Le mot du curé du 26 mars 2020

Chers amis,

Je voudrais commencer mon message du jour en reprenant quelques mots de l’interview de Mgr Jacques Benoît-Gonin, évêque de Beauvais, diocèse particulièrement touché par l’épidémie du Coronavirus, dans l’émission « Le grand invité » d’hier, 25 mars, sur RCF.

Vous pouvez réécouter l’intégralité de cet entretien.

– La journaliste Stéphanie Gallet demande : « Mgr Jacques Benoît-Gonin, qu’est-ce que vous comprenez de ce que nous sommes en train de vivre ? »
– Réponse de l’évêque : « Je n’ai pas envie de mettre Dieu n’importe comment dans cette affaire-là, mais rien ne se passe dans la vie des hommes sans que Dieu soit présent pour nous dire : “Ne perdez pas courage !” et pour nous dire aussi : “Rappelez-vous l’essentiel ». Est-ce que, dans notre manière de vivre, et il faudra que nous y revenions certainement beaucoup plus, il n’y avait pas des oublis sur de l’essentiel. L’essentiel, je le disais à un moment donné, anthropologique (qui est l’être humain ? quelle relation a-t-il avec son semblable et avec le monde dans lequel il est ? qu’est-ce qui est important pour lui ?). Et puis aussi, quelle est la part de cette vie dans laquelle nous sommes engagés et où se situe le salut de l’homme ? Et Dieu dans tout cela, et nous le fêtons aujourd’hui, qui n’est pas dans son Ciel et qui nous regarde nous dépatouiller, en quelque sorte, mais qui est Celui qui vient à notre rencontre et au-milieu de nous, pour nous dire : « Rappelle-toi ta dignité, rappelle-toi ce qui est beau, ce qui est grand en toi ».
Et c’est ce que nous sommes en train de redécouvrir, de manière assez brutale et on pourrait dire, par certains côtés, assez cruelle ; parce que, quand on voit des personnes proches, des personnes qui étaient engagées dans des liens multiples et très beaux, être affectées et pour certaines décédées, la leçon est cruelle et on ne peut pas imaginer que Dieu soit cruel ; et en même temps, il y a comme un appel : mais qu’est-ce que nous vivons, ou qu’est-ce que nous vivions, qu’est-ce que cette crise que nous sommes en train de vivre, ces bouleversements que nous sommes en train de connaître, peuvent bien vouloir nous dire, sur nous-mêmes, nos relations les uns aux autres, notre lien aux autres peuples ; et puis la présence de Dieu dans nos vies, pour assumer cette dignité, cette existence, ces relations ? »

– « Le risque c’est que, quand tout sera terminé, de repartir comme avant ? », reprend la journaliste.
– « C’est un risque. C’est ce que je dis à bien des personnes que je rencontre : “Evitons de retrouver nos habitudes”. Nous parlons de revenir à la normale : qu’est-ce que ça veut dire, la normale ? Est-ce que la normale c’est simplement ce que nous vivions avant l’épidémie, ou bien est-ce que c’est vivre une normalité telle qu’elle nous est, en quelque sorte, révélée par la crise dans laquelle nous sommes ? Ça c’est un extraordinaire défi, et un écueil que j’espère nous éviterons. Nous aurons à réfléchir : qu’est-ce que nous avons vécu, qu’est-ce qui a émergé de ce que nous avons vécu, qui est plus proprement évangélique et humain, humaniste, au beau sens du terme ? ».

Oui, que cette période de terrible épreuve soit l’occasion d’une conversion profonde de chacun de nous.
Nous déployons une énergie énorme en ce moment, et c’est capital et urgent (une vraie course contre la montre !) pour soigner les corps en souffrance et sauver les malades de la mort ou de situations de santé dramatiques ; un vrai combat de tous les instants (avec ardeur, dévouement, énergie) contre le mal physique, le fléau de cette abominable pandémie.
Pour nous chrétiens, particulièrement en ce temps de carême, et pour nos frères humains qui veulent bien écouter leur cœur profond et leur conscience, que cette période d’épreuve tragique, soit l’occasion d’un réel combat, à l’intérieur de nous et autour de nous, contre le mal moral, le mal spirituel, contre le péché.
Comme le disait l’évêque de Beauvais, il ne faudrait pas que, quand tout sera fini, nous reprenions notre petite vie comme avant…
J’insiste sur ce thème car aujourd’hui j’ai vraiment été frappé par les prières et les lectures de la messe à ce sujet  (Jeudi de la 4ème semaine de carême) : je vous les partage.

* Prière sur les offrandes : « Nous t’en prions, Dieu tout-puissant, toi qui connais notre faiblesse : que l’offrande de notre sacrifice nous arrache au mal et nous protège toujours ».

* Prière après la communion : « Purifie-nous, Seigneur, par cette communion et libère-nous de toute faute ; nous subissons encore l’emprise du péché : fais-nous connaître la joie d’une guérison parfaite ».

* 1ère lecture (Ex 32, 7-14) : Le peuple des hébreux, choisi par Dieu, se met à revenir en arrière, à retourner vers les idoles, à adorer le veau d’or, à refaire comme avant sa rencontre avec Dieu.
– Quels sont nos attachements, nos addictions, nos fausses sécurités ? Demandons au Seigneur de nous éclairer, de nous donner une vraie contrition et de nous en libérer.
– Dans ce passage, j’aime aussi regarder le magnifique rôle d’intercesseur de Moïse qui prie pour que le peuple soit sauvé. Il « surgit sur la brèche, devant lui », dit la magnifique formule du psaume !
Voilà la mission du Christ, qui intercède et offre sa vie pour le salut de l’humanité ; voilà la vocation du prêtre, en particulier en ce moment, cloîtré dans sa maison paroissiale, qui célèbre le sacrifice de la messe pour la rédemption du monde  ; voilà la vocation de chacun de nous : prier et nous offrir pour le salut de tous les hommes. Sans jugement, et avec humilité : car nous ne sommes pas meilleurs que les autres, nous avons chacun à nous convertir. Mais c’est notre vocation de porter le monde et de le présenter à Dieu !

* Evangile (Jn 5, 31-47) :
– « Je parle ainsi pour que vous soyez sauvés ».
Nous retrouvons le même thème : le désir profond du Christ « qu’aucun de ces petits ne se perde ».
– « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ! ».
Jésus pleure sur notre endurcissement, sur l’endurcissement des hommes, sur nos résistances. Il veut nous offrir son Salut, nous combler de son Amour, et nous préférons nous débrouiller tout seuls, sans Lui, ou mourir de soif, juste à côté de la Source !

Comme je l’ai indiqué sur la banderole que j’ai attachée sur le mur de la maison paroissiale (ceux qui peuvent sortir et qui passent derrière l’église de Givry peuvent la voir !) : « LE CURÉ PRIE POUR VOUS ! ».
En grande communion avec vous, particulièrement les personnes seules, malades ou éprouvées.

Père Jean-Michel PAYEUR, curé.

PS : La vidéo du jour : le plus beau message d’espérance reçu depuis le début de la crise.

Un commentaire

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.