[ Quand l'appel donne la vie, l'absence d'appel donne la mort
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
http://saintsymphorien.net/Quand-retentit-un-appel
        Quand l’appel donne la vie, l’absence d’appel donne la mort

Quand l’appel donne la vie, l’absence d’appel donne la mort

Homélie du 2e dimanche du Temps Ordinaire (Année B)

Livre de Samuel 3,3b-10.19
« Le Seigneur appela Samuel. »

Psaume 40(39),2ab.4ab.7-8a.8b-9.10cd.11cd
« D’un grand espoir j’espérais le Seigneur :
Il s’est penché vers moi. »


Lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 6,13c-15a.17-20
« Celui qui s’unit au Seigneur ne fait avec lui qu’un seul esprit. »

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 1,35-42
« Venez, et vous verrez. »

- lire l’intégralité des textes de ce dimanche




J’aime assez pour ma part le scénario que nous présente l’évangile de Jean à propos de l’appel des disciples. Dans les autres évangiles, Jésus va vers quelques pécheurs en train de travailler et les appelle à sa suite. Ici, c’est différent. Jean-Baptiste suscite un étonnement, un questionnement : « Voici l’Agneau de DIEU ! » Et c’est ce questionnement qui met en route les disciples.

Nous touchons là le sommet de la pédagogie biblique. Le maître n’est pas là pour apprendre scolairement, mais pour susciter les bonnes questions qui vont éveiller l’attention du disciple et le mettre en recherche. C’est très profond ! Normalement, c’est exactement ce qui devrait constituer le cœur même de l’éducation de nos enfants en famille. L’enfant ne cesse de s’étonner, et donc il pose des questions. C’est le moment le meilleur pour commencer son éducation. Malheureux enfants dont les parents ne saisissent pas au vol leurs questions pour les mettre en marche en leur donnant, en substance, la réponse de Jésus : « Viens et vois ! ». Car poser une question, c’est le signe même du désir de vivre, de partir dans la vie comme on part à l’aventure ! « C’est quoi ? Pourquoi ci, pourquoi ça ? Tu vas où ? » Malheureux enfants aux questions desquelles nul ne répond, car de tels enfants ne sauront où aller. Ils seront en errance, jusqu’au jour où n’importe qui / n’importe quoi les appellera, et donnera un sens à leur vie, même meurtrier.

Que croyez-vous en effet que fut la vie de ces deux soldats meurtriers du 11 janvier dernier ? « Ils n’ont posé aucun problème auparavant », disent leurs animateurs. Eh oui : ils ne posaient aucun problème ; ils ne posaient aucune question, puisque personne n’était là pour leur dire : « Venez et voyez ! » Jusqu’au jour où, dans un quartier, ou sur Internet, ils entendent plus ou moins confusément cette phrase, et comme par hasard, c’est en sa direction qu’ils se mettent en marche. Et cette voix va faire d’eux des soldats zélés et armés de DIEU. Et quand ils voient des revues dont les dessins crachent à la figure de cet appel — qui constitue leur seule planche de survie —, au nom de la “liberté d’expression” devenue la licence d’insulter des hommes et des femmes qui n’auront jamais aucun moyen de se défendre, comment croyez-vous que ces jeunes vont réagir ?

Avons-nous appris la leçon ? Ok, on est descendu dans la rue pour dire qu’on était — ou non — Charlie. Et alors ? Et maintenant ? On leur tape sur les doigts au nom des valeurs, et alors ? Qui leur dit : « Venez et vous verrez » ? Qui parle à tous ces jeunes qui, en fait, regrettent que ce ne soit pas eux qui aient commis l’attentat, parce que là, au moins, leur vie aurait pris un sens ?

Et nous ? Regardons-nous bien : tout ce qui le plus violent en nous trouve là sa racine : l’absence de quelqu’un à suivre. L’absence d’un Maître, et d’un Maître de vie. On formate les cerveaux en oubliant la phrase pourtant célèbre de Montaigne : « Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine. » Or une tête bien faite est une tête qui ne sait pas nécessairement tout, mais qui ont eu cette chance, cette grâce, un jour, de pouvoir arrimer leur savoir à une figure qui restera ancrée en eux, et les préservera de toute violence. Pas pour en faire des guimauves, mais pour canaliser l’énergie qui les habite de sorte qu’elle devienne une énergie de vie, et non une énergie de mort.

C’est pour cela que les valeurs anonymes, moralisatrices, ne suffiront jamais. Tant que je n’ai pas un exemple incarné, une figure de Maître à suivre, toutes les valeurs ne serviront à rien. Pire : elles serviront à légitimer les actions les plus meurtrières ! Car n’en doutons pas une seconde : nos deux meurtriers ont précisément agi au nom de leurs valeurs ! Et ils ont rendu hommage aux figures qui les portaient, aux Maîtres qui les ont appelés, fussent-ils des Maîtres de perversité — du point de vue de nos valeurs —qui portent eux-même les armes.

Alors comment répondre ? D’abord en écoutant attentivement les questions de nos propres enfants. Et plutôt que de les renvoyer à des techniques anonymes de commerce ou de bien-être ; au lieu de leur donner des lois que bafouent ceux-là même qui les édictent au moment où ils les édictent... Plutôt donc de leur dire : « Fais ceci, fais cela », apprendre par cœur — par le cœur — cette réponse exemplaire du Christ Jésus : « Viens et voie ! », et marcher avec ceux qui nous sont confiés. Devenir nous-mêmes, à notre niveau, des Maîtres de Lumière, au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit. Tous ceux qui sont revenus de leur violence — là bien sûr où il n’y a pas à la base une difficulté psychologique, qui pose alors d’autre problèmes — n’en sont revenus que parce qu’un jour, ils ont rencontrés... un Maître. Et nous pouvons tous être des Maîtres. Tim Guénard s’est converti en rencontrant un Maître, un soir, qui étaient une personne souffrant de handicap. Jean Vanier, idem. Mère Teresa, idem. Saint Vincent de Paul, idem. Et lorsque Jésus se présentera au sommet de son art, ce sera sur la Croix. Et pour nous, c’est aujourd’hui dans l’Eucharistie.

Si en effet l’Eucharistie n’est que le symbole de nos valeurs, alors nous sommes les plus à plaindre des hommes, parce que nous sommes vides ! Si, au contraire, l’Eucharistie est vraiment le Verbe incarné, DIEU fait chair pour venir nous chercher et nous appeler dans notre chair à le suivre, alors nous sommes les plus comblés de tous les hommes. Mais c’est pour que nous devenions des Maîtres à notre tour ; pour que nous appelions à notre tour. C’est ce qu’on appelle « évangéliser » : annoncer cette fameuse « Bonne Nouvelle » comme un appel à suivre le Christ jusque dans la Résurrection, mais suivre le Christ qui passe par nous ; qui nous envoie avec la mission de devenir ces Maîtres dont l’appel offrira à nos frères et sœurs de convertir leur énergie de mort en énergie de vie. C’est cela le travail de la grâce. Ce n’est aucunement un mérite : c’est une grâce qui demande la foi, qui se traduit dans l’amour pour ouvrir au monde une espérance qu’il ne cesse d’appeler. À nous de lui répondre. Et nous savons comment, par le Christ, notre Maître.

Avec mon affection fraternelle,

Père Alain


En savoir plus

i

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Dans l'Eglise

Diocèse d'Autun

Pastorale du Tourisme du diocèse d'Autun

RCF Parabole

Eglise de France

Nouvelles du Vatican

Suivre le Pape François avec L'Osservatore Romano

Zenit, le monde de Rome


(|non)]