[ Pas d'avenir sans une mémoire
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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Pas d’avenir sans une mémoire

Homélie du 4e dimanche de l’Avent (Année B - 18 décembre 20011)

• Deuxième livre de Samuel 7,1-5.8b-12.14a.16
« Je te donnerai un successeur
dans ta descendance, qui sera né de toi,
et je rendrai stable sa royauté.
Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils.
Ta maison et ta royauté subsisteront
toujours devant moi,
ton trône sera stable pour toujours. »

• Psaume 89(88),4-5.27-28.29-30
« Avec mon élu, j’ai fait une alliance,
j’ai juré à David, mon serviteur :
J’établirai ta dynastie pour toujours »

• Lettre de saint Paul Apôtre
aux Romains 16,25-27
« Le mystère est maintenant révélé :
il était resté dans le silence depuis toujours,
mais aujourd’hui il est manifesté. »

• Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 1,26-38
« Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »

- lire l’intégralité des textes de ce jour



Je te donnerai un successeur
dans ta descendance, qui sera né de toi,
et je rendrai stable sa royauté.
Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils.
Ta maison et ta royauté subsisteront
toujours devant moi,
ton trône sera stable pour toujours


Voici une promesse qui est restée gravée en lettres d’or dans la mémoire du peuple d’Israël et qui a enraciné l’espérance de toutes les générations à venir. De cette promesse, une conscience est née : celle d’un peuple, d’une famille.

Auparavant, DIEU s’était adressé à des personnes particulières : Abraham, Isaac, Jacob. Ce sont ceux qu’on appelle communément : les Pères, les Patriarches. Mais cela ne suffisait pas. Le Seigneur ne pouvait simplement être le DIEU d’un clan. Aussi, le peuple a-t-il grandi, s’est multiplié... Mais plus il se multipliait, plus l’Égypte le réduisait en esclavage. Et cette expérience originaire a façonné la conscience de ce peuple dans la soif de liberté. Alors a surgi le grand Moïse à qui DIEU allait confier la libération de son peuple. Une génération entière a traversé le désert à sa suite ; elle a reçu par lui les Tables de la Loi ; a mis en place les règles du culte par lequel ce peuple se souviendrait de l’Alliance, de sa libération, et saurait demander pardon de ses infidélités. Puis ce peuple est arrivé en Canaan, la terre des Patriarches.

Il fallait désormais façonner l’unité de ce peuple répandu sur la terre promise. D’une histoire commune devait naître la conscience d’un peuple dont le sang versé autrefois en Égypte serait le sceau d’une fraternité unique et indissoluble, gage de la liberté douloureusement gagnée contre la volonté meurtrière de Pharaon ; gage surtout de la réalité d’une famille qui marquera l’identité profonde de ce peuple unique, qui n’a rien fait de moins que bouleverser l’histoire du monde...

Eh bien, cette unité est portée par la figure du roi David. Un peu comme, dans une famille, il y a un des frères, ou des oncles, qui "fait l’unité" : c’est lui qui rassemble les éléments dispersés, qui organise les fêtes, s’attelle à reconstituer l’arbre généalogique, descelle les cousinages oubliés pour les faire revivre, etc. À sa manière, telle fut l’œuvre de David.

Évidemment, pour nous, la chose est difficile à saisir, parce que la famille s’est nucléarisée, de sorte qu’au bout de trois générations, les racines se perdent, faute tout simplement de les adjoindre à une histoire ; faute d’en parler ; faute de faire mémoire... Et pourtant : quand on sait qu’on a eu un ancêtre qui s’est battu pour l’honneur de la famille, qui a marqué l’histoire familiale, qui a laissé une trace, ne se sent-on pas plus fort ? Plus courageux ? Plus fier ? Et quand vient l’adversité, ne se dit-on pas : "avec les racines qui sont les miennes, je dois pouvoir m’en sortir !" ? Ce sont les victoires des anciens qui forgent l’espérance des générations présentes ; qui forgent l’espérance des nations qui, de pure appartenance territoriale, passent à une conscience familiale, à une conscience de “peuple”.

Et dans le fond, voilà à quoi sert la vertu d’espérance. Elle ne naît que fondée sur la mémoire sans cesse revivifiée, revisitée, et qui nous permet de rester ouverts sur l’avenir. À oublier cette mémoire, chargée de promesses, nous partons seuls, en amateurs, sur les chemins de l’existence, mais sans aucune envergure, sans véritable grandeur, ne faisant que survivre là où nous sommes appelés à vivre pleinement...

* *
Avec mon élu, j’ai fait une alliance,
j’ai juré à David, mon serviteur :
J’établirai ta dynastie pour toujours


La prière des psaumes, reprise chaque jour, alimente la mémoire du peuple de DIEU, de la famille de DIEU ; la mémoire des fils de DIEU. Ce faisant, la prière est féconde : elle maintient en nous l’espérance, parce qu’elle ancre notre histoire dans le réel.

Que nous dit le réel ? Qu’il n’est aucune situation dont l’homme, en s’appuyant sur DIEU, soit resté prisonnier quand il s’appuyait sur sa foi. Que la liberté demeure au plus profond de la volonté de ceux qui se reconnaissent fils d’un peuple, fils de leurs pères, fils de DIEU.

Les psaumes ne sont pas des contes, ni des légendes. Ce sont les reliques d’une pensée profonde qui a façonné la liberté du peuple de DIEU dans toutes les générations depuis plus de 3000 ans. Et encore plus porté de fruit lorsque cette mémoire a été portée par le Fils de David attendu : le Christ, de qui est née l’Église, la famille chrétienne, la famille de l’espérance, du progrès illuminé par la science de l’amour.

* *
Le mystère est maintenant révélé :
il était resté dans le silence depuis toujours,
mais aujourd’hui il est manifesté


Le voilà, le Mystère : l’espérance est désormais associée à l’amour en acte qui scelle la liberté absolue des fils de DIEU qui, de génération en génération, se transmettent la foi en DIEU. Les chrétiens sont le terreau d’une humanité nouvelle, non au sens où ils seraient “meilleurs que les autres”, mais au sens où, guidés par la foi qui fait naître en eux l’amour pour toute personne, quelle que soit sa langue, sa race, son histoire, ils portent l’espérance du monde à venir.

Cette espérance se dit en ces termes : le Christ est sorti victorieux de la mort. Il a porté l’amour à son comble en nous manifestant une humanité de vie, totalement ouverte sur la vie ; en qui aucune œuvre de mort n’a pu être décelée. Et ce Christ est mon frère. Et je suis de sa famille. Et je suis, avec Lui, fils de DIEU. Donc jamais aucune situation de mort ne pourra avoir sur moi d’emprise ! Non parce que j’ai cette force de moi-même, mais parce que Jésus vit en moi ; parce que mes ancêtres, qui m’ont transmis leur foi, vivent en moi. Parce que je suis du même sang que Jésus.

Voilà ce qu’avait découvert saint Paul.

* *
Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ;
tu lui donneras le nom de Jésus.
Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ;
le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ;
il régnera pour toujours sur la maison de Jacob,
et son règne n’aura pas de fin


Que dire de plus à l’approche de Noël ? Que la Vierge est comme le recueil de toute cette mémoire. Toute femme est gardienne de la mémoire, parce que toute femme est gardienne de la vie. Il ne saurait y avoir de mémoire sans la vie, et il ne saurait y avoir de vie sans mémoire.

Le triste signe de ce principe résonne malheureusement dans les propos des jeunes aujourd’hui, qui vivent sans mémoire et sans espérance : ils ne veulent qu’un enfant, voire deux, mais plus leur paraît être indécent. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas d’espérance dans un monde dur et à l’avenir bouché par le consumérisme décadent.

Le chrétien, lui, n’a pas peur de l’avenir. Et il se réjouit de la vie naissante. Il s’en réjouit tellement qu’il aime faire mémoire de la naissance de celui en qui toute vie devient éternelle. Il se prépare chaque année à venir ressourcer son espérance en venant s’agenouiller devant la crèche, avec les bergers, aux pieds de Notre-Dame de l’espérance.

Merci, Marie, de garder notre cœur vigilant à l’avènement de toute vie.
Merci, Marie, de garder pour nous la mémoire de l’espérance qui nous gardera debout toujours, quoi qu’il arrive ; les yeux levés vers le Soleil qui lève à l’Orient et qui ne s’éteint pas.
Merci, Marie, car par toi, nous savons que DIEU a vaincu toute ténèbre.
Merci, Marie, Notre-Dame de l’espérance, figure de toutes les femmes par qui la vie ne cessera jamais de sourdre pour enfanter des enfants de DIEU, des enfants de Lumière, des enfants de la Vie, des enfants de l’avenir.

Avec mon affection fraternelle,

+ Père Alain


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