[ Une royauté sans paternité est un despotisme ; une paternité sans royauté est une anarchie
Paroisse Saint-Symphorien-en-Côte-Chalonnaise
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Une royauté sans paternité est un despotisme ; une paternité sans royauté est une anarchie

•Livre de Malachie 1,14b.2,1-2b.8-10
« N’avons-nous pas tous un seul Père ? »

• Psaume 131(130),1.2.3
« Je tiens mon âme égale et silencieuse. »

• Lettre de saint Paul Apôtre
aux Thessaloniciens 2,7b-9.13
« Quand vous avez reçu de notre bouche
la Parole de Dieu,
vous l’avez accueillie. »

• Évangile de Jésus-Christ
selon saint Matthieu 22,34-40
« Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. »

- lire l’intégralité des textes de ce jour



N’avons-nous pas tous un seul Père ?


Malachie : Mon messager, mon ange. 
Il fut prophète entre 473 et 430 avant J.-C., donc après le retour d’Exil, pendant l’occupation de l’Empire Perse.

Cette question du prophète Malachie est une de ces formulations clefs dont la prédication prophétique a le secret. Que de chemin parcouru grâce aux prophètes ! Sans eux, disons-le clairement : l’accouchement de la Révélation n’eût pas été possible et la face du monde, comme pour le nez de Cléopâtre, en eût été changée [1] ! Si l’Histoire Sainte commence en effet par les Patriarches et fournit quelques figures clefs jusqu’à David, ce sont les prophètes qui prennent le relais jusqu’au retour d’Exil. Et ce sont eux qui font progresser l’intelligence du Mystère de l’Alliance révélée par le DIEU d’Abraham, Isaac et Jacob. Osée, le premier, est chargé de manifester cette Alliance à la lumière du Mariage [2]. Cette figure du DIEU Époux fut reprise par les grands prophètes [3] et avec Malachie, une seconde étape est signée : DIEU est le Père d’Israël [4] ? Ce sera au tour des Écrits de Sagesse d’insister sur cette relation singulière de DIEU à son peuple [5], selon une Paternité qui recevra sa lumière décisive à travers les Écrits du Nouveau Testament.

Car en définitive, une des différences essentielles entre l’Ancien et le Nouveau Testament demeure que, pour le premier, DIEU est d’abord Roi avant que d’être Père ; alors que pour le second, DIEU est d’abord Père avant que d’être Roi. Et le message de Malachie aujourd’hui nous fait faire une traversée-flash : De l’affirmation du Seigneur : « Je suis le Grand Roi ! », nous passons à la question essentielle : « N’avons-nous pas tous un seul Père ? ». Question à laquelle répondra définitivement la figure du Christ Jésus.

* *
Je tiens mon âme égale et silencieuse.


Le plus beau de cette histoire de la Révélation est que, de la même manière que pour la figure du DIEU Époux, la révélation du DIEU Père va rejaillir sur la compréhension de la véritable paternité humaine. Ni sur l’une, ni sur l’autre l’Antiquité n’a apporté de détermination claire.

La première détermination, et non des moindres, apportée par Malachie est ici d’associer Royauté et Paternité, de sorte que l’une et l’autre s’éclairent mutuellement. Une royauté sans paternité est un despotisme ; une paternité sans royauté est une anarchie [6].

Malheureusement, l’histoire humaine, faute d’avoir intégré cette loi essentielle, ne cesse de passer du despotisme à l’anarchie et de l’anarchie au despotisme. Les quelques grandes figures qui ont fait avancer l’histoire du monde sont celles qui ont su associer les deux, sans fausse honte ou scrupules mal placés. Tous les autres l’ont fait stagner, quand ils ne l’ont pas fait gravement reculer et plonger dans la barbarie la plus inhumaine.

Car l’exercice est difficile : il faut, pour le mener à bien, savoir tenir son âme égale et silencieuse véritablement, comme un petit enfant contre sa mère ! Car c’est la mère qui donne à chacun sa place, et qui assigne au père d’exercer, entre autres, son rôle royal, c’est-à-dire de Gardien de la Loi. Ici, disons-le, les chrétiens ont une grâce particulière : la Vierge, que Jésus nous a donnée pour Mère. En restant comme des enfants contre notre Mère, celle-ci nous montre son Fils qui a reçu de DIEU sa Royauté à travers laquelle se révèle la Paternité éternelle du DIEU de VIE.

Il n’est donc guère étonnant que dans un monde sans cesse hurlant et interminablement bavard, la paternité ait été perdue... Il faudrait, pour soutenir les familles, leur ouvrir des espaces de silence. Nos églises devraient être ici de véritables espaces de vie par le silence. Et nos communautés chrétiennes devraient, dans l’optique de cette mission de salut de la famille, veiller à ouvrir ces Temples du silence pour les offrir comme des sanctuaires pour le salut des âmes masculines, royales et paternelles.

* *
Quand vous avez reçu de notre bouche la Parole de Dieu,
vous l’avez accueillie


Quelle est cette Parole de DIEU ? Non pas une parole qui dise : “Fais ceci, fais cela...” ; non pas une somme de prescriptions ni un traité de casuistique [7], mais une Parole de VIE ; une Parole qui touche la VIE et s’adresse à la VIE. Une Parole qui engendre. Une Parole paternelle. Une Parole Royale, c’est-à-dire souveraine, au sens où, lorsqu’elle résonne, elle touche la profondeur du VRAI, du BEAU, et nous attire au-delà de nous-mêmes, sur un chemin de conversion profonde permise par l’accueil véritable de cette Parole. Une Parole qui ne s’enseigne pas mais se reçoit d’un Maître.

