[ Qu'est-ce que le prêtre ? (II)
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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      Qu’est-ce que le prêtre ? (II)

Qu’est-ce que le prêtre ? (II)

Le prêtre est l’homme du Vendredi Saint et du matin de Pâques. Il est un homme consacré à Dieu et à l’Église.

Homélie de Mgr Rey, 29 juin 2008 (suite et fin)



L’HOMME DU VENDREDI SAINT

Le prêtre est aussi l’homme du Vendredi Saint
Il rend présent sur l’autel le sacrifice du Christ à chaque eucharistie. Être ordonné prêtre (ou diacre), c’est embrasser la Croix du Christ. C’est ce que souligne le rite du baiser de l’autel. La sainteté du prêtre (ou du diacre) le convoque au Calvaire. Il trouve « sa fierté dans la Croix de Notre Seigneur Jésus Christ » (Galates 6,14) jusqu’à « achever dans son corps ce qui manque aux épreuves du Christ » (Colossiens 1,24)

* *
Lorsque Jésus vient, c’est toujours avec sa croix

Oui, quand Jésus vient dans la vie de quelqu’un, il n’arrive pas les mains vides. Il n’arrive pas sans emporter sa Croix. Ce qui faisait dire à Thérèse d’Avila : "Seigneur, je comprends que vous ayez si peu d’amis, avec le sort que vous leur réservez".

Nous rêvons souvent d’un christianisme sans nuage, sans crise, sans croix (en tout cas, qui les ferait disparaître), comme cet enfant dont j’entendis un jour la prière : « Seigneur, je voudrais te suivre jusqu’au bout, jusqu’au martyre…mais sans les clous ! »
N’oublions pas que nous sommes les disciples d’un maître crucifié ! « Je n’ai rien voulu, sinon Jésus, et Jésus crucifié » (1 Corinthiens 2,1) confiera l’apôtre Paul pour résumer son attachement au Christ. Ne rêvons pas d’un christianisme amidonné ! Notre tentation, comme Pierre au cours de la Passion, est de refuser la Croix, de vouloir nous sauver autrement que par elle.

* *
Une vie de combats

Toute vie sacerdotale, toute vie chrétienne, parce que c’est une vie donnée, nous plonge dans un combat qui est en réalité celui du Christ dans sa Passion : « Fixée en un point unique, la Croix rayonne dans toutes les directions » (Grégoire de Nysse).

D’où un combat avec soi-même. Tout prêtre (tout diacre) subit les tentations de tout baptisé. Toute vie chrétienne porte l’exigence interne d’une conversion, que l’apôtre Paul définit en ces termes : « Je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ! »

D’où un combat dans le ministère, alors que tant d’hommes et de femmes, de jeunes, jettent un regard de suspicion, d’indifférence, parfois de mépris sur l’intérêt de notre apostolat (« Vous êtes députés aux choses sans importance », me répondait récemment le père d’un enfant confirmé).

D’où les combats, en raison de nos choix de vie, en particulier le célibat ou le non exercice d’une vie professionnelle alors que nous nous trouvons placés dans un contexte érotisé et hédoniste, avec la marchandisation croissante des relations humaines.

D’où les combats, parce que notre ministère nous positionne délibérément sur les lieux de crise et de fracture humaine, lorsque l’impasse en laquelle se trouve placé nos contemporains, les ouvre paradoxalement à la question de Dieu.

* *
Le disciple bien-aimé : une figure sacerdotale.

Au pied de la Croix, se trouvait le disciple bien aimé. Il s’était penché sur la poitrine du Maître au soir de la trahison. Le disciple bien aimé est une figure sacerdotale.
Il recueille au cours de la Passion du Christ, le témoignage d’une vie nouvelle qui jaillit du côté transpercé. Il nous fait comprendre la fécondité de tout sacrifice accompli dans l’amour, de toute vie offerte à la suite du Christ.
C’est sans doute en le contemplant, que le saint curé d’Ars définissait le sacerdoce : « le sacerdoce, écrivait-il, c’est l’amour du cœur de Jésus ».

