Homélie du 22 novembre 2020

Homélie pour le dimanche du Christ-Roi (Année A) 22/11/20
Père Jean-Michel Payeur

 

Frères et sœurs,
Je vous vois venir… dans le meilleur des cas vous avez juste été un peu surpris mais peut-être en qu’il y en a même qui ont été déçus !
On nous a dit que c’était la fête du Christ-Roi ; oui, c’est bien sympa tout ça, mais moi je m’attendais à entendre un conte de fée, de voir surgir un prince charmant chevauchant sur son fier destrier pour rejoindre sa promise aux vêtements luxueux dans son somptueux château, au son de la musique médiévale, autour de repas alléchants et pantagruéliques, et je me retrouve dans de verts pâturages avec un berger qui garde les moutons et les chèvres ! Y a de quoi être frustré ou déboussolé…
Reprenons nos esprits et voyons la portée de tout cela.
Je vous propose de m’attarder sur 3 enseignements que nous pouvons « cueillir » dans les textes de la Parole de Dieu d’aujourd’hui.
1) Le Christ-Roi… comme berger. 2) La gravité (le sérieux) de notre engagement au cours de notre vie terrestre. 3) Le retournement apporté par le Christ.

1) Le Christ-Roi, comme berger
C’est la fin de l’année liturgique, on aurait envie d’entendre peut-être des textes sur Jésus dans la Gloire du Ciel, triomphant, régnant dans la majesté sur son trône de feu, revêtu de ses ornements (comme sur le tympan de l’église d’Anzy-le-Duc), mais le livre d’Ezéchiel nous présente le Messie, nouveau David, comme un berger faisant paître son troupeau…
Au-delà de l’aspect bucolique sous lequel peut nous apparaître ce passage, nous sommes invités à en découvrir et à en retenir le sens spirituel et la présentation qu’il nous donne du visage de Dieu.
Les verbes sont importants : Dieu va rechercher ses brebis (on peut faire le parallèle avec la parabole de la brebis perdue ou l’histoire de Zachée) ; Dieu veille sur elles. « J’irai les délivrer. Je les rassemblerai. Je les ferai reposer » (on peut se rappeler la phrase de Jésus : « Venez à moi… je vous procurerai le repos »). « Je ramènerai la brebis perdue. Je soignerai celle qui est blessée ; je donnerai des forces à celle qui est faible » (on peut faire le lien avec cet autre passage dans Is 40, 29-31). « Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai » : vous voyez qu’on pense même à tous les cas de figure !

Nous contemplons le portrait du Christ bon Pasteur… et derrière chaque phrase nous pouvons mettre en correspondance un passage de la vie de Jésus ; chaque verbe, chaque action, attitude, sentiment décrit ne peut manquer de nous faire penser à l’un ou l’autre passage de l’Evangile qui nous est familier…
D’ailleurs, Jésus le dira lui-même : « Je suis le bon berger ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. Je donne ma vie pour mes brebis, jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main ».

Quelle figure du roi nous est présentée ?
Pas un dictateur, dominateur ; pas un règne despotique… Ce roi ne cherche pas son intérêt !
C’est un vrai roi… car il veille, il prend soin, il nourrit, il rassure ; il assure la sécurité, il protège, préserve du danger, du mal, de l’égarement. Il refait les forces, rassasie. (Cf. le Psaume du jour).

2) La gravité (le sérieux) de notre engagement terrestre
Oui, mais vous allez me dire : « c’est bien beau tout ça, mais dans l’Évangile d’aujourd’hui, le Pasteur, il n’est pas tendre et il n’y va pas avec délicatesse ; on est au tribunal et ça barde ! »
J’en arrive alors au 2ème enseignement que nous pouvons tirer des textes de ce dimanche : la gravité (le sérieux) de notre engagement terrestre.
J’appellerai cela, pour que vous reteniez mieux, la « gravité terrestre ».