Ainsi en effet sont les Maîtres, indispensables à toute vie, qui ne sont pas enseignants. L’enseignant donne à apprendre quand le Maître donne à vivre. L’enseignant instruit quand le Maître engendre. L’enseignant expose quand le Maître rayonne. Écouter le Maître n’est pas comme écouter un cours. Il n’apprend pas des “notions”, mais fait respirer un air pur, où l’on se sent grandir, où l’on se voit remettre entre les mains cette VIE qui se livre, se donne à savourer et nous introduit dans son mystère. L’existence en est bouleversée, a besoin de se retirer en elle-même, dans le silence du sanctuaire intérieur où se trouve DIEU, nous attendant, tel Jésus sur la margelle du puits avec la Samaritaine. C’est ce bouleversement qui devient le signe de l’écoute véritable de la Parole de DIEU. C’est ce bouleversement qui fait de nous des Rois, parce qu’il nous allie au Père, Source de la vraie VIE. « J’ai trouvé prêt de toi le silence et la paix »...

* *
Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux

S’il y a plusieurs figures paternelles qui peuvent traverser une existence, il n’y a jamais en effet qu’un seul Père. Le Père est celui qui nous a engendrés à nous-mêmes, qui a été notre Maître et le reste pour toujours. Celui de qui nous recevons l’être et la vie, à qui nous sommes entièrement redevables, sans que cela ne soit jamais un déni de notre condition d’homme mais au contraire une illumination de la noblesse humaine.

En rigueur de terme, un tel Père, un tel Roi est unique au sens où Il est la Source de notre engendrement, la Source de notre VIE. DIEU, ici, est notre seul Père. Mais il n’empêche que, pour accéder à Lui, le Père a voulu que les hommes soient revêtus de la paternité, comme autant de relais qui n’attirent pas à eux, mais à DIEU. Le Roi a voulu que les hommes soient revêtus de la royauté, comme autant de relais qui ne soumettent personne à eux-mêmes, mais à DIEU.

Les ignorants pensent qu’ils ne doivent appeler personne, ni être eux-mêmes appelés du nom de “père” à cause de cette parole. C’est là subvertir la Parole de DIEU. Quand tu es appelé “père”, songe que c’est le Père en toi que touche celui qui t’appelle. Quand toi-même, tu hèles ton “père”, rappelle-toi qu’à travers lui, c’est le Père des cieux qui se donne, invisiblement, à contempler. La responsabilité est immense.

Et pour le dire franchement, ne peut être père que celui que son épouse reconnaît et adoube comme tel auprès de ses enfants. Le père n’exerce pas sa paternité, ni sa royauté, par simple prérogative de droit. Il reçoit sa paternité des mains de celle qui, écoutant elle-même la Parole de VIE, a reconnu sa mission de Gardienne de la Sagesse. La Sagesse appelle. C’est là son rôle et sa dignité. Elle appelle l’homme à la paternité et à la royauté qu’il reçoit de DIEU, seul Père et seul Roi au sens absolu, à jamais indissociables l’un de l’autre.

Alors, certaines vont me dire : “Et la femme, elle n’exerce pas de royauté ?” Si, mais en lien avec sa maternité, ce qui est tout différent. La maternité n’est pas en lien avec la Loi mais avec la Sagesse. C’est par la Sagesse que DIEU entre en relation avec le monde qu’Il crée par elle [8].

Quoi qu’il en soit : Oui, il n’y a qu’un seul DIEU qui est ROI, certes, mais en tant que PÈRE à qui nul ne peut se substituer. Mais l’homme est appelé, par la Sagesse, à recevoir l’appel à la paternité ; une paternité qui, pour être seconde, n’est en rien secondaire. Une paternité par participation, reflet de celle de DIEU, et qui renvoie l’homme à sa dignité royale qu’il tient tout autant de DIEU. Non point pour dominer à la manière des rois ignorants, mais pour soutenir la VIE dont DIEU est la Source absolue.

Que l’Eucharistie d’aujourd’hui nous donne de recevoir humblement et joyeusement ce grand mystère de notre dignité dont DIEU est la Source éternelle.

Avec mon affection fraternelle,

+ Père Alain.


Notes

[1Certes, il est question du nez de Cléopâtre dans Astérix et Cléopâtre, mais c’est surtout Pascal qui, avec beaucoup d’humour, a écrit cette célèbre phrase dans ses Pensées : « Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, la face du monde en eût été changée. »

[2Cf. Os 1 à 3

[3Cf. Is 50,1 ; 54,1-10 ; 61,10 ; 62,4-5 ; Jr 30,17 ; 31,32 ; Éz 16,1-63 ; etc.

[4Déjà, Isaïe et Jérémie l’avaient évoqué : Cf. Is 9,5 ; 63,16 ; 64,8 ; Jr 3,14.19 ; 31,9.

[5Cf. Ps 88,27 ; Pr 3,11 et sv ; Sg 2,16 ; 5,5 ; 11,10 ; 12,7 ; 14,3 ; Si 23,1.4 ; 51,14 ;

[6Anarchie, du grec arkhé, commandement précédé du a- privatif.

[7La casuistique est une forme d’argumentation utilisée en morale, en droit, en médecine et en psychologie qui consiste à résoudre, à la lumière des principes généraux et de la jurisprudence de cas similaires, des “cas”, c’est-à-dire des questions posées par des situations concrètes.

[8Cf. Pr 3,19 ; Sg 8,5-6 ; 9,2 ; 14,5 ; Jr 10,12 ; 51,15 ; Mais aussi : Pr 1,20 ; 7,4 ; 8,1.12 ; 9,1 ; 14,1 ; Sg 7,24 ; Sir 24,40. Ceci devrait suffire à aider les femmes à méditer sur leur dignité de Gardiennes de la Sagesse...

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