J’ai fêté il y a peu, les 70 ans d’anniversaire de la profession religieuse d’un prêtre du diocèse, aujourd’hui âgé de 90 ans ! Il me raconta sa vie :
« Fruit d’une union illégitime, j’ai été abandonné dès avant ma naissance par mon père qui voulait sauver sa réputation ! Totalement démunis, nous n’avions ma mère et moi, qu’une institution de bienfaisance qui nous recueillait le jour. La nuit, nous couchions sur un banc, toujours le même, près d’un réverbère. Ma distraction était, à la nuit tombante, de voir l’allumeur de réverbères nous offrir la lumière. Le réverbère était mon ami. Dans mon cœur d’enfant, j’avais 5 ans, il était pour moi, une présence protectrice. Ce réverbère avait une âme de père. Après le décès prématuré de ma mère, recueilli chez les Franciscains, je suivis la même route que ceux qui avaient apporté un sens à ma vie. »
Le P. Joseph termine ainsi son témoignage : « À 90 ans, aujourd’hui, j’exulte de joie en proclamant que je pardonne à mon père, alors que je partais dans la vie comme un homme détruit. Au terme de ma vie, je tiens à proclamer qu’il y a un "pic" que l’on peut atteindre à cause du Christ. Ce "pic", c’est le pardon. La miséricorde, c’est le message de la Croix. "Père, pardonne-leur". A partir de ce pic, la force du pardon, c’est ce qui nous permet de rebondir et de jeter un regard de vérité sur soi-même et sur le monde. »


L’HOMME DU MATIN DE PÂQUE

Le prêtre est surtout le témoin du matin de Pâques.
Sa mission est de célébrer la Résurrection du Seigneur (le jour du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne), et d’en donner les signes sacramentels :
- le signe efficace de la transformation par le baptême, d’une existence périssable à une vie filiale ;
- par la confirmation d’une vie vécue pour soi à une vie vécue pour les autres ;
- par l’eucharistie à une existence où l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, se donne en nourriture.

L’ordination est le sacrement qui rend possible tous les autres.

Le prêtre (le diacre) signifie ainsi l’actualité de la grâce. La Pâque du Seigneur ne se situe plus dans le passé, le rachat n’est pas à attendre dans un avenir incertain.
Le salut de Dieu, c’est pour aujourd’hui. Il nous est contemporain. « Il est là » disait en tenant l’hostie saint Jean-Marie Vianney.

Les paroles consécratoires que le prêtre prononce, au nom du Christ, à chaque messe : « Ceci est mon corps ; Ceci est mon sang » au nom du Christ, offrent bien la preuve de la présence réelle du Ressuscité.


UN HOMME CONSACRÉ À DIEU ET À L’ÉGLISE

Mais ces paroles « Ceci est mon corps. Ceci est mon sang » ne demeurent pas extérieures au prêtre. Elles expriment également que le ministre ordonné engage toute son existence (son propre corps, son propre sang) par cette consécration qu’il prononce.

Son existence entière est consacrée : son corps appartient au Christ, ce qui justifie son célibat ; son sang appartient au Christ, ce qui légitime tous ses efforts.

Le prêtre (le diacre) appartient à l’Eglise. Il vous appartient.

À partir du Ressuscité, l’humanité entre progressivement en Dieu. Elle arrive à un port. Le prêtre est celui qui le fait rentrer.

Le prêtre (le diacre) porte au nom de tous, l’espérance de cette ascension vers le Père. Chaque eucharistie en offre le gage.

* *

Chers ordinands, en ce jour, le Seigneur vous a investis de sa beauté. De la beauté inaltérable du mystère pascal. Cette beauté est à la démesure de son amour infini, dont vous devenez les serviteurs et les ministres, intendants fidèles et zélés, pour enseigner le peuple chrétien, le sanctifier, le guider à la suite du Bon Pasteur.

Chers amis, ces nouveaux prêtres et diacres, en ce jour, le Seigneur les confie à votre prière. Vous êtes leur famille. Aidez-les à croire en leur ministère. Demandez-leur de vous donner le Christ. C’est le meilleur qu’ils puissent vous transmettre.

+ Dominique Rey, 29 juin 2008.


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