’homme se pose en maître du bien et du mal ; il se pose comme seul référent à ce qui est bien ou ce qui est mal. Dès lors, c’est la porte ouverte à tous les despotismes et à toutes les violences, en imposant aux autres, par la loi du plus fort, ce que l’individu décide être bon pour lui. Nous touchons là le nerf de toutes les idéologies, jusqu’aux plus meurtrières : « Je sais ce qui est bon pour l’homme, et tous ceux qui s’opposent à mon idée doivent être supprimés. » Une politicienne n’a-t-elle pas osé dire dans les années 90 : « Nous ferons le bonheur des Français malgré eux ! » ? C’est la même idée.
Le commandement de DIEU pose au contraire une loi du bien et du mal tournée vers le bien commun, vers une loi de bienveillance, commune à tout homme, régie par l’amour et le primat de la vie sur la mort. Dès lors, cette obéissance ouvre l’homme à la vraie liberté, au service de la paix et à la joie de la Création.

Revenons au récit :
Une chose étonnante : on parle à propos de cet épisode du péché d’Adam, à la suite de Paul. Mais à bien lire, on compte 6 versets et demi sur la séduction d’Ève et seulement ½ verset sur le geste d’Adam... Or la tradition est formelle : c’est Adam qui pèche, et non pas Ève... Qu’est-ce à dire ?

Adam pèche sur deux plans :
1. d’une part par son absence au moment où le serpent vient séduire Ève — DIEU, venant dans le jardin, posera la bonne question : « Adam, où es-tu ? » (v.9) —.
2. d’autre part par le fait qu’il confirme, en quelque sorte, le geste de la femme en mangeant immédiatement le fruit qu’elle lui tend. Elle, encore, a une excuse : elle a été trompée par les propos pernicieux du serpent. Adam, non. Un peu comme un “gros bœuf”, oubliant le commandement de DIEU, il prend et il mange, sans plus de réflexion...

Ce n’est que grâce au Christ que nous découvrons le cœur du péché d’Adam, à la lumière de saint Paul.

* *
De même que tous sont devenus pécheurs
parce qu’un seul homme a désobéi,
de même tous deviendront justes
parce qu’un seul homme a obéi

Saint Paul nous dit que seul Adam a péché... Qu’est-ce à dire ? Peut-être que la femme a des circonstances atténuantes... Elle a simplement manifesté la fragilité humaine face à la séduction de la sagesse des Nations qui pousse à tout avoir, à tout savoir, à revendiquer le pouvoir.

Or Adam, lui, aurait du ici ne pas entériner le geste de Ève. Ce faisant, il l’aurait ni plus ni moins sauvée en “bloquant” la propagation d’un acte où se manifestait la faiblesse humaine mais qui n’avait pas encore atteint le couple. C’est dire ici la force que DIEU dépose dans le couple qui manifeste son Image. Non que l’homme et la femme ne soient pas vulnérables, mais leur couple peut, doit pouvoir vaincre, par l’amour, cette vulnérabilité. Malheureusement, une fois l’acte d’Ève entériné, le péché est manifesté : ils se découvrent nus l’un devant l’autre, c’est-à-dire dans toute leur faiblesse, leur vulnérabilité, incapables surtout de se relever l’un l’autre de sorte qu’ils en sont réduits désormais à se protéger l’un de l’autre... C’est terrible.

Saint Paul nous dit alors que là où Adam aurait du, par sa présence et par son obéissance, faire barrage à la propagation de l’acte posé par Ève et sauver le couple, le second Adam , par son obéissance au Père et l’offrande de sa vie, va faire barrage au déploiement du péché dans le monde. Ce faisant, il rétablit la possibilité d’un salut et restaure le couple dans sa vocation : enfanter la Création dans un mouvement d’amour, de reconnaissance et de paix puisée dans une libre obéissance à DIEU. Le Nouvel Adam dévoile le mystère nuptial qui est inscrit dans le dessein créateur de DIEU, et pose désormais le mariage dans l’ordre sacramentel.

La miséricorde de DIEU prend donc le chemin du couple qui devient le signe d’un Amour capable de sauver le monde. Ce n’est pas rien !

* *
Contre toi, et toi seul, j’ai péché
Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice
Mais selon ta grande miséricorde, efface mon péché

Ainsi s’éclaire le psaume. L’homme se sait faillible, mais il sait aussi que DIEU ne veut pas la mort du pécheur. Donc, si la mort entre dans le monde par le péché d’Adam ; si, en toute justice, l’homme pécheur devrait mourir, le seul fait qu’il vive encore est le signe d’une miséricorde qui préparer patiemment une issue de Salut. Et c’est à travers le mystère nuptial du Christ, Nouvel Adam.

* *
Jésus, après son baptême, fut conduit au désert par l’Esprit
pour être tenté par le démon

À son tour, en Jésus, Adam accepte d’être séduit par le serpent des origines, qui prend désormais nom de Satan.

L’évangile dénonce les trois lieux où s’exerce la désobéissance vis-à-vis de DIEU :
- l’avoir (fais que ces pierres deviennent du pain) ;
- le savoir (Tu sais bien que DIEU te protègera !) ;
- et le pouvoir (Je te donnerai tous les royaumes de la terre).

En ces trois lieux, Jésus refuse d’entériner une possible désobéissance. Dès lors, il restaure la place d’Adam, et sauve Ève dans le même mouvement.

Marie est la Nouvelle Ève, sauvée par anticipation de la séduction du péché que le Nouvel Adam a assumée. En eux, l’homme et la femme sont réconciliés de sorte que, d’épouse, la femme peut enfin être mère et enfanter Celui qui fait barrage à la propagation du péché. Même si cela paraît surprenant, elle est à la fois épouse et mère, ne cesse de proclamer la tradition des Pères de l’Église.

Dès lors, grâce au Baptême, grâce au mariage sacramentel, grâce à l’Eucharistie, tout un arsenal est mis en place pour combattre le péché par l’amour, et goûter à la joie infinie de voir la lumière paraître enfin dans le cœur des enfants de DIEU.

Voilà donc ce que nous rappelle ce nouveau Carême. À nous de choisir DIEU, de choisir la VIE ; de manifester que l’obéissance au Père, dans la foi, rend vraiment libre et nous ouvre à la miséricorde si toutefois il nous arrive encore de tomber, ce qui est inévitable.

Nous devenons alors les témoins d’une espérance fantastique pour le monde qui, par l’Église, reprend sa marche vers DIEU et vers la Vie Éternelle.

Avec toute mon affection fraternelle,

+ Père Alain


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