C’est vrai que les paroles fortes et exigeantes de l’Évangile que nous avons entendues nous ont peut-être choqués ou remués. Jésus nous parle du jugement dernier. Dieu serait-il un vengeur impitoyable ?
Jésus ne veut pas nous faire peur, nous désespérer ou nous décourager. Mais Il nous montre l’importance, la richesse de notre vie sur terre. Créés à l’image de Dieu, nous avons une liberté, c’est le propre de notre dignité humaine. Nous sommes capables de faire des choix, de décider, d’aimer. Jésus nous replace devant l’importance de notre existence sur terre et des actes que nous posons. St Jean de la Croix l’exprimait ainsi : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour ». Notre vie sur cette terre est une étape, une préparation avant la vie du Royaume, mais une étape décisive, à ne pas manquer.
Et ce qui donne du poids – voilà la « gravité terrestre – à notre vie (ce qui restera, ne disparaîtra pas), c’est la charité, ou autrement dit l’amour vécu en vérité, de façon concrète, active, dans un service désintéressé des autres, en particulier des petits et des plus pauvres. [En peut faire le jeu du « Véritomètre » en reprenant l’hymne à la charité de St Paul : 1 Co 13, 4-7].
Alors, peut-être que cela peut nous faire peur ; on se dit : « Mais moi je ne fais pas tout ça ! ». Il n’est pas trop tard ; Dieu nous donnera sa force, son Esprit Saint pour aimer comme Lui. Et puis, Il nous demande surtout notre désir, notre confiance en Lui, notre bonne volonté et Lui fait le reste.
Car sinon, il peut y avoir le risque d’une culpabilisation paralysante… Comment savoir si je suis « du bon côté » ? est-ce que je peux être sûr que « j’en fais assez » ? Ce n’est jamais possible…
Et ce ne sont pas mes actes qui me justifient et me sauvent mais la Miséricorde de Dieu. (Le danger serait de retomber dans le Jansénisme).
Je vous propose deux petites citations consolantes de deux saintes françaises :
–       Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus dans son acte d’offrande à l’Amour miséricordieux : « Au soir de cette vie, je paraîtrai devant Vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. Je veux donc me revêtir de votre propre Justice et recevoir de votre Amour la possession éternelle de Vous-même ».
–       Sainte Marguerite-Marie, dont nous célébrons cette année le centenaire de la canonisation, ne veut pas que les âmes aillent en enfer ; c’est pourquoi elle s’offre pour elles, elle fait des sacrifices pour leur salut. Mais parfois ce sont des pécheurs impénitents, et ceci nous donne la scène suivante : « Et Marguerite-Marie l’embrassant encore plus fortement : ‘‘ Non, mon Seigneur, je ne vous quitterai point que vous ne leur ayez pardonné ’’. Et Il me disait : ‘‘ Je le veux bien, si tu peux répondre pour eux ’’. ‘‘ Oui, mon Dieu, mais je ne vous paierai toujours qu’avec vos propres biens, qui sont les trésors de votre sacré Cœur ’’ ».

3) Le retournement apporté par le Christ
Cela m’amène au 3ème enseignement que nous pouvons tirer de nos textes et en particulier de l’Evangile du jour : le retournement apporté par le Christ.
Si l’on peut lire l’Évangile en insistant sur l’aspect de jugement qui est décrit, on peut aussi l’aborder en insistant sur l’aspect de Jésus qui s’identifie aux plus pauvres et aux plus petits ; ou autrement dit, on pourrait lire ainsi notre passage : « moi le roi Jésus, je suis… celui qui a soif, … celui qui a faim, … l’étranger, … celui qui est nu (humilié), … le malade, … le prisonnier. Dans toutes ces souffrances, ces misères, ces situations misérables, de rejet, d’humiliation, c’est moi qui suis présent et je les porte et je les vis avec vous.
Alors on retrouve cette figure du Christ Pasteur (devenu l’Agneau !) qui donne sa vie pour ses brebis.

Seigneur Jésus, nous te rendons grâce car Tu es notre Roi, un Roi Pasteur qui règne en se livrant, en donnant sa vie pour ses brebis, pour chacun de ses sujets.
Apprends-nous à ta suite à nous livrer sans compter pour nos frères, spécialement les petits, les pauvres, en exerçant la fonction royale de notre baptême dans la gravité terrestre.
Nous avons confiance en Toi : même si nous nous sentons démunis pour aimer, nous pouvons nous appuyer sur ta Justice qui n’est que Miséricorde.
Amen.

 

Quelques chants pour aujourd’hui

Le Seigneur est Roi
O Christ Roi de l’Univers
Alleluia le Seigneur règne
Je t’exalte, ô Roi, mon Dieu
Acclamons le Roi du Ciel
Nous annonçons le Roi, Alleluia
Gloire et louange à Toi, Seigneur, le Roi des rois
Roi des rois, Seigneur des seigneurs
Jésus, mon Roi

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