[ Pie XII : et si Marianne se trompait ?
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Pie XII : et si Marianne se trompait ?

En réponse au magasine Marianne dont le dossier sur Pie XII a côtoyé la mauvaise foi, l’imbécilité et l’abject, un chroniqueur du même journal s’est insurgé, à juste titre, pour dénoncer la suffisance de ces journaliste dont la prétention à refaire le monde n’a d’égal que leur bêtise.
Ce serait un jeu d’adolescent, on pourrait encore en sourire ; mais à ce stade, on ne peut plus que prier pour eux.

Par Roland Hureaux - Chroniqueur associé à Marianne | Lundi 11 Janvier 2010

- Lire la suite pour comprendre la genèse de cette "légende noire" et ses enjeux politiques : qui a commandé la pièce de théâtre, les prises de paroles de Pie XII ainsi que son action, etc.



Selon une thèse devenue désormais classique, Max Weber distingue l’éthique de la responsabilité et l’éthique de la conviction.
• L’homme de conviction est soucieux de témoigner de ce qu’il croit juste, même si cela le prive de moyens d’action , voire a des effets pratiques négatifs.
• L’homme de responsabilité s’efforce de calculer dans chaque circonstance les effets positifs et négatifs de ce qu’il dit et fait et mesure ses propos en fonction de cela.

Devant ce dilemme, il est évident que, depuis toujours, les chefs de l’Eglise catholique se situent du côté de l’éthique de la responsabilité. Parce que, contrairement à ce que pourraient laisser penser certains, les bons chrétiens ne sont pas des adolescents attardés, et parce que l’Eglise catholique a des responsabilités effectives : entre 1939 et 1945, celle de millions de catholiques mais aussi de centaines de milliers de juifs réfugiés dans les institutions (1) !

Il y a une immaturité inouïe à imaginer que le pape aurait pu prendre la parole à tort et à travers sans se préoccuper d’abord de cette responsabilité. C’est toute la différence avec un Bernard-Henri Levy ou d’autres intellectuels médiatiques qui peuvent, à Sarajevo ou à Tbilissi, faire des proclamations destinées à passer dans l’histoire (y passeront-elles ? c’est une autre affaire) sans se préoccuper de leurs effets.

C’est aussi plus largement la différence entre la morale classique, issue d’Aristote et des stoïciens, fondée sur l’objectivité et une morale existentialiste fondée sur la subjectivité, où le bien consiste à rechercher en chaque circonstance la posture « moralement correcte », à sculpter, de pose en pose, la statue sublime de quelqu’un qui aura toujours été du bon côté.

* *
Le pape n’est pas un prophète

Il est vrai que la tradition de l’Eglise assigne aussi aux papes et aux évêques une fonction « prophétique ». Mais les prophètes de la Bible se situaient en dehors des institutions et n’avaient aucune responsabilité ; ils pouvaient de ce fait, sans autre risque que pour eux-mêmes, invectiver les pouvoirs en place. Il est évident que ce n’est pas la position d’un pape ou d’un évêque qui est d’abord un « pasteur », c’est-à-dire, selon la même Bible, l’homme qui garde le troupeau contre les loups.

Ces évidences posées, il est clair que ce qu’il convient de faire dans le cadre de l’éthique de la responsabilité est affaire de circonstances. Rien ne permet de dire que, par rapport à telle situation, le pape aurait pu, en étant moins « prudent », améliorer la balance bien/mal. Il faut une présomption singulière à ceux qui n’ont pas vécu les mêmes événements, ni jamais exercé des responsabilités analogues, pour porter des jugements péremptoires à ce sujet.

Dans cette logique, il est aussi choquant d’entendre certains catholiques dire que le procès en béatification est une question interne à l’Eglise, une affaire de sacristie en quelque sorte, qui ne concernerait que les vertus privées du pape, sans considération de son rôle historique. Nul doute que si l’ « avocat du diable » (une fonction officielle dans la procédure en cours !) arrive à prouver que dans telle ou telle circonstance le comportement du pape a eu des effets négatifs sur les juifs ou sur d’autres, il ne saurait être canonisé.

Comme le dit Serge Klarsfeld (2), une prise de parole solennelle lors de la rafle des juifs de Rome aurait « sûrement amélioré la propre réputation de Pie XII aujourd’hui. » Mais quel criminel aurait-il été s’il avait, pour forger son image devant l’histoire ou même préserver l’honneur de l’institution, sacrifié la vie ne serait-ce que d’un des milliers d’enfants juifs réfugiés dans les jardins de Castel Gondolfo et de multiples couvents !

* *
Une prise de parole utile ?

Il faut une singulière méconnaissance de ce qu’avait été le régime nazi pour imaginer que ce genre de proclamations aurait pu l’émouvoir. L’exemple souvent cité de la protestation forte des évêques hollandais face à la déportation des juifs qui a attiré des représailles non seulement sur les catholiques mais surtout sur les juifs qu’ils protégeaient, est éloquent par lui-même.

On dit qu’une parole plus nette du pape aurait au moins pu faire entrer les catholiques dans la résistance. Tiens donc ! Les officiers catholiques allemands auraient compris que leur devoir était d’assassiner Hitler. Pie XII n’ayant rien dit, ils n’y ont pas pensé !

Comment peut-on dire aussi que le pape n’a rien dit contre le nazisme alors qu’il avait été le sherpa qui rédigea de bout en bout l’encyclique Mit brennender sorge (1937).

Il fut, dit-on, obsédé par l’anticommunisme. Parole légère s’il en est ! Oublie-t-on qu’entre août 1939 et juin 1941, Hitler et Staline sont alliés, un plan d’extermination des prêtres et des élites polonaises est à l’œuvre et des centaines de milliers de catholiques polonais assassinés. Pas de protestation mémorable non plus. Pourquoi ? Je ne sais.

On reproche assez à l’Eglise ses interdits, ses censures, ses condamnations souvent bruyantes et si impopulaires mais elles ne visent généralement que les siens avec le but et donc l’espoir de les réformer.

Rien de tel en la circonstance ; comme tous les papes, Pie XII croyait au diable et, de propos privés qu’il a tenus, il semble qu’il ait considéré Hitler comme un possédé. Nonce en Allemagne sous la République de Weimar (3), il ne se faisait en tous cas aucune illusion sur le personnage et savait mieux que quiconque l’abîme du mal auquel l’Europe était alors confrontée. Il savait que, face à la « Bête immonde », rien ne sert de chercher à l’attendrir, il faut en priorité limiter les dégâts en n’attisant pas sa fureur.

Rien à voir dans cette attitude avec le pétainisme un peu ballot des évêques français. Le célèbre regard immobile de Pie XII derrière ses lunettes rondes n’est pas celui d’un couard paralysé par la trouille, mais celui d’un homme totalement lucide sur l’ampleur de la catastrophe et pénétré de son immense responsabilité.

De fait, le vrai mystère de Pie XII n’est pas tant son comportement pendant la guerre que la lecture qui en est faite soixante ans après. Comment ce pape qui fit de son vivant l’objet d’éloges unanimes du monde juif (Ben Gourion, Golda Meir, Albert Einstein, Léo Kubowitski, secrétaire du Congrès juif mondial, le gand rabbin de Rome etc) et non juif, peut être aujourd’hui ainsi vilipendé ?

Le basculement s’est fait avec la pièce Le Vicaire (1963), œuvre littéraire et non historique due à un personnage douteux, proche des milieux négationnistes. Il coïncide surtout avec l’émergence de la génération d’après-guerre dont l’irresponsabilité en tant de domaines avait besoin d’un paravent idéologique : identifier, dans la ligne de l’Ecole de Francfort et au rebours du vécu des contemporains, nazisme et tradition en fut une des clefs de voûte.

Mais quelque archéologie qu’on en fasse (au sens de Michel Foucault), la lecture rétrospective du comportement de Pie XII n’en demeure pas moins un mystère. « Bienheureux êtes vous si l’on vous insulte, si l’on vous calomnie de toutes manières à cause de moi » . (Mt 5,11).
Ceux qui font de Pie XII un « bienheureux » ne sont peut-être pas ceux que l’on croit.

- Lire la suite...

_______________
1) Est-il nécessaire de dire que ces centaines de milliers de Juifs cachés dans les institutions catholiques ne l’étaient pas à l’insu du pape ou malgré lui ?
2) Le Point, 24/12/2009
3) C’est à cette époque qu’il fut photographié à la sortie d’une réception, des militaires allemands lui rendant les honneurs. Comme ils portent déjà l’uniforme des soldats nazis, l’usage pas toujours innocent de cette photo prête à confusion.

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