[ Seigneur, apprends-nous à prier
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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Seigneur, apprends-nous à prier

Homélie du 17e dimanche ordinaire de l’année C (25 juillet 2010)

(illustration : Rembrandt, Loth et sa famille sont emmenés par l’ange hors de Sodome, dessin à la plume)

• Livre de la Genèse 18,20-32
« Si je trouve dix justes dans Sodome, à cause d’eux je pardonnerai à toute la ville. »

• Psaume 138(137),1-2.3.6.7-8
« tu as entendu les paroles de ma bouche. »

• Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 2,12-14
« Dieu vous a donné la vie avec le Christ : Il nous a pardonné tous nos péchés. »

• Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 11,1-13
« Celui qui demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et pour celui qui frappe, la porte s’ouvre ! »

- lire l’intégralité des textes de ce jour



Si je trouve cinquante justes dans Sodome,
à cause d’eux je pardonnerai à toute la ville

Curieux passage où l’on a l’impression qu’Abraham est plus miséricordieux que DIEU... Voir DIEU en colère jusqu’à détruire une ville rejoint inconsciemment l’idée que nous avons de Lui : un DIEU "juste" qui punit quand on ne fait pas le bien. Sauf que...

Sauf que l’adage bien connu : « Trop de justice tue la justice » pourrait ici nous alerter. Si DIEU est vraiment la “Justice absolue”, souveraine, alors il pourrait bien être aussi l’“Injustice absolue” ! Est-ce pour cela qu’il a besoin du “secours” d’Abraham ? Abraham, en d’autres termes, serait-il plus “juste” que DIEU ? Quel étrange renversement des choses. Et où est le Bon DIEU dans cette affaire ? Vraiment : quelle image de DIEU notre imaginaire véhicule-t-il en nous ? Ce passage de l’Écriture est là pour provoquer en nous une conversion du regard.

D’une part, posons-nous la question : DIEU avait-il besoin de demander à Abraham son avis s’Il avait réellement l’intention de détruire Sodome ?

Si DIEU vient voir Abraham, c’est qu’il y a une raison : Abraham va apprendre que sa prière compte aux yeux de DIEU. Que DIEU ne veut pas conduire l’histoire d’Abraham sans Abraham ; DIEU ne veut pas conduire l’histoire des hommes sans les hommes. C’est révolutionnaire ! Et les fils d’Abraham le comprendront très bien : c’est là la source de leur empressement à prier DIEU, non seulement seul, mais en communauté. C’est aussi le sens du “marchandage” d’Abraham avec DIEU.

En effet, qui sauvera Sodome ? Les justes qui s’y trouveront. D’où la question : combien de justes sont-ils nécessaires pour sauver Sodome ? 50 ? 40 ? 30 ? 10 ? On n’ira pas en dessous de 10, car ce chiffre est le symbole de l’agir humain (nos mains ont 10 doigts pour agir). 10 justes, donc, par leur prière et leur droiture, sauveront par leur sagesse la vie de tous leurs congénères.

Quelle leçon !
Cela veut dire que DIEU n’attend pas que tout le genre humain se convertisse pour sauver le monde, mais quelques justes suffisent. Quelques épis de blé au milieu d’un champ d’ivraie... et le champ ne sera pas arraché, de peur d’arracher le blé... Et par Abraham, nous apprenons que DIEU attend de ces justes qu’ils intercèdent pour leurs frères, car Il entend les paroles qui sortent de leur bouche. C’est ce que chantera le Psaume d’aujourd’hui. En vérité, le juste peut exulter en pensant à la miséricorde à laquelle DIEU veut l’associer pour sauver les hommes au fil des générations :«  Le Seigneur fait tout pour moi ! Seigneur, éternel est ton amour : n’arrête pas l’œuvre de tes mains. »

Reste à présent la question : comment le Chrétien prolonge-t-il la vocation d’Abraham ?

* *
Dieu vous a donné la vie avec le Christ :
Il nous a pardonné tous nos péchés

Avec le Christ, nous n’avons même plus 10 justes, mais un seul. Nous passons symboliquement du chiffre 10, chiffre de l’agir humain, au chiffre 1 : le chiffre de DIEU. Nous ne sommes pas sauvés par 10 justes qui intercèdent pour nous, mais par UN SEUL qui livre sa vie pour nous : DIEU Lui-même...

Car nous sommes les habitants de Sodome ! Trop facile de les regarder de loin en disant : « Ouh les méchants ! » Le monde nous pousse à dire : « C’est pas moi, c’est l’autre ! », mais un chrétien, lui, est invité à reconnaître que « Ce n’est pas l’autre, c’est moi, d’abord ! ». Non qu’il faille se considérer coupable de toute la misère du monde, mais le Christ nous a fait entrer dans le mystère du cœur de l’homme, de tout homme. Lorsqu’un homme commet une faute, il me rappelle que moi-même, je porte le même poids que lui, et que son salut commencera avec ma conversion personnelle, d’abord.

Les chrétiens ne parlent pas seulement de faute, mais de péché (quoi que pecco en latin signifie commettre une faute). Le péché n’est pas d’abord la faute légale, mais le détournement du projet de DIEU sur nous et en nous. Le péché est une désobéissance au commandement de DIEU qu’on pourrait résumer en cette paraphrase : « Croissez et humanisez-vous ! », de sorte que je puisse diviniser, inscrire dans l’éternité chaque histoire humaine.

Reste que pour s’humaniser, il ne faut pas se voiler le regard : nous sommes pécheurs, et ce n’est pas en le cachant que nous en seront victorieux. C’est en tenant la main de Jésus, en le laissant poser sur nous son regard de bienveillance. Non pas un regard naïf, mais un regard qui se porte à une telle profondeur de notre vie qu’Il y décèle toujours ce que nous même ne parvenons plus à déceler : la lumière de la vie, parfois comme une faible mèche, mais toujours présente. Et c’est de cette flamme, si ténue soit-elle, qu’il peut rallumer l’incendie qui nous fera nous relever : cela s’appelle le pardon. Il peut d’autant le faire en vérité qu’il est la première victime de notre péché : c’est le Christ que nous rejetons, que nous mettons aux oubliettes, que nous invectivons, que nous mettons en croix. Suite de quoi nous nous retrouvons bien seuls à l’intérieur de nous-mêmes, ne croyant même plus qu’une flamme puisse subsister en nous. Mais Lui, Jésus, notre première victime, se relève de la mort pour repartir à la recherche de cette lumière perdue au tréfonds de nous. Voilà le JUSTE par excellence, qui nous donne à notre tour d’être des justes comme Lui, Jésus, est le JUSTE. Saint Paul dira que nous sommes ainsi justifié par le Christ. Rendus justes. On voit bien que ce n’est pas là un privilège, mais une véritable conversion, un changement de vie, une illumination, un choix, une volonté de vivre à la lumière de la liberté divine.

Ainsi, nous sommes de vrais fils d’Abraham : le juste selon DIEU, qui se sait pécheur et pardonné en Christ, est capable de communier aux souffrances du monde, de ses frères, et de les porter par la prière. Non seulement de les porter, mais encore d’intercéder pour eux, et pour lui, car il sait que sans la prière, si nous ne prions pas, si nous n’intercédons pas, il y a des choses dans le monde qui ne se passeront pas, tant il est vrai que DIEU ne veut pas faire l’histoire sans nous. DIEU nous prend au sérieux. Trop souvent, nous ne prenons pas assez notre vie spirituelle au sérieux. C’est là toute notre tristesse.

* *
Celui qui demande reçoit ;
celui qui cherche trouve ;
et pour celui qui frappe, la porte s’ouvre

Alors, « Seigneur, apprends-nous à prier ! » Et voilà que Jésus nous dit : commencez par vous tourner vers le Père. Demandez-Lui que sa volonté soit faite : sa volonté, c’est que s’accomplisse en nous notre vocation humaine pour pouvoir l’éterniser. Demandez-Lui de vous nourrir sur le chemin. Demandez-Lui d’écarter le Mal, c’est-à-dire le chaos de vos vie, tout ce qui confus, fumeux, et qui vous entraîne dans une spirale déshumanisante.

Si vous faites cela, comme des fils d’Abraham, comme saint Paul, DIEU entendra votre prière, votre intercession. Les premiers fruits s’accompliront en vous. Ils vous donneront le goût de venir encore vous nourrir, prendre des forces dans l’Eucharistie. Et le Père fera grandir en vous la vraie justice, celle qui apporte la joie et la paix, non pas tellement en soi, mais autour de soi.

* *
Un secret

Je me permets, au terme de cette homélie, de vous livrer un secret.

Souvent, on se dit que la messe le dimanche, si on la loupe, ce n’est pas bien grave. Pourquoi ? Parce que dans le fond, on en reste à la loi : « Il faut... ».

Eh bien : pour dépasser la loi et être heureux de participer activement à la messe dominicale où nous recevons la nourriture céleste pour le chemin de la justification, il suffit de venir à la messe en semaine. Peut-être pas tous les jours, mais au moins deux fois dans la semaine. Et là, vous allez commencer à vraiment aimer la liturgie. Parce qu’elle vous façonnera, vous apprivoisera, et vous fera goûter aux délices d’un compagnonnage de proximité avec le Père et le Fils, dans l’Esprit Saint.

Et si vous y ajouter une confession de temps en temps, pour que le Seigneur vous montre où est la lumière perdue de votre coeur, vous serez au top ! Non que vous soyez parfaits au sens humain du terme, mais vous saurez puiser l’énergie de marcher et de vous relever en DIEU qui est la source de toute vie, pour vous et pour tous ceux que prendra en charge votre intercession auprès du Seigneur.

Que le Seigneur nous bénisse, Lui qui entend notre intercession et nous apprend à prier. Lui qui nous a choisis pour faire de nous des justes selon son Cœur.

Avec toute mon affection.

+ Père Alain


1 réaction


1er octobre 2010 02:29, par françoise

cela fait plusieurs fois que je visite votre site et prie avec. J’ai bien aimé le commentaire sur prier C’est clair et cela aide ; Merci

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