[ Pourquoi ne pas arracher l'ivraie ?
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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        Pourquoi ne pas arracher l’ivraie ?

Pourquoi ne pas arracher l’ivraie ?

Homélie du 16e dimanche du Temps Ordinaire (A)

Livre de la Sagesse 12,13.16-19
« Il n’y a pas de Dieu en dehors de toi, Seigneur, toi qui prends soin de toute chose, et montres ainsi que tes jugements ne sont pas injustes. »

Psaume 86(85),5-6.9ab.10.15-16ab
« Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié,
lent à la colère, plein d’amour et de vérité ! »


Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8,26-27
« Frères, l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. »

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13,24-43
« Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? Veux-tu que nous allions l’enlever ? »

- lire l’intégralité des textes de ce dimanche




Saurions-nous dire en vérité les paroles écrites par Salomon : « Tu prends soin de toute chose, et montres ainsi que tes jugements ne sont pas injustes. » ? Intellectuellement, peut-être... : “Si DIEU est DIEU, Il doit être juste” — Cela, Emmanuel Kant ne le démentirait pas — Moralement, sans doute... : “Respecter DIEU, c’est croire en sa justice !”. Mais charnellement ? Concrètement ? Dans mes tripes ? Vous savez, juste au moment où, précisément, je vis une situation injuste. De ces situation qui nous empêchent de dormir ; nous contrarient ; nous révoltent ; qui bouleversent peut-être notre vie. Dans le fond : “DIEU est-Il juste de nous laisser subir une situation injuste ?”

Certains d’entre nous auront peut-être le réflexe d’aller prier. “Seigneur, délivre-moi ! Libère-moi ! Tiens : je mets un cierge à la sainte Mère de DIEU, et après, Tu rétablis la situation... en ma faveur !” Certes. Et en général, il ne se passe rien... Silence de DIEU... D’où re-contrariété ; re-révolte, contre la situation, mais aussi contre DIEU qui n’agit pas ! “Ce ne sont que des affaires de bonnes-femmes !”, comme ils disent, les “mecs”, les “vrais”.

Alors je décide de prendre moi-même les affaires en main : “Puisque DIEU n’enlève pas l’ivraie, moi, je vais m’en charger !” Certes. Que cherche-t-on par là ? À se faire justice, évidemment. La justice est le socle du sens de toute vie. Ma vie n’a du sens que si elle est juste, du moins selon mon point de vue. Mais le problème est le suivant : ce que je considère comme juste l’est-il pour l’autre ? C’est ce que Emmanuel Kant appelait : "l’Impératif Catégorique" qu’on formule souvent ainsi : “Agis seulement lorsque tu peux vouloir en même temps que ton action devienne une loi universelle.” Si tu discernes cela, alors non seulement tu peux agir, mais du dois agir : l’action s’impose en tant que catégorie, c’est-à-dire en tant que concept fondamental de l’intellect qui préside l’action. De sorte que l’homme ne se découvre pas tant comme fait pour le bonheur que comme un être dont toute la dignité est contenue dans son agir moral. Le jour où Emmanuel Kant a élaboré cette maxime, il a ouvert la porte à toutes les idéologies. Car qu’il s’agisse de Marx ou de Hitler, l’un comme l’autre ont précisément agi de telle sorte que leur intention devienne universelle... L’un, dans le champ économique, voyant les bourgeois comme de l’ivraie ; l’autre, dans le champ de la race humaine supérieure, voyant l’ivraie dans les Juifs — pour commencer... Et tous deux pourraient vous dire qu’ils ont agi selon la justice, le droit et la morale...

Alors que Jésus pose un autre principe à l’action : le bien commun. Est-il juste que, pour retirer l’ivraie, je prenne le risque d’arracher le bon grain ? "On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs", comme on dit en parlant des "dommages collatéraux"... On essaie alors de "limiter la casse", mais c’est à peu près la seule règle de prudence qu’on soit capable de se donner pour garder bonne conscience. Et chaque fois que le politique a trouvé que ce principe n’étais pas assez efficace, il a pris sur lui d’agir "au nom de DIEU" — bien évidemment —, toujours en prenant les armes.

Or les saints, eux, ont fait le choix inverse : celui de suivre Jésus et de lui obéir. Ils ont rencontré l’injustice et l’ont combattue, non en allant arracher l’ivraie, mais en allant dégager les épis, un par un. Conscients qu’ils étaient qu’on est toujours l’ivraie de quelqu’un d’autre. Leur seule arme était celle des prophètes : la parole, par laquelle ils exhortaient ou consolaient, selon les situations. Souvent, prendre soin de l’épis consistait pour eux à abandonner leur bien propre, à livrer leur vie à l’image du Maître. Ils n’avaient pas besoin de biens matériels, parce leur trésor était le Christ. Ils ne priaient pas en disant : “Seigneur, fais quelque chose !”, mais en invoquant l’Esprit pour qu’Il leur inspire de “faire la volonté de DIEU”, eux-mêmes, et pas “les autres”. Et s’ils avaient un bien matériel auquel ils tenaient, c’était la Bible et les Évangiles, toujours sur la table de la salle à manger. J’ai connu de ces hommes que, le matin, les enfants trouvaient non pas seulement en train de lire "Prions en Eglise" ou le "Magnificat", mais la Bible. Conscients qu’ils étaient que, s’ils avaient quelque chose à transmettre à leur progéniture, ce serait d’abord de savoir s’imprégner des mots de la Parole de DIEU ; de la mémoire dont DIEU sauvait ceux qui Lui obéissaient pour s’inscrire dans une histoire de Salut. La seule histoire qui soit "universelle".

De l’ivraie, ils en voyaient partout autour d’eux. Mais ils ne se révoltaient pas : ils vivaient d’une lumière intérieure qui leur faisait prendre soin du bon grain. Ils ne visaient pas à s’occuper de tout le champ : ce n’était pas leur mission. Ils allaient là où le Seigneur les envoyaient, et en tout cherchait l’excellence de leur action. Ils ne dénonçaient pas tant avec de grands discours : ils parlaient d’autant plus avec ce que l’Esprit leur inspiraient qu’ils connaissaient les mots de l’Esprit qu’ils lisaient dans la Bible. L’Esprit Saint ne passe pas ailleurs que par la Torah, les Psaumes, les Évangiles.

Faites-en l’expérience : plus je m’imprègne de ces livres, et plus l’Esprit m’éclaire. Je peux alors aider mes frères, les reprendre parfois, les faire grandir toujours. Dans les plus graves moments de l’histoire, ces saints, hommes et femmes, n’ont pas tant cherché à dénoncer l’injustice par de grands discours qu’à soutenir leur prochain ; parfois même soigner leurs ennemis lorsqu’ils étaient blessés ; au nom du Christ qui leur permettaient plus souvent de reconnaître le bon grain là où tout semblait désigner l’ivraie.

Aujourd’hui, Jésus voit en nous le bon grain. Et il se présente comme le pain vivant, issu des grains moulus, écrasés, dont on fait la farine pour la transformer en nourriture qui donne la vie. Et Il veut qu’avant que nous nous mettions à dénoncer ce que nous croyons être de l’ivraie, nous devenions nous-mêmes du grain qui nourrisse, en son Nom. Le premier, Jésus nous a devancé pour nous ouvrir la route de la Vie. C’est le sens de notre communion, chaque dimanche. C’et le sens de notre communion, aujourd’hui. Aujourd’hui d’abord, et demain ensuite, si DIEU nous prête vie, pour donner la Vie.

Avec mon affection fraternelle,

Père Alain.


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