[ Petite éloge de la faiblesse
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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Petite éloge de la faiblesse

Homélie du 4e dimanche du Temps Ordinaire A (30 janvier 2011)

• Livre de Sophonie 2,3.3,12-13
« Je ne laisserai subsister au milieu de toi qu’un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le Nom du Seigneur. »

• Psaume 146,7.8-9.10
« Le Seigneur redresse les accablés. »

• Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 1,26-31
« Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages. »

• Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,1-12
« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux ! »

- lire l’intégralité des textes de ce jour



Je ne laisserai subsister au milieu de toi
qu’un peuple petit et pauvre,
qui aura pour refuge le Nom du Seigneur

Étonnante phrase que l’on retrouve chez tant de prophètes... Israël, pour s’ouvrir au Seigneur, doit combattre en lui tout orgueil... Sans doute, si un peuple a marqué à ce point l’histoire de l’humanité, est-ce à travers cette éloge de la petitesse... cette éloge paradoxale de la faiblesse, non seulement à accepter, mais à désirer, à rechercher, à traverser...

Partout ailleurs fut prônée la vertu de la force : les dieux étaient avec les vainqueurs. C’est ce qui est comme le “rayonnement fossile” de tout sentiment religieux : DIEU comme une force avec qui l’on cherche à pactiser pour en tirer protection. Même si l’on n’y croit plus trop aujourd’hui, ce dieu-là fascine... Posez la question aux parents qui viennent faire baptiser leur enfant : une fois sur deux, vous obtenez la réponse : “Pour que DIEU le protège”. C’est normal. C’est humain.

Reste qu’il faut aller plus loin. Toute l’histoire biblique prend l’homme au stade de la fascination, et le travaille au corps... Cela aboutit, au bout d’un petit millier d’année, à la découverte que DIEU n’est ni dans l’orage, ni dans le tremblement de terre, ni dans l’ouragan, mais dans le silence mystique d’une brise... Élie à l’Horeb fait cette expérience fantastique : la Prophétie était née. Désormais, les prophètes, les vrais, n’auront qu’une parole à dire et à vivre : la force de DIEU n’est pas ce que vous croyez !

Au lieu de faire d’Israël un peuple qui dominerait sur toutes les nations du monde, voici que DIEU le réduit à un tout petit reste, à rien du tout, lui qui, pourtant, à la suite de David, avait eu de tels rêves de grandeurs et d’éclats... DIEU ne l’anéantit pas, mais lui fait découvrir que, remis à son orgueil fasciné par une force divine qu’il rêve de s’approprier, l’homme s’illusionne et court à sa perte. Et DIEU l’y laisse courir. Pourquoi ? Parce que c’est le seul moyen pour que l’homme s’ouvre à la conscience...

Et dans le fond, toute l’œuvre de DIEU sera de ne pas permettre que l’homme ne se perde tout à fait. Elle sera de le laisser subsister pour que, à partir de ce petit peuple d’Israël, naisse la conscience ; et que cette conscience, telle une onde qui se répand à partir du centre de Jérusalem, de la Croix du Christ, se répande sur toute l’humanité...

* *
Le Seigneur redresse les accablés

Avoir « pour refuge le Nom du Seigneur », c’est précisément, si l’on veut bien écouter la Bible, comprendre que DIEU nous fait descendre de notre orgueil pour faire naître en nous la conscience, et nous faire renaître à la liberté des enfants de DIEU à partir de cette conscience.

Mais il faut pour cela avoir traversé l’accablement de notre faiblesse, s’être trouvé véritablement dans la pénombre de l’épreuve pour que nous puissions nous relever, avec sa grâce, et voir le monde sous un tout autre aspect que la folie de la Toute-puissance.

Pensez à Joseph, le Patriarche, jeté dans une citerne, vendu comme esclave, resté des années en prison avant d’être présenté à Pharaon et devenir le second personnage le plus important de l’Égypte... Plus proche de nous, pensez à Nelson Mandela et aux 27 années de prison avant de pouvoir abandonner les rêves de vengeance et travailler à la réconciliation de son peuple. Pensez à Mère Teresa et aux années de sécheresse spirituelle qui ont façonné son cœur...

Ne sont grands que ceux qui ont été mis à genoux et se sont laissés redresser de l’intérieur pour voir le monde avec les yeux de DIEU. C’est la “folie” de DIEU.

* *
Ce qu’il y a de fou dans le monde,
voilà ce que Dieu a choisi
pour couvrir de confusion les sages

Voilà encore un homme que DIEU a désarçonné de sa superbe sur le chemin de Damas ! Et lorsqu’il a été relevé par DIEU, Paul a regardé le monde autrement.Sa force lui est devenue un handicap, alors que sa faiblesse était une force. Pourquoi ? Parce que Paul a fait l’expérience de la conscience, et donc de la liberté !.

C’est cette expérience, et non la somme de ses nombreuses connaissances de la Loi, qui a fait de lui le disciple éclairé du Christ. Dès lors, tout son savoir a été revisité à la lumière de cette liberté nouvelle, et ses lettres sont restées gravées dans la mémoire chrétienne comme une lumière unique sur le chemin du juste, sur le chemin de la vraie liberté !

* *
Heureux les pauvres de cœur :
le Royaume des cieux est à eux !

Tout est dit dans ces quelques versets. Cela rejaillit sur toute l’humanité.

Par Jésus, nous comprenons que l’homme est faible, l’être le plus faible de la nature, disait Pascal. Or c’est précisément sa chance, sa grâce ! Car cette faiblesse l’a forcé à faire attention, à se forger un esprit, et par là de s’ouvrir à la conscience...

Oh ! Il l’a malheureusement vite oublié... Car une fois sorti d’affaire, il s’est mis à regarder le monde de haut, et à vouloir l’exploiter à son profit... L’homme est devenu le tyran de la terre, et son propre tyran...
Alors DIEU l’a repris en main. Non pour lui retirer sa conscience, mais pour qu’elle retrouve le chemin de ses origines : la faiblesse, non plus subie, mais choisie.

Alors la conscience prend une dimension infinie. Alors jaillit l’Esprit qui transfigure le monde en faisant du cœur de l’homme sa demeure. Mais ce n’est pas sans suivre le Christ en qui DIEU Lui-même est passé par le même chemin.

Oui, nous croyons en un DIEU qui s’est anéanti jusqu’à la mort, et la mort de la Croix. Mais c’était pour faire naître l’humanité à la conscience et à la liberté. Oublier le Christ, et nous reprenons le chemin de la fausse fierté pour redevenir notre propre tyran, pire encore que dans les premiers temps ! Là est l’enjeu de notre époque qui se targue de vouloir séculariser ses racines religieuses.

Mais nous, laissons pour nous-mêmes retentir l’appel de Jésus à la pauvreté du cœur. C’est le plus grand chemin de la liberté. C’est le chemin de la justice, de la lumière, de la louange. C’est le chemin de l’Eucharistie.

Avec mon affection fraternelle,

+ Père Alain


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