[ L'espérance et la foi pour la Vie éternelle
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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L’espérance et la foi pour la Vie éternelle

homélie du 5e dimanche du Carême A (10 avril 2011)

• Livre d’Ézechiel 37,12-14
« Je vais ouvrir vos tombeaux
et je vous en ferai sortir, ô mon peuple. »

• Psaume 130(129),1-2.3-4.5-6ab.7bc-8
« Près du Seigneur, est l’amour ;
près de lui, abonde le rachat.
C’est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes »

• Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8,8-11
« Frères, sous l’emprise de la chair,
on ne peut pas plaire à Dieu »

• Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 11,1-45
« Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. »

- lire l’intégralité des textes de ce jour



Je vais ouvrir vos tombeaux
et je vous en ferai sortir, ô mon peuple

Ce texte fait référence à la grande vision du prophète Ézechiel des "ossements desséchés" (Ez 37,1-11). Ce passage se clôt ainsi : « Ces ossements, c’est tout le peuple d’Israël. Car ils disent : “Nos ossements sont desséchés, notre espérance est détruite, nous sommes perdus !” » (v. 11). Car c’est de cela qu’il s’agit : l’homme par lui-même ne sait pas se donner d’espérance.

L’espérance n’est pas l’espoir.
- L’espoir est du côté “l’utile” : on a l’espoir d’une guérison, de rencontrer quelqu’un qui nous aide, d’acquérir quelque chose... Mais c’est toujours du côté de soi. Cela s’appelle la “survie”.
- L’espérance est du côté du transcendant, de la gratuité, de la confiance... bref de la foi : je ne suis pas le monde à moi tout seul ; je ne suis même pas “un” monde à moi tout seul... Je ne suis rien sans un autre, sans un “tout autre” que moi. Cela s’appelle la Vie.

Dire donc : « Notre espérance est détruite », c’est dire : « Nous ne croyons plus dans le Dieu de nos pères », et c’est un signe de mort. En termes contemporains, on dirait : « Nous ne croyons plus en un autre que nous-mêmes... », et c’est aussi un signe de mort.

Manière de dire que le mystère de la vie est irrémédiablement relié à celui de la transcendance, de l’intervention d’un autre que nous-mêmes pour aller au-delà de nous-mêmes, et surtout... pour ne pas mourir.

Dire : "J’ai l’espoir de ne pas mourir" est donc absurde : cela voudrait dire que nous voudrions vivre à jamais, “survivre” à tout, sans laisser la place à qui que ce soit d’autre que nous-mêmes sur cette pauvre terre. C’est le comble de l’égoïsme, de l’impasse et de l’absurdité.

En revanche, dire : "J’ai l’espérance de vivre éternellement" est tout à fait différent. Car c’est être ouvert à autre chose que soi ; à quelqu’un d’autre que soi, autrement dit à la Transcendance. Là, c’est affaire de choix, de liberté, de foi.

C’est ce que nous dit vision d’Ézechiel : ne vous enterrez pas vous-mêmes en perdant l’espérance. Car cette mort là ne mène à aucune Vie. Mettez votre foi dans le Dieu de vos pères, et vous ferez l’expérience d’un surcroît de vie : là où la mort semblait vous submerger, l’attente d’un autre transcendant sera une puissance de Vie bien plus forte que la mort !

* *
Près du Seigneur, est l’amour ;
près de lui, abonde le rachat.
C’est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes

Le psaume nous rappelle ici une notion religieuse assez simple : la faute, ou le péché, consiste à perdre l’espérance en un autre.

Que se présente cet autre, ce Tout Autre qu’est Dieu ; et que nous nous ouvrions à la possibilité de sa présence, alors nous faisons l’expérience d’un rachat, d’un pardon, d’une Vie qui se révèle en nous bien plus qu’une simple pulsion de survie individuelle... Et c’est tout le sens du passage de saint Paul que nous donne à entendre la liturgie de ce jour.

* *
Frères, sous l’emprise de la chair,
on ne peut pas plaire à Dieu

La chair, ici, signifie le mouvement de survie de soi, par soi et pour soi. C’est avec elle que rime l’espoir. Non qu’elle soit mauvaise en soi, car enfin, il faut bien aussi survivre ! Mais l’homme est appelé à plus. Si sa seule perspective est de survivre, alors il est sous l’emprise de la chair ; il n’est pas libre, et il ne peut donc pas plaire à Dieu.

En revanche, « si le Christ est en vous, votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l’Esprit est votre vie ». On est dans la dynamique d’Ézechiel. En d’autres termes, si vous faites le choix de la transcendance, à la suite du Christ, alors vous vivrez. Si vous faites le choix du Père, à l’exemple du Christ, alors, bien sûr, il faudra un jour laisser la place pour un autre sur cette terre ; mais la foi en un Autre que vous, ce lien de la foi, de l’espérance et de l’amour vous tirera vers le Père, c’est-à-dire vers une source éternelle de Vie qui ne vous quittera jamais.

Et là, vous plaisez à Dieu le Père qui veut vous donner sa Vie.

Nous avons toutes les clefs nécessaires pour entendre l’Évangile de Lazare.

* *
Père, je te rends grâce
parce que tu m’as exaucé

Attention de ne pas nous leurrer dans la lecture de ce chapitre 11 de l’évangile selon saint Jean. Il n’y est pas seulement question de Lazare, mais de ce lien à un autre qui est toujours source de vie :
- Il y a certes la mort de Lazare, mais il y a surtout son amitié avec Jésus : premier lien.
- Il y a Marthe, qui court vers Jésus, qui crie son espérance. Elle a la foi, plus que Marie ici : Je crois, Seigneur. Deuxième lien.
- Il y a Marie, que sa sœur appelle magnifiquement à retrouver cette espérance qui la laisse recluse à la maison. Troisième lien.
- Il y a Jésus, enfin, qui est totalement tourné vers le Père, qui attend de Lui toute chose ; et en particulier le surgissement d’une vie plus forte que la mort. Quatrième lien, et non des moindres.

C’est dans ce jeu des liens d’amour, d’amitié, d’espérance et de foi que tout se joue. C’est dans ce jeu de la relation à la Transcendance que tout se joue. Librement.

L’impact de cet évangile n’est donc pas le miracle. D’ailleurs, il n’y a pas de miracles dans l’évangile de Jean : il n’y a que des “signes”, ce qui est tout autre chose. Des signes d’un amour qui se propose à l’homme pour inscrire en lui le lien qui l’attirera dans la Vie éternelle.

Ultimement, c’est ce lien de Jésus à son Père qui fera surgir la résurrection, comme le dernier des signes : celui qui met sa foi dans le Seigneur ; celui qui a les yeux tournés vers le Père Transcendant, celui-là ne sera pas retenu dans les griffes de la mort. Car son lien avec le Père, par Jésus, à sa suite, brisera les verrous de la mort, comme le représentent magnifiquement les icônes de la Résurrection.

C’est ce lien que la liturgie de ce jour nous invite à rechoisir. Par la prière, l’aumône et le jeûne qui se poursuivront encore pendant les prochains jours, jusqu’à la fête de Pâques qui approche.

Nous avons une religion de Vie. C’est la plus belle qu’on puisse espérer ; la plus lumineuse qu’on puisse rayonner dans un monde tenté par le referment sur soi, vers la perte de la Transcendance et l’assèchement de ses propres os. Il dépend de nous que nous soyons prophètes pour ce monde que Dieu aime, jusqu’à vouloir le sauver en lui ouvrant la possibilité de renouer ce lien avec la Vie éternelle.

Avec toute mon affection fraternelle,

+ Père Alain